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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

« Terpsichore », danse et mythologie

Le ballet, notamment classique, a connu une bizarre altération au Liban. Quand, dans les années 70, le pays manquait d'écoles de danse professionnelle, le ballet était à son apogée grâce à deux écoles fondées par Georgette Gebara et Caracalla. Grâce aussi à des troupes hautement professionnelles et reconnues universellement qui venaient présenter leurs œuvres, comme l'American Ballet Theatre (ABT).
De nos jours, le ballet classique est quelque peu en régression. Quand le pays connaît un trop-plein d'écoles de tous les genres, il s'appauvrit en ballet. Le ballet manquerait-il au Liban de spectateurs, ou plutôt de spectacles locaux et de danseurs? Puisque je suis danseuse de ballet, je me permettrai de dire ceci: le ballet est certainement la danse la plus disciplinaire et la plus exigeante qui soit; elle demande non seulement de la technique, de la finesse, de la souplesse, du talent et de l'émotion, mais aussi un apprentissage de la musique surtout classique et un apprentissage des théories des différentes écoles de ballet. Cette culture manque malheureusement aux trop rares danseurs adultes et professionnels libanais. Et ne parlons pas des ados qui, à peine parvenus à un niveau avancé en ballet, se tournent vers le hip-hop, et vers cette nouvelle et mauvaise vague de la «zumba», un genre de soi-disant danse.
Oui, le Liban manque de danseurs de ballet professionnels. Personnellement, j'ai tenté de trouver une école qui enseigne toujours cet art magnifique et dur à la fois, mais les écoles, les chorégraphes et les danseurs ont oublié apparemment la culture classique. Où sont donc Roméo et Juliette de Prokofiev et Le Lac des cygnes, Le Casse-Noisette et La Belle au bois dormant de Tchaïkovski? Ces œuvres de danse-musique puisent aux sources de la littérature et de la mythologie. Le ballet constitue donc une synthèse, voire une union entre toues les formes artistiques. Ainsi, un manque de ballet au Liban trahit un manque de culture de la part des jeunes danseurs qui s'écartent de plus en plus de ce genre. Et c'est le manque surtout du classique qui jette le pays dans l'ignorance, et qui dit ignorance dit «mère de tous les maux» comme dit Rabelais. Le pays manque cruellement de classique, donc d'origines, de sources et de racines.
Il y a quelques mois, la «Beirut Dance Company» a essayé de retourner aux classiques en représentant La belle et la bête en ballet. Dimanche dernier, j'ai trouvé aussi un potentiel retour aux classiques: l'école de ballet Terpsichore a dansé la Carmina Burana de Carl Orff, une cantate de l'ère moderne mais qui s'inscrit toujours dans le genre de la musique classique. Et si la chorégraphie, qui suit naturellement la musique, s'est inspirée du moderne, c'est parce qu'elle voulait présenter le pur classique «sur pointes» en invoquant le satyre et la vestale, les bacchanales et les prières. Quant aux nymphes, elles seraient peut-être le peuple libanais qui oscille entre guerre et paix, chaos et ordre, dionysiaque et apollinien. Le choix de la musique et du thème, et la chorégraphie de Georges Anghelus ont brillamment réussi à emmener le spectateur aux temples mythologiques. Quant à la danse, elle était correcte et «propre», mais manquait d'éclat. Les six nymphes danseuses ont un vrai talent et sont à mi-chemin du perfectionnement de la technique. La vestale est la seule à pouvoir bien concrétiser la musique par son corps quoique sa technique reste peu brillante. En tout cas, je préfère encourager les rares danseurs de ballet au Liban plutôt que de les déprimer, car apparemment, nous aimons décourager nos champions, qu'ils soient sur scène ou sur les pentes enneigées de Sotchi, au lieu de les soutenir. Les danseuses portaient des tutus à la grecque, des robes blanches qui reflètent la potentialité des œuvres à venir. Le Liban regorge d'écoles de danse mais manque de vrais ballets. Or, Terpsichore s'impose comme école professionnelle de ballet classique; elle rejoint la chaîne des artistes libanais et des professeurs de littérature qui ne cessent de nous rappeler l'importance du classique «qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à dire», comme dit Calvino, et qui a pour but d'«instruire et de plaire», comme dit Molière.
Terpsichore danse la mythologie, l'originel... et le ballet. La muse grecque de la danse a finalement exaucé mes prières et a envoyé une petite Terpsichore qui a le potentiel de faire, dans l'avenir, un spectacle solennel.

 

Le ballet, notamment classique, a connu une bizarre altération au Liban. Quand, dans les années 70, le pays manquait d'écoles de danse professionnelle, le ballet était à son apogée grâce à deux écoles fondées par Georgette Gebara et Caracalla. Grâce aussi à des troupes hautement professionnelles et reconnues universellement qui venaient présenter leurs œuvres, comme l'American Ballet Theatre (ABT).De nos jours, le ballet classique est quelque peu en régression. Quand le pays connaît un trop-plein d'écoles de tous les genres, il s'appauvrit en ballet. Le ballet manquerait-il au Liban de spectateurs, ou plutôt de spectacles locaux et de danseurs? Puisque je suis danseuse de ballet, je me permettrai de dire ceci: le ballet est certainement la danse la plus disciplinaire et la plus exigeante qui soit; elle demande non...
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