Des voitures du Croissant-Rouge et de l’ONU, chargées de valises, escortent la masse des civils qui fuient Homs. Sam Skaine/AFP
L'ONU et le Croissant-Rouge ont fait sortir hier un nouveau groupe de 300 civils assiégés à Homs depuis près de deux ans, portant à un millier le nombre d'habitants évacués en quatre jours de cette ville syrienne dévastée. Cette opération humanitaire, la première du genre depuis le siège imposé par l'armée en juin 2012 sur les quartiers rebelles, a été possible grâce à un accord conclu entre le régime de Bachar el-Assad et les insurgés par l'intermédiaire de l'ONU, malgré les violences meurtrières qui ont émaillé le processus. Hier, aucun tir au mortier n'a été enregistré sur la vieille ville, alors que des bombardements avaient fait 14 morts, dont trois rebelles, entre vendredi et dimanche. Régime et insurgés se sont accusés mutuellement de ces violences.
Ces nouvelles évacuations s'ajoutent à celles des trois derniers jours, au cours desquelles près de 700 personnes, notamment des femmes, des enfants et des hommes âgés, ont été évacuées, la plupart très affaiblies, ayant manqué de nourriture, d'eau et de médicaments pendant des mois en raison du siège étouffant qui dure depuis près de deux ans. Plus tôt, un responsable du Croissant-Rouge avait indiqué qu'« en principe, le cessez-le-feu a été prolongé et nous allons tenter de faire sortir les civils dès que possible ». Selon les militants, la trêve humanitaire de trois jours, censée se terminer dimanche soir, a été prolongée de 72 heures.
« On manquait de tout »
Sur des images diffusées par la chaîne al-Mayadeen, basée à Beyrouth, sont apparus des enfants au visage pâle, certains les yeux très cernés, portés par leur mère ou leur père. Un homme âgé sur une chaise roulante, les jambes couvertes d'un drap, est poussé par un homme barbu portant un fusil, vraisemblablement un rebelle, avant son évacuation, selon une photo diffusée par l'AFP. Dans une autre photo, un homme portant une casquette se déplace sur des béquilles, aux côtés d'une femme en niqab portant un enfant. « On manquait de tout, tous les enfants étaient malades, on n'avait même pas de quoi boire », a affirmé une femme montrant des signes d'extrême fatigue, entourée de ses trois enfants, l'air hébété.
Dimanche, des vidéos de militants ont montré des dizaines de civils, dont des enfants, certains portant leurs affaires et se tenant par la main, marcher hâtivement dans une rue dévastée, alors que des tirs sont entendus, au milieu des cris de panique de militants. Ils ont été ensuite pris en charge par des véhicules de l'ONU qui a dénoncé la violation de la trêve après ces tirs de balles et d'obus.
Malgré les attaques, le Croissant-Rouge est parvenu à distribuer 250 paquets de nourriture, 190 kits hygiéniques et des médicaments pour malades chroniques, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). L'organisation a condamné les tirs, sans accuser aucune partie, affirmant qu'il était « vital pour toutes les parties de faciliter le travail humanitaire ». « Les convois humanitaires ne doivent pas être visés », a-t-elle souligné alors que des véhicules du Croissant-Rouge ont été la cible de tirs, blessant le conducteur.
Les alaouites dans l'œil du cyclone
Pendant ce temps, sur le terrain, les violences sont toujours d'actualité. Des rebelles syriens appartenant à des brigades islamistes ont tué dimanche au moins 21 civils et 20 combattants prorégime dans un village alaouite de la province de Hama, a annoncé hier l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). La manière dont sont morts les civils n'était pas claire, a expliqué Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. Selon l'OSDH, qui s'appuie sur un vaste réseau de militants et de sources médicales, plusieurs brigades islamistes dont Jund al-Aqsa ont participé à l'attaque du village de Maan, dans le centre du pays, où au moins 20 membres d'une milice prorégime ont été tués. Une vidéo diffusée sur le site YouTube, présentée comme filmée par Jund al-Aqsa et intitulée « Libération du village de Maan », montre ses combattants pénétrer dans le village et ouvrir le feu. La vidéo montre aussi un combattant hisser au sommet d'une tour de communication le drapeau noir associé aux groupes islamistes radicaux, ainsi qu'un homme en treillis gisant la poitrine en sang, et des combattants chargeant des munitions saisies sur un camion.
Par ailleurs, le groupe jihadiste Daech (l'État islamique en Irak et au Levant, EIIL) s'est retiré de l'ensemble de la province pétrolière de Deir ez-Zor, dans l'est de la Syrie, après des combats acharnés contre le Front al-Nosra et une dizaine de brigades rebelles « qui ont attaqué les positions du groupe et arrêté des dizaines de ses membres », selon l'OSDH.
(Source : AFP)


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