Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole - Lara Assi

J’abandonne ici une partie de moi

Une nouvelle fin pour un nouvel ici. Étant donné que celui-ci est périssable, soudainement, il semble intenable. Je m'en vais. Je t'abandonne. Toi, ma voiture, mon appartement, ton trafic, tes odeurs –insoutenables–, tes engrenages, tes magouilles, tes gens, que je n'ai pas aimés, mes amis, mon travail, mon lit. Je m'en vais et je ne vous regarde pas. Je ne dédaigne même pas vous lancer un dernier regard furtif en me tournant vers vous.
Vous m'avez fait trop
attendre, vous m'avez rendue molle mollusque, vide carapace. J'ai perdu mes neurones et mes facultés intellectuelles, je ne puis plus lire ni écrire, j'enchaîne série sur série sur zapping publicitaire. J'arrête de faire semblant de comprendre «Questions pour un champion», Julien, je n'ai jamais su te répondre, je te préférai online avec Marc criant à tort et à travers: «Réponds, réponds, mais réponds.»
Je prendrai mes livres, esplanade et façade de mon intellect, encore non explorés, soyons honnêtes, et non exploré, soyons arrogant. Je prendrai mon notebook, cet outil sur lequel je tape des textes en croyant que je me ferai publier un de ces jours ou que je m'encouragerai à écrire plus. Mais j'ai perdu mon français et je n'ai jamais possédé l'arabe.
Je pars, je te quitte. Je prends avec moi mes dettes à mon père, à ma mère, à ma sœur, à la banque, à mon amie, à ma tante, à l'univers entier je suis endettée d'être en vie, à l'heure actuelle je ne représente qu'un gros tas de chair et d'os consommés et consumés, une déperdition d'oxygène et une pollution terrestre. Comme si les vaches abattues à la Quarantaine ne suffisaient pas pour empester la ville, il a fallu que je vienne m'y installer, moi et mes crottes puantes. Mais je m'en vais, réjouissez-vous je m'en vais, mon estime de soi est à son apogée.
Je pars je te quitte, petite pute d'architecture de travail toi aussi je veux te quitter, je veux être femme au foyer et écrire des bandes dessinées pour enfants.
Une partie de moi a déjà été balafrée quelque part à Paris, une partie de moi sera abandonnée dans les recoins du troisième étage ici, ou peut-être dans l'ascenseur, je ne sais plus. Que faire d'un inventaire d'objets qui perdent leur signification et leur valeur émotionnelle sentimentale et symbolique, ne gardant que leur poids monétaire. Je m'en fous de prendre une table, je veux prendre la table et les souvenirs des dîners qui y ont eu lieu, et surtout les rêves de dîners qui s'y feraient.
Je t'abandonne maison, je t'abandonne Beyrouth. Suis-je aussi en train d'abandonner les rêves d'espoir qui se sont mêlés à toi et a cette ville?
Où vais-je revenir, où vais-je me tourner comme point de chute, que vais-je faire maintenant?
Quel est ce manque, cet aspect défaitiste de mon caractère délaissant son utopie qui me laisse repartir?
À quel moment me suis-je arrêtée de t'aimer, à quel moment es-tu devenue trop lourde pour mes épaules, pas tellement fragiles et frêles?
Je m'en vais, je te laisse, toi et tes ombres que je ne veux plus voir. Tes cimetières auxquels je n'ai pas été, les bannières révolutionnaires que je n'ai pas écrites, les soirées que je n'ai pas faites, les amours d'un soir que j'ai aimées, le réseau que je n'ai pas fait. Je m'en vais, je vous laisse. Mais vous m'aviez laissé seule bien avant cela.
Ma perception de moi qui s'est dégradée. Mes rêves de ce que je suis qui s'écroulent. Je suis un extraordinaire ordinaire regard inquiet qui n'y croit plus, un dérisoire quotidien au caractère insignifiant, discret et moche, ayant une toute petite voix qui n'apprécie plus «2046», et encore moins «In the mood for love.»
Je veux vous aimer de nouveau, je veux être émue par votre musique, je veux être en transe et revoir le film chaque soir pendant 60 jours, je veux être seule et retrouver mes pensées, mes rêves de ce que je suis, je veux réaliser mes rêves envers ma personne.
Cela est un devoir par rapport à moi-même, il serait trop triste que l'humanité ne puisse profiter de cet être que je suis. Connerie.

 

 

Une nouvelle fin pour un nouvel ici. Étant donné que celui-ci est périssable, soudainement, il semble intenable. Je m'en vais. Je t'abandonne. Toi, ma voiture, mon appartement, ton trafic, tes odeurs –insoutenables–, tes engrenages, tes magouilles, tes gens, que je n'ai pas aimés, mes amis, mon travail, mon lit. Je m'en vais et je ne vous regarde pas. Je ne dédaigne même pas vous lancer un dernier regard furtif en me tournant vers vous.Vous m'avez fait tropattendre, vous m'avez rendue molle mollusque, vide carapace. J'ai perdu mes neurones et mes facultés intellectuelles, je ne puis plus lire ni écrire, j'enchaîne série sur série sur zapping publicitaire. J'arrête de faire semblant de comprendre «Questions pour un champion», Julien, je n'ai jamais su te répondre, je te préférai online avec Marc criant à tort et à...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut