De la série libanaise de 1978 (34 x 51 cm).
Été 1978. Raymond Depardon vient de rejoindre l'agence Magnum. Le magazine allemand Stern veut des images de la guerre civile au Liban. Le photographe se rend à Beyrouth où il passera un mois «long et douloureux», confiera-t-il dans une interview à Hélène Kelmachter. Sur place, plutôt que de photographier la guerre, il préfère capturer «ses conséquences et tout ce qui se passe en marge des conflits».
Ce sera donc une voiture criblée de balles; un bureau entièrement saccagé et pillé; des façades d'immeubles pilonnés sur lesquelles trônent les portraits de chefs politiques (celui de Pierre Gemayel à Gemmayzé, pas loin de l'actuel « Chez Paul » ) ; un coiffeur de quartier, le séchoir à la main et la kalachnikov suspendue au mur de son salon ; mais encore un mariage à la sauvette à Harissa ! Des images (de format moyen) de prime abord banales, communes, mais ô combien éloquentes, dégageant un charme prenant, une subtile esthétique du quotidien...Qui arrêtent, d'ailleurs, nombre de visiteurs de cette exposition si justement intitulée « Un moment si doux » !
Car c'est bien « un moment de douceur » qu'offre cette exposition au Grand Palais, qui déroule (hélas jusqu'au 10 février seulement !) plus de 150 photographies en couleurs du célèbre photojournaliste et réalisateur français. Une exposition qui, à travers 6 séries fortes, invite à une déambulation dans l'œuvre et la vie de cet artiste depuis la fin des années 50 jusqu'à nos jours.
Depuis « les années déclic » et les toutes premières images des animaux de la ferme de ses parents, à celles des années 2000 lorsque, libéré des contraintes du reportage, Depardon part à la recherche de « la douceur du réel » (selon la formule de Clément Rosset) qu'il (re)découvrira dans les lumières et les couleurs du Pérou, de l'Argentine, du Chili, de l'Éthiopie, du Honolulu ou de la côte française...
Entre-temps, des pérégrinations « en couleurs » de toute une vie, cet accrochage revient sur les années d'apprentissage à Paris auprès d'un certain Louis Foucherand (qui sera son mentor), puis son véritable début de carrière à l'agence Dalmas (pour laquelle, âgé d'à peine 20 ans, il photographiera les plus grandes stars (dont Édith Piaf en 1959 dans un – rare – portrait en couleurs!), ensuite, à partir de 1966, lorsqu'il fonde avec quate confrères l'agence Gamma, ce qui lui permet de filmer et photographier «l'humain au sein des événements » aux quatre coins du monde: Pérou (après le tremblement de terre de 1970), Chili en 1971, Liban en 1978, Algérie (les réfugiés touaregs du Mali en 74) ou encore Écosse (Glasgow) en 1980...
Un magicien de la couleur
Si la couleur a toujours été là dans les clichés de Raymond Depardon, le photographe-cinéaste n'en a réellement « la révélation » qu'à la fin des années 80. Et c'est dans la lumière du sud, notamment en Afrique et en Amérique latine, « les deux continents qui ont encore une dimension rurale », que ce fils d'agriculteur, «nomade dans l'âme», la capture avec une magique et envoûtante dextérité. Il en revêt ainsi les scènes de vie « toutes simples, que tout le monde pourrait faire, mais que personne ne fait »... à part lui d'une aura de joyeuse sérénité. Qui rend particulièrement captivante sa série de très grand format (170 x 170 cm) déclinant des instantanés pris en Éthiopie, dans le désert tchadien, dans la pampa argentine, en Bolivie, sur les plages du Honolulu, mais aussi de France...
« Le monde n'est pas fait de beautés exceptionnelles ni de points de vue pittoresques. Il est tout simplement des lumières sur des entrées de villes, des campagnes sans histoires. Je me dois de décider de ces hasards. Au fond, c'est ça...des photographies », affirme celui qui se considère comme « un passeur », sillonnant le monde depuis près d'un demi-siècle, toujours en quête du juste regard sur l'humain, entre vérité du cœur et témoignage du réel!
D'ailleurs, dans cet esprit, sa série beyrouthine ne manque pas de rappeler (aux Libanais) que, 35 ans plus tard, même si les lieux, les bâtiments, les carcasses de voitures calcinées ont été restaurés ou balayés et les rues, désormais nettes de tout débris, brillent du vernis de la reconstruction, Beyrouth reste plus que jamais divisée, conflictuelle et... douloureuse.
Pour mémoire
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Des photos... pour que plus jamais ça
« Beyrouth Objets trouvés »... dans un album-coffret (réservé aux abonnés)
Ce sera donc une voiture criblée de balles; un bureau entièrement saccagé et pillé; des façades d'immeubles pilonnés sur lesquelles trônent les portraits de chefs politiques (celui de Pierre Gemayel à Gemmayzé, pas loin de l'actuel « Chez Paul » ) ; un coiffeur de quartier, le séchoir à la main et la kalachnikov suspendue au mur de son salon ; mais encore un mariage à la sauvette à Harissa ! Des images (de...


Monsieur Depardon, revenez vite à Beyrouth. "La série libanaise" de nos jours est encore beaucoup plus intéressante. Si vous voyiez les traces "lumineuses" que l'art des kamikazes répand partout, vous en capteriez toute une exposition spéciale.
05 h 23, le 05 février 2014