Le témoignage particulièrement émouvant hier de Fouad el-Zahabi, le frère de l’infirmier personnel de Rafic Hariri. Photo Twitter
« Je souhaite que rien de pareil ne puisse jamais plus arriver à qui que ce soit dans le monde. »
C'est par ces termes que Fouad Adnan el-Zahabi, le frère de Mazen, l'infirmier personnel de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, conclut un témoignage de près de 45 minutes de temps. Sollicité par l'accusation, la voie tremblotante d'émotion, Fouad s'est appliqué à livrer à la cour les terribles détails de l'horreur vécue par son frère le jour de l'attentat et par leur famille, qui ont dû voir et revoir les images cruelles de leur fils, brûlé vif, qui tentait de sortir péniblement de son véhicule en feu.
Des images fortes qui ont été repassées hier au public, sur autorisation de la chambre de première instance qui venait de rejeter l'objection formulée par la défense. Celle-ci avait contesté la diffusion « d'un film qui comporte des images pénibles, difficiles à supporter. L'effet préjudiciable de la projection de la vidéo est supérieur à sa valeur probante », argue la défense. C'est sur la demande de Fouad el-Zahabi d'ailleurs que le substitut principal du procureur, Alex Milne, demandera le visionnage de la bande vidéo, dans un souci de montrer la souffrance qu'a pu vivre la famille ce jour du 14 février et ceux qui ont suivi.
Mazen, qui venait de rentrer au Liban après un parcours professionnel en Arabie saoudite, travaillait depuis trois mois pour le compte de l'ancien Premier ministre, « un emploi qui lui apportait beaucoup de bonheur », dit son frère.
Accourue sur les lieux de l'attentat, la famille découvre par la suite qu'il se trouve à l'unité des grands brûlés à l'hôpital Jeitaoui.
« Les médecins ne voulaient pas me laisser entrer dans la pièce pour éviter que je puisse voir les horribles blessures et brûlures que portait son corps qui était carbonisé », raconte Fouad, qui précise que la seule partie de son corps qui n'était pas brûlée « était ses pieds ». C'est à l'un des pieds, « qui porte une broche des suites d'un accident », qu'il reconnaîtra d'ailleurs son frère.
À l'hôpital Rizk où avait été admis Mazen en premier, on raconte à Fouad que son frère était encore conscient dans les premiers moments qui ont suivi l'attentat. Le témoin en donne la preuve : « Il leur a dit (à l'équipe soignante) que Rafic Hariri avait des allergies à certains médicaments et qu'il fallait qu'ils fassent attention. »
Et de conclure, s'adressant aux assassins présumés : « Si vous n'êtes pas punis dans ce monde, Dieu, qui est juste, vous punira au jugement dernier. » Et c'est sur ce témoignage que la sixième audience au Tribunal spécial du Liban s'est clôturée. Deux autres témoins avaient été entendus en cours de journée, après une séance à huis clos tenue par les parties, et dont aucune information n'a filtré à la presse.
Enfin trouvé...
L'un des témoins, Nazih Abourjeili, le frère de Zahi, un employé de l'hôtel Saint-Georges, décédé lors de l'attentat du 14 février 2005, est intervenu le matin par vidéo conférence à partir de Beyrouth, une procédure prévue par les règles adoptées par le TSL.
Auparavant, Nazih Abourjeili avait raconté la longue et difficile recherche de son frère après l'explosion. Lui et sa belle-sœur avaient fait alors le tour de quatre hôpitaux à la recherche de leur proche. « Nous nous sommes dirigés par la suite à l'Hôpital américain de Beyrouth où ma belle-sœur a fait le tour des blessés et de la morgue mais n'a pas trouvé mon frère. Nous nous sommes rendus aussi au Saint-Georges, où des secouristes nous ont dit que toutes les victimes avaient été transportées dans les hôpitaux. Après toutes ces recherches, nous avons signalé sa disparition à la police », indique encore Nazih Abourjeili en réponse aux questions du procureur.
Rejoignant le témoignage de plusieurs autres proches de victimes, qui avaient expliqué le calvaire vécu les premiers instants qui ont suivi l'explosion et leur périple auprès des hôpitaux, Nazih explique avoir finalement réussi à obtenir, un peu par hasard, des nouvelles de son frère, soit pas moins de 12 heures plus tard lorsqu'il était revenu sur le lieu de l'attentat où une nouvelle dépouille mortelle avait été trouvée. C'est alors qu'il apprend que le corps de son frère se trouvait dans une ambulance qui le transportait à l'AUH.
« Nous l'avons enfin trouvé à la morgue de l'AUB où il avait été transporté. Le corps ne portait aucune blessure. Il était intact », souligne le témoin. « Selon les médecins légistes, mon frère était vivant 12h après l'explosion. Il a succombé sous les décombres en demandant de l'aide », dit-il. Le plus dur, certifie le témoin, est l'idée de savoir que son frère « a souffert plusieurs heures durant avant de mourir ». « Nous ne pouvons toujours pas imaginer ce qu'il a pu endurer sous les décombres. »
Témoin masqué
Placé sous le sceau de la confidentialité et désigné par un pseudonyme, le second témoin n'a pas pu être identifié par le public, encore moins la teneur de son témoignage, et ce à sa demande « en raison des problèmes de sécurité découlant de la tension qui prévaut actuellement au Liban », précise le président de la chambre de première instance, David Re.
Introduisant le témoin masqué, le président de la chambre prend soin de présenter aux parties présentes et aux médias les mesures qui seront prises à cette fin : déformation de la voix et pixellisation de l'image du témoin aux fins de son altération. Ces techniques figurent à l'article 133 des règles de procédure et de preuves qui prévoient la possibilité d'application de ces mesures « tant qu'elles ne portent pas atteinte aux droits des accusés », rappelle le juge.
« Nous prendrons soin de ne révéler à aucun moment votre nom », insiste le juge Re pour rassurer le témoin présent.
À chaque témoignage livré, le juge Re exprime sa compassion avec les proches des victimes avant de les remercier « d'avoir pris le temps et déployer l'effort de venir jusqu'à La Haye ».
Lundi, deux autres témoins seront appelés à la barre. Les audiences ne démarreront pas avant 15 heures, un laps de temps ayant été alloué par la chambre afin de permettre à l'accusation de régler « le problème posé par l'un des témoins ».
C'est par ces termes que Fouad Adnan el-Zahabi, le frère de Mazen, l'infirmier personnel de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, conclut un témoignage de près de 45 minutes de temps. Sollicité par l'accusation, la voie tremblotante d'émotion, Fouad s'est appliqué à livrer à la cour les terribles détails de l'horreur vécue par son frère le jour de l'attentat et par leur famille, qui ont dû voir et revoir les images cruelles de leur fils, brûlé vif, qui tentait de sortir péniblement de son véhicule en feu.Des images fortes qui ont été repassées hier au public, sur autorisation de la chambre de première instance qui venait de rejeter l'objection formulée par la défense. Celle-ci avait contesté la diffusion...

