La police a utilisé des canons à eau, samedi, pour disperser deux mille manifestants qui se sont rassemblés sur la place Taksim dans le centre d’Istanbul pour exiger la démission de Recep Tayyip Erdogan. Osman Orsal/Reuters
Les autorités turques ont étendu aux autorités de régulation des banques et des télécoms, et à la télévision publique leur purge des instances officielles, limogeant plusieurs dizaines de cadres, rapportaient ce week-end les médias turcs.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a déjà fait licencier des milliers de policiers, des dizaines de procureurs et certains responsables de la télévision qu'il soupçonne d'être impliqués dans un complot destiné à le faire chuter par le biais d'une enquête pour corruption dont l'existence a été révélée à la mi-décembre. Selon les médias, le directeur adjoint de l'instance de régulation du secteur bancaire (BDDK) et deux chefs de service de cette autorité ont été limogés. Cinq chefs de service du Directoire des télécommunications (TIB) ont également été remerciés ainsi qu'une dizaine de cadres de la chaîne publique TRT.
Erdogan soupçonne le vaste scandale de corruption, qui a provoqué la démission de trois ministres et abouti à l'incarcération d'hommes d'affaires proches du gouvernement, d'être orchestré par Fethullah Gülen, un prédicateur installé aux États-Unis exerçant une forte influence au sein de la police et de la justice. L'enquête ouverte par la justice viserait des allégations de corruption en marge de grands projets de BTP et du commerce d'or avec l'Iran, mais les détails des chefs d'inculpation n'ont pas été rendus publics.
La police a par ailleurs procédé à des tirs de gaz lacrymogène et à l'utilisation de canons à eau, samedi, pour disperser quelque deux mille manifestants qui se sont rassemblés sur la place Taksim dans le centre d'Istanbul pour exiger la démission de M. Erdogan. Des manifestations de moindre importance ont été signalées à Izmir sur la côte ouest et dans la capitale Ankara où 300 manifestants ont scandé des slogans hostiles au gouvernement et à une loi prévoyant de restreindre les accès à Internet.
Les adversaires d'Erdogan, au pouvoir depuis 2003, estiment qu'en répliquant avec force à ce qu'il qualifie de tentative de « coup d'État judiciaire », il va détruire l'indépendance de la justice, de la police et des médias. « C'est comme le reformatage d'un ordinateur : ils sont en train de changer le système tout entier et les hommes en poste afin de protéger le gouvernement », juge Akin Unver, qui enseigne les relations internationales à l'Université Kadir Has d'Istanbul. La reprise en main du Directoire des télécommunications pourrait ainsi stopper la diffusion sur Internet de vidéos et de photos semblables aux documents déjà publiés selon lesquels des liasses de billets auraient été retrouvées aux domiciles de personnes impliquées dans le scandale de corruption. « Ils essaient d'établir une structure monolithique sur Internet », ajoute Akin Unver. Un responsable gouvernemental a assuré pour sa part que ces limogeages avaient été décidés « dans l'intérêt général » et prévenu que d'autres pourraient suivre.
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