Elle marche seule dans la rue avec peine, agrippée à son vieux sac à main. Ses pieds flottent dans des chaussures noires. Démesurément grandes pour ses pieds fatigués à peine protégés par de fines socquettes de soie déchirée. En ce jour de grand froid, elle a ressorti son ancien manteau bleu pervenche. Si beau, si élégant, il y a quelques dizaines d'années, que les voisines la regardaient probablement avec convoitise. Il a triste mine, à présent, troué aux coudes, rongé par le temps et l'usure. Maigre protection contre les éléments déchaînés.
Quel âge pourrait-elle avoir, cette vieille dame mince aux cheveux teints ? 75 ou 80 ans ? Plus, peut-être ? Que fait-elle seule dans la rue en cette journée pluvieuse ?
N'a-t-elle personne pour s'occuper d'elle, pour lui prendre le bras, pour l'aider à se déplacer ? N'a-t-elle personne pour lui offrir un manteau digne de ce nom ? Indifférente aux interrogations qu'elle suscite, la vieille dame frêle poursuit son chemin avec précaution.
Non loin de là, dans un centre commercial, on achète avec frénésie. Tout et n'importe quoi. Sans modération. Jusqu'à saturation. On croule sous les paquets vite faits qu'on déposera sous le sapin. Feront-ils seulement plaisir ? Ça, c'est une autre histoire. L'important est de dépenser. De se laisser gagner par la fièvre de Noël. Tout est fait pour. Depuis les décorations à outrance jusqu'aux cantiques diffusés en boucle pour la énième fois. À tue-tête, bien entendu.
Oubliée la vieille dame au manteau troué, aux socquettes déchirées, aux chaussures trop grandes. Oubliées toutes les personnes seules ou dans la misère qui n'auront à Noël que leurs souvenirs et leurs rêves. C'est pourtant par la solidarité, l'entraide et l'humilité que se concrétise d'abord la joie de Noël. Le plaisir d'offrir, lui, n'en sera que plus intense.
Liban - Citoyen Grognon
Solitude de Noël
OLJ / Par Anne-Marie El-HAGE, le 21 décembre 2013 à 00h00

