Le lent réchauffement entre la Turquie et l'Union européenne a connu une nouvelle étape hier :
Deux mois après avoir relancé ses discussions d'adhésion avec Bruxelles, engluées depuis trois ans, Ankara s'est engagé à accepter le retour sur son territoire des migrants clandestins partis de Turquie expulsés par les Européens. En échange, l'UE a accepté de garantir dans un délai de trois ans et demi la libre entrée des ressortissants turcs dans ses États membres.
Le gouvernement islamo-conservateur turc avait paraphé cet accord de réadmission dès 2012, mais il avait suspendu sa signature formelle à un engagement de l'UE à étendre la libre circulation sur son territoire aux citoyens turcs. Cette signature était attendue avec impatience à Bruxelles, la Turquie étant l'un des principaux couloirs empruntés par les migrants clandestins originaires d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Asie qui souhaitent se rendre en Europe. De son côté, le gouvernement turc était lui aussi pressé de conclure cet accord sur l'immigration clandestine. Associée à l'Europe depuis 1963, membre de l'Union douanière depuis 1995, candidate à l'UE depuis 1999, la Turquie considère comme un droit légitime la libre circulation de ses citoyens. Pour rassurer les Européens, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a jugé hier sans fondement la « crainte » de voir des cohortes de Turcs se presser aux portes de l'Union. « Grâce aux réformes que nous avons accomplies, la Turquie n'est plus un pays que l'on quitte, mais un pays que l'on rejoint », a-t-il assuré.
Réchauffement
Le chef du gouvernement a également plaidé hier pour un raccourcissement du délai fixé à 2017 pour la levée des visas, qu'il a estimé « beaucoup trop long ».
Signé par le ministre turc de l'Intérieur Muammer Güler et la commissaire européenne aux Affaires intérieures Cecilia Malmström, cet accord doit encore être validé par les Parlements turc et européen, ainsi que par les États membres de l'Union. Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu l'a dès hier jugé « historique ». Et Mme Malmström a salué « une nouvelle étape de la coopération » euro-turque.
Après des années de blocages et de tensions, ce pas en avant vient confirmer l'amélioration des relations entre Ankara et Bruxelles. Jusque-là très réservés sur l'entrée d'un pays à très forte majorité musulmane dans l'UE, Paris et Berlin ont finalement levé cette année leur veto à l'ouverture d'un nouveau chapitre de discussion, formellement engagé en octobre. Signe de ce réchauffement, M. Erdogan a annoncé hier qu'il rencontrerait le 21 janvier les responsables européens à Bruxelles et qu'il recevrait une semaine plus tard, les 27 et 28, le président français François Hollande.
(Source : AFP)

