C'est en suivant à la télévision la messe célébrée à la mémoire de Gebran Tuéni que May Chidiac a décidé de dénoncer la violence qu'elle a subie, deux semaines plus tôt, à l'aéroport de Beyrouth. Alitée, le corps « trop vulnérable » affaibli par une pneumonie, l'esprit endolori par cette image de Gebran en 2005, assis au chevet de son lit d'hôpital à Paris où il était venu s'enquérir de l'état de sa collègue, avant qu'il ne soit lui-même assassiné, le lendemain, dès son retour à Beyrouth, May Chidiac se répète, sans contenir ses larmes : « Il est rentré à Beyrouth, a présenté son passeport à l'aéroport et a été tué le lendemain. » Secouée en même temps par le mystère de la disparition de Joseph Sader, il y a trois ans, enlevé sur la route de l'aéroport, dont l'affaire refait surface dans les médias, elle décide d'écrire sur sa page Facebook son ras-le-bol de ce qui est devenu « le carré sécuritaire de l'aéroport ».
Elle ne peut pas se taire sur la violence qu'elle a subie il y a près de deux semaines dans l'enceinte de l'AIB, par un agent des Forces de sécurité intérieure, originaire de la banlieue sud et affecté à l'appareil de sécurité de l'aéroport. Devant prendre le vol pour Doha, avant de se rendre vers la Thaïlande pour une conférence, May Chidiac attendait, dans un coin du hall de l'aéroport, à quelques mètres du premier point de contrôle, que sa sœur achève leurs formalités respectives de passeport et de bagages.
Assise sur sa chaise roulante, sans laquelle il lui est quasiment impossible de se déplacer, elle était conduite par sa nièce et deux accompagnateurs, dont un agent des FSI chargé de sa sécurité en tant que témoin devant le Tribunal spécial pour le Liban. Sa sœur devait ensuite se charger de la reconduire vers les différents points de contrôle jusque dans l'avion.
C'est pendant cette attente qu'un agent de la sécurité de l'aéroport interpelle la journaliste avec « des mots insultants ». « Son visage s'est teinté de toutes les couleurs, ses yeux ont failli sortir de leur orbite rien qu'en m'apercevant », insiste-t-elle. « Sortez-la d'ici, emmenez-la ailleurs ! » aurait-il chahuté sans répit. « Il tentait en même temps de provoquer les braves hommes qui m'accompagnaient. Il haussait le ton avec défiance, sans toutefois s'approcher physiquement de nous, afin de les pousser à bout et de faire croire éventuellement à une agression de leur part », explique May Chidiac à L'Orient-Le Jour.
Déterminée à ne pas se laisser emporter par cette manifestation de violence, elle l'a prié de « faire preuve de politesse », pour se voir rétorquer immédiatement : « C'est vous qui devriez faire preuve de respect pour l'uniforme que je porte. » Lui-même sous-officier aspirant, il lui aurait lancé que l'agent qui l'accompagne « n'est qu'un insignifiant soldat », avant de sortir violemment sa carte d'identification en menaçant de tirer. « Oui, c'est ce qu'il a fait », écrit May Chidiac sur sa page Facebook.
Au-delà de la teneur des échanges, des détails de l'incident en soi, de l'hystérie de la haine, l'agression est plus profonde, nourrie de vices que maquille si bien la courtoisie de circonstance, fût-elle authentique.
En effet, l'incident a été assez rapidement contenu, grâce surtout à l'intervention du responsable de la sécurité de l'aéroport, pour lequel la journaliste ne cache pas sa reconnaissance.
Néanmoins, des faits sont à retenir : à son retour de Thaïlande, deux semaines plus tard, aucun suivi ne lui a été transmis sur l'enquête en cours ; aucune excuse ne lui a été exprimée formellement, sachant que certains agents sur place ont voulu l'interroger au même titre que son agresseur, comme elle le rapporte...
Comme pour illustrer l'emprise sournoise des forces de facto sur l'aéroport, May Chidiac révèle à L'OLJ que l'AIB est « le seul aéroport du monde où je suis fouillée à deux reprises, derrière les rideaux, jusque dans l'estomac. Ils savent que j'ai des tiges métalliques dans le corps, mais ils pensent que c'est moi la criminelle ».
Rentrée de Thaïlande à quatre heures du matin, elle a dû solliciter les services de sécurité pour « être sûre de ne pas être agressée »... Il arrive un moment où défier la peur ne suffit plus.
Pour mémoire
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Cette grande dame devrait se respecter avant de respecter les autres .
11 h 01, le 14 décembre 2013