De gauche à droite : Nada Daou, Maya Khadra, le Dr Mona Zoghbi, Aline Oueijan, Clara Younès et la Pr Nicole Chalhoub.
Passer le relais aux étudiants était l'idée de Mona Zoghbi, professeure de philosophie à l'USEK. « Aujourd'hui, j'ai voulu mettre au grand jour les travaux qui ont mené mes étudiantes sur les traces de Camus. Elles ont su développer des approches plurielles, mêlant pragmatisme, littérature et réflexion philosophique », précise la professeure Zoghbi qui s'est éclipsée de l'avant-scène pendant la journée scientifique de Camus pour y placer ses étudiantes, dont «l'engagement indéfectible leur a permis de mener leurs travaux à bout », souligne-t-elle. Les étudiantes: Aline Oueijan, Clara Younes, Nada Daou et Maya Khadra, toutes en phase d'élaboration de leur mémoire de master en langue et littérature françaises, ont eu droit à la tribune, « comme de grands professeurs », affirme Nada Daou. Et c'est grâce à la chef du département concerné, la professeure Nicole Chalhoub, qui a souscrit aux souhaits des étudiantes, que le projet – en gestation depuis le semestre du printemps dernier – a vu le jour.
Clara Younès, dans son analyse linguistique, a mis en lumière l'incommunicabilité dans le Malentendu de Camus; phénomène en recrudescence, d'ailleurs, dans nos sociétés contemporaines où les moyens de communication se décuplent en jetant aux oubliettes la « communicabilité ». Aline Oueijan, quant à elle, a fait une synthèse des trois œuvres: La Chute, Lettres à un ami allemand et La Peste. Elle en est sortie avec une conclusion qui place Camus dans la catégorie des humanistes du XXe siècle. Conclusion étayée par trois expressions-clefs : altruisme, révolution pacifiste et solidarité. Passer de l'idéalisme au nihilisme fatidique dans Caligula va de pair, selon Maya Khadra, avec le « déclin heureux » que prêche le personnage éponyme dans l'œuvre nietzschéenne Ainsi parlait Zarathoustra. La mégalomanie de Caligula et sa passion égoïste, dont la ligne de mire est d'annuler l'autre, sont un thème toujours à l'ordre du jour, dans un siècle où des peuples meurent en cherchant à détrôner des tyrans. Nada Daou a conclu la manifestation par une étude comparative entre En attendant Godot de Samuel Beckett et Le mythe de Sisyphe, essai camusien. Par « révolte kaléidoscopique », Mlle Daou a qualifié les tentatives qu'entreprennent les hommes pour braver l'absurde qui s'immisce dans les failles de l'existence. La solution ? « Imaginer Sisyphe heureux », comme l'a si bien enseigné Albert Camus.
De la reconnaissance
« Les mastérisantes auront le droit à la publication de leurs travaux de recherche. Leurs études seront mises en ligne sur le site de l'université », indique la professeure Nicole Chalhoub. Cette première expérience pour les quatre étudiantes, qui envisagent d'intégrer le collège doctoral très prochainement, les a mises sur les bons rails et leur a permis de donner le bon exemple aux étudiants en licence. Ces derniers croient, à l'unanimité, que tout travail assidu sera couronné de réussite, quelles qu'aient été les contraintes.
Le centenaire de Camus s'est clôturé sur un débat entre professeurs, étudiants et intervenantes véhiculant un message humaniste, celui de l'insoumission aux exactions de la vie.
M. K.

