L'Iran a interrompu ses négociations avec les grandes puissances, dénonçant la décision des États-Unis d'étoffer sa liste noire des entreprises soupçonnées de violer les sanctions américaines contre Téhéran. « Le geste américain est contraire à l'esprit de l'accord de Genève » dans lequel les grandes puissances se sont engagées à ne pas imposer de nouvelles sanctions à l'Iran pendant six mois, a affirmé hier le négociateur iranien Abbas Araghchi, cité par les médias iraniens. « En vue d'établir une atmosphère de coopération, une telle mesure n'est pas du tout constructive et nous la critiquons fermement », a-t-il dit à la télévision d'État. « Nous examinons la situation et nous réagirons de façon appropriée », a-t-il ajouté sans autre précision, au lendemain de l'interruption à Vienne des négociations techniques sur l'application de l'accord.
La porte-parole de la diplomatie iranienne, Marzieh Afkham, a également dénoncé « un geste inutile et qui pose question », prévenant que Washington serait entièrement responsable des « conséquences de cette décision ». À Paris, l'ambassadeur iranien Ali Ahani s'est, lui, interrogé sur le « sérieux » des grandes puissances dans les discussions sur la mise en œuvre de l'accord de Genève. « Il y a certains engagements des deux côtés qui doivent être respectés. Cette négociation est compliquée, on est dans une phase délicate. Tout le monde doit être attentif à ne pas commettre des erreurs », a-t-il déclaré. « Nous sommes résolus à appliquer nos engagements, il faut être sûr que de l'autre côté ils sont sérieux, et que nous puissions démontrer à notre peuple qu'on peut leur faire confiance et que les pays occidentaux sont des partenaires fiables », a-t-il ajouté.
L'agence IRNA avait auparavant annoncé que les experts iraniens étaient retournés à Téhéran « pour des consultations », sans préciser les raisons de cette décision. Selon l'agence Mehr, citant des sources informées, les négociations qui duraient depuis lundi à Vienne entre l'équipe d'experts iraniens et les représentants des 5+1 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) ont été stoppées en raison des « nouvelles sanctions américaines » et « du manque d'implication des Américains dans l'accord » de Genève.
En application de sanctions existantes, les États-Unis ont annoncé jeudi avoir ajouté à leur liste noire une dizaine d'entreprises et d'individus, en majorité iraniens, soupçonnés de commercer illégalement avec l'Iran. Ces sociétés et dirigeants verront leurs éventuels avoirs aux États-Unis gelés, et toute société américaine – ou faisant des affaires aux États-Unis – a désormais interdiction de commercer avec eux. L'accord de Genève « n'interfère pas et n'interférera pas avec nos efforts sans relâche destinés à démasquer et à atteindre tous ceux qui soutiennent le programme nucléaire de l'Iran ou qui cherchent à contourner les sanctions », a averti David Cohen, sous-secrétaire au Trésor en charge de la lutte antiterroriste.
Consultations
Hier matin, l'Union européenne a affirmé qu'après quatre jours de discussions, « des consultations » auraient lieu dans les capitales, « en espérant que les négociations techniques reprendront bientôt ». Les discussions « longues et détaillées » menées à Vienne « reflètent la complexité des questions techniques » liées à l'application de l'accord de Genève, a expliqué Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.
La délégation iranienne négociait des aspects pratiques de l'accord signé le 24 novembre. Des responsables de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de superviser sa mise en application, participaient également aux discussions.
À Tel-Aviv, où il était hier en visite dans le cadre de sa tournée au Proche-Orient et en Asie, le secrétaire d'État américain John Kerry a annoncé que les négociations vont reprendre « dans les prochains jours ». « J'ai parlé avec Catherine Ashton ces derniers jours. Nous faisons des progrès, mais je pense que nous avons atteint un point dans ces négociations où les gens ont besoin de consulter, de prendre un moment », a-t-il déclaré. « Il faut s'attendre à ce que les discussions se poursuivent (...) et que nous procédions à la mise en œuvre complète du plan » sur le nucléaire iranien, a-t-il insisté.
(Source : AFP)

