Dimanche 1er décembre : le coup d'envoi du Festival Beirut Chants 2013 est donné. L'église Saint-Maron est archicomble. Le Messie de Haendel, première partie La Nativité, résonne sous les belles voûtes. La chef d'orchestre est une Libano-Américaine, Joanna Medawar Nachef, à l'énergie débordante qu'elle communique à l'orchestre, au chœur et à l'assistance. On est transporté dans un monde de sérénité, de plénitude que confèrent toujours une belle musique et de belles voix. L'Alléluia final est sublime.
De retour at home et par ce réflexe acquis surtout au cours des années de guerre, on tourne le bouton de la radio sur les infos, ou l'on s'installe devant le petit écran, pour se trouver projeté dans notre triste et révoltante réalité quotidienne : nouveau round de violences à Tripoli, montée de la haine sectaire, poursuite de l'afflux des réfugiés syriens, toujours pas de gouvernement, un vide assassin et absurde, clientélisme, corruption, etc. La liste est trop longue pour l'énumérer. Le contraste est trop frappant, intenable même, entre ce qu'on vient de vivre pendant une heure trente et notre amère réalité. D'où ce cri du cœur : pourquoi donc le Liban ne peut-il connaître une vie paisible dans les normes de la légalité constitutionnelle ?
Je sais, la question est naïve, infantile, me dira-t-on ! Mais j'ai voulu quand même l'exprimer, persuadée que les gens qui se trouvaient à Saint-Maron, ceux qui rempliront les églises au long de ce mois, de même que l'affluence remarquable au Festival du cinéma européen à l'Empire Sofil et à toutes les activités culturelles, sociales sportives à travers le pays : théâtre, musique, jazz,... ces éléments sont les indices qu'une large catégorie de la population se pose la même question, aspire à la normalité, et souhaiterait tant que la culture de la paix se répande et s'incruste pour de bon dans le pays du Cèdre. Que faire ? Cette majorité silencieuse ne dispose ni de baguette magique, ni de canons, ni de chars. Que faire pour que cette énergie conjuguée des Libanais puisse insuffler des courants positifs, face aux multiples éléments, internes et externes, destructeurs de la nation libanaise, de sa véritable identité, de ce Liban creuset de cultures et de civilisations et modèle de convivialité ? Tout ce que nous possédons, c'est notre foi en l'avenir, même si notre quotidien nous dit le contraire à chaque seconde...
À travers ces quelques lignes, j'ai voulu tout simplement partager avec mes compatriotes ce désir de vivre en paix. Je demeure persuadée qu'ils sont des milliers et des milliers de tout bord, de toute région, confession et courant politique à partager ce rêve. Agissons ensemble pour qu'il devienne réalité.
Nelly HÉLOU
Journaliste

