Ce n'est sans doute pas trop tôt, mais la bataille présidentielle est désormais ouverte et elle est présente dans toutes les déclarations, les initiatives et les voyages des membres de la classe politique, tous bords confondus. À ce stade, chaque camp affirme ne pas vouloir d'une vacance à la tête de la République et dans ses déclarations précise qu'il cherche à avoir un candidat pour mener la bataille. Dans son interview à la chaîne OTV, Hassan Nasrallah l'a d'ailleurs clairement déclaré en affirmant qu'il est favorable à l'adoption par son camp d'un candidat unique pour mener la bataille de la présidentielle. Les milieux proches des Forces libanaises ne cachent pas non plus leur volonté de voir leur chef se présenter en tant que candidat unique du 14 Mars.
Mais en même temps, de nombreuses parties s'activent en coulisses pour promouvoir des candidats qui seraient acceptés par toutes les parties et qui briseraient en quelque sorte l'antagonisme actuel qui divise le Liban horizontalement et verticalement. Des noms reviennent ainsi comme celui de l'ancien ministre des Affaires étrangères, Jean Obeid, proche à la fois du président de la Chambre Nabih Berry et du courant du Futur, ainsi que celui du commandant en chef de l'armée, le général Jean Kahwagi (d'où la volonté de certaines parties de discréditer l'armée), mais aussi le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, auquel le Liban doit en grande partie sa stabilité financière. L'ancien président Amine Gemayel pourrait aussi avoir ses chances et d'autres aussi sans doute. Mais dans le climat actuel, il semble difficile d'aboutir à une entente de tous autour d'un seul candidat.
La classe politique fait donc semblant d'y croire, mais au fond, une grande partie de ses figures estiment qu'en mai 2014, le Liban devrait se retrouver devant deux options : soit la prorogation du mandat du président Michel Sleiman pour impossibilité de lui trouver un successeur, soit la vacance au sommet de la République, en raison du risque de prolongation du blocage actuel et de l'absence d'ouverture vers un dialogue sérieux entre les différentes parties.
Des voix au sein du 14 Mars commencent à affirmer que pour éviter la vacance, ce camp serait favorable à la prorogation du mandat de Michel Sleiman, et dans le camp adverse, on insiste pour rejeter un tel scénario. Des sources diplomatiques européennes précisent aussi que l'Occident préférerait la prorogation au vide institutionnel. Mais le problème, c'est que toutes les prorogations de mandat présidentiel qui ont eu lieu au Liban se sont faites sur la base d'une proposition en ce sens du gouvernement soumise au vote du Parlement. Ce fut ainsi le cas du gouvernement présidé par le Premier ministre assassiné Rafic Hariri en 1995 qui a proposé une prolongation de trois ans du mandat du président Élias Haroui. C'est aussi le gouvernement de Rafic Hariri qui avait proposé une prorogation de trois ans du mandat du président Émile Lahoud. Or, dans les circonstances actuelles et sachant que le Hezbollah et le CPL sont opposés à une telle prorogation, le gouvernement chargé d'expédier les affaires courantes ne devrait pas présenter au Parlement un projet de loi en ce sens. Certains croient d'ailleurs voir dans cette approche l'une des raisons pour lesquelles le président Sleiman a pratiquement coupé la voie à l'idée de renflouer le gouvernement de Nagib Mikati.
En même temps, la grande angoisse du 14 Mars serait d'arriver au 25 mai 2014, date de l'expiration du mandat du président Sleiman, sans qu'une décision n'ait été prise à ce sujet. Dans ce cas, le gouvernement actuel devrait continuer à gérer les affaires courantes en l'absence d'un président de la République. Ce serait en quelque sorte une réédition à l'envers de la période allant du 24 novembre 2007 au 25 mai 2008, au cours de laquelle le gouvernement présidé par Fouad Siniora, amputé des ministres chiites et du ministre Yaacoub Sarraf, a gouverné seul le pays et pris des décisions qui ont finalement provoqué le fameux 7 mai 2008 encore dans les mémoires, et par la suite l'accord de Doha qui a pavé la voie à l'élection de Michel Sleiman. Cette fois, ce serait donc le 8 Mars et ses alliés, avec Joumblatt et le bloc dit centriste, qui géreraient les affaires du pays en attendant une solution.
Pour éviter un tel scénario, l'idée de former un gouvernement de fait accompli refait surface. Pour certains juristes, même s'il n'obtient pas la confiance du Parlement, un tel gouvernement prendrait la place de celui qui gère actuellement les affaires courantes et le 14 Mars ne serait pas ainsi exclu de l'exercice du pouvoir. Mieux encore, dans un gouvernement de fait accompli, il aurait l'avantage puisque le Premier ministre désigné est issu de ses rangs et qu'en plus de sa part, il pourra compter sur quelques ministres centristes. Mais sans avoir obtenu la confiance du Parlement, un tel gouvernement ne pourrait pas présenter un projet de loi proposant une prorogation du mandat présidentiel. De même, le fait qu'il puisse gérer les affaires courantes est contesté par plusieurs juristes qui considèrent que sans la confiance du Parlement, un tel gouvernement est mort-né.
Enfin, si un tel scénario est malgré tout adopté, le Hezbollah et ses alliés ne se laisseront sans doute pas faire. Ils pourraient ainsi refuser de remettre les ministères à leurs nouveaux occupants. Le Liban irait donc vers la formule de deux gouvernements, l'un démissionnaire, l'autre n'ayant pas obtenu la confiance du Parlement. Ce qui augmenterait encore plus la division interne et les risques de dérapages sécuritaires. Si le statu quo syrien se prolonge, et avec lui le conflit irano-saoudien, la présidentielle de 2014 risque d'être bien mal engagée.
Mais en même temps, de nombreuses parties s'activent en...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Trop de bavardages d 'ici là, la veille au soir du dernier jour du mandat du président actuel, la messe sera dite.
15 h 15, le 12 décembre 2013