Hany Abou Assaad avec Adam Bakri (Omar) sur le tapis rouge.
Son film était présenté récemment à Cannes (édition 2013) et avait obtenu le Grand Prix du jury de la section « Un certain regard ». Aujourd'hui, Hany Abou Assaad est revenu à Dubaï sur ce même tapis rouge qu'il a foulé en 2005 lorsqu'il avait présenté le sublime Paradis Now pour offrir à voir (lors de la cérémonie d'ouverture), encore cette fois, une œuvre magnifique qui donnera au spectateur de quoi réfléchir longtemps après être sorti de la salle. C'est peut-être cela le secret des bons films.
On le devine torturé, Hany Abou Assaad, tourmenté est peu dire, recherchant la reconnaissance du public, car ce réalisateur est épris de perfection. Ses films, il ne les fait pas à la légère, il les veut « bien ». Même très bien. Après vous avoir serré la main, la première question qu'il vous pose alors que c'est vous qui devez initier l'interview : « Comment avez-vous trouvé le film ? Ne me ménagez pas. » Comment lui dire que cette course effrénée et haletante du beau Omar dans les rues de la Cisjordanie, cette escalade du mur de la honte pour aller cueillir un sourire de sa bien-aimée, et même cette scène terrible de la torture et plus que cela ces instants d'humiliation que les soldats israéliens font subir au jeune homme vous prennent aux tripes et ne vous lâchent pas. C'est que Omar est bien filmé, avec un savant dosage entre thriller, romance sur fond d'une situation politique et sociale. Mais qui est Omar exactement ?
« Omar, dit-il, est la peur en chacun de nous, la perte de confiance en soi du citoyen arabe d'abord et de l'homme du XXIe siècle in extenso. » « D'ailleurs, poursuit-il, ce personnage est le "substrat", le condensé de trois histoires. J'ai moi-même été traité une fois d'espion. Par ailleurs, un ami m'a révélé un jour son secret et, finalement, c'était un fait divers dans le journal qui m'a attiré l'attention. Toutes ces conditions ont créé le caractère de Omar que je voulais assez fort et fragile à la fois, et pouvant faire contraste avec les autres caractères. »
Hany Abou Assaad raconte le tournage, difficile, les permissions prises pour escalader une partie du mur, le choix de son DO, Ehab Assal (excellent – « c'est son premier long-métrage dit-il »), mais il aime à raconter aussi la peur, la peur en chacun de nous. « Dans les années soixante-dix, avoue-t-il, nous poursuivions des valeurs et nous ne craignions rien. Comment peut-on encore actuellement résister si le corps palestinien est miné de l'intérieur ? Usé ? C'est comme des cellules cancéreuses qui se propagent. La société est aujourd'hui entièrement malade et l'homme est devenu un être égoïste. » Alors ce Omar est-il cette fuite en avant ?
Nominé aux oscars pour meilleur film étranger, le film de Hany Abou Assaad réussira-t-il à séduire cette société internationale qui se retrouvera certes dans le profil de ce jeune Palestinien ?
C. K.

