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Nos lecteurs ont la parole - Racha Mounaged

Il y a du cèdre dans les écrits de Vénus Khoury-Ghata

On aimerait bien vieillir comme Vénus Khoury-Ghata. À la Villa Empain à Bruxelles, elle est venue présenter son dernier ouvrage, La Fiancée était à dos d'âne (2013, éd. Mercure de France). Fardée et élégante, elle a la classe distante des Orientales de bonne famille. Pourtant, dès qu'elle prend la parole, quelque chose se brise ; ses traits se détendent, ses gestes s'arrondissent. Elle est soudain plus proche, plus fragile.
Son accent évoque sa terre natale, le Liban, mais c'est en français qu'elle s'adresse à l'auditoire, des femmes pour la plupart, des Européennes, venues écouter la poétesse. « Dans tous mes livres, il y a une femme. Elle est jetée dans la vie, elle doit se débrouiller », nous dit-elle.
Un peu comme l'auteure, qui a aussi connu les deuils et les séparations. En effet, la conquête de la France a été une tâche ardue pour cette ancienne Miss Beyrouth habituée à recevoir les honneurs. À l'heure du bistouri et des chirurgies esthétiques, nous avons l'exemple d'une femme qui a pu réussir autrement qu'à travers l'exploitation de son physique. Vénus a en effet abandonné très tôt les fastes d'une vie mondaine pour se plonger dans l'exercice d'un art très exigeant : la poésie. Elle évoque en quelques mots les difficultés qu'elle a eues pour apprivoiser la langue française et éviter les écueils de l'arabisation.
Elle a ainsi fait l'inverse de ce que font les médias et les industries arabes, à savoir importer un concept étranger et le vendre sur le marché local. Vénus a pris sa propre culture et l'a intégrée à la France, en gagnant notamment le prix Goncourt. Il y a du cèdre, du thym et du tilleul dans ses textes.
Ses romans sont tous d'inspiration autobiographique, nous confie-t-elle. Le dernier, qu'elle est venue présenter, raconte l'histoire d'une jeune fille juive du désert algérien, partie en France à la recherche de l'émir à qui elle a été promise. Encore une fois, il est question de la rencontre entre des différentes civilisations.
Une conquérante, Vénus ? En tout cas, elle a profité de la plasticité de la langue pour réussir un savant amalgame. Ces passerelles qu'elle s'évertue à bâtir entre France et Liban, Orient et Occident, ce sont de minces fils de soie, ténus et fragiles. Pourtant, ils existent bel et bien. Vénus, c'est comme une orfèvre des mots à l'heure de l'industrialisation et de la culture de masse. Il conviendrait de saluer un certain courage chez ceux qui s'adonnent encore à quelque chose d'aussi peu dangereux que la poésie.
Nous avons besoin de la voix de Vénus pour nous interpeller et nous faire entrer dans l'histoire humaine autrement qu'à travers des frasques politiques... Une voix plus fragile, mais tellement colorée !

 

 

On aimerait bien vieillir comme Vénus Khoury-Ghata. À la Villa Empain à Bruxelles, elle est venue présenter son dernier ouvrage, La Fiancée était à dos d'âne (2013, éd. Mercure de France). Fardée et élégante, elle a la classe distante des Orientales de bonne famille. Pourtant, dès qu'elle prend la parole, quelque chose se brise ; ses traits se détendent, ses gestes s'arrondissent. Elle est soudain plus proche, plus fragile.Son accent évoque sa terre natale, le Liban, mais c'est en français qu'elle s'adresse à l'auditoire, des femmes pour la plupart, des Européennes, venues écouter la poétesse. « Dans tous mes livres, il y a une femme. Elle est jetée dans la vie, elle doit se débrouiller », nous dit-elle.Un peu comme l'auteure, qui a aussi connu les deuils et les séparations. En effet, la conquête de la France...
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