Au Liban, le taux des PM2,5 frôle les 20 µg/m3. L’Organisation mondiale de la santé a fixé à 10 µg/m3 la valeur limite annuelle de ces particules dans l’air. Photo Hassan Assal
Une exposition prolongée aux particules fines en suspension dans l'air (PM) a un effet néfaste sur la santé même lorsque les concentrations restent dans la norme dictée par l'Union européenne (UE), selon une analyse publiée hier par la revue médicale britannique The Lancet.
« Nos résultats suggèrent que des effets néfastes importants sur la santé se produisent même avec des concentrations aux particules PM2,5 bien inférieures à la limite fixée par l'UE pour la qualité de l'air, à savoir une concentration moyenne annuelle de 25 microgrammes par mètre cube d'air », explique l'auteur principal de cette étude, le Dr Rob Beelen, de l'Université d'Utrecht aux Pays-Bas.
Les PM2,5 sont les plus fines des microparticules, avec un diamètre inférieur à 2,5 microns (soit la taille d'une bactérie). Ce sont celles qui génèrent le plus d'inquiétudes pour la santé car leur taille leur permet de pénétrer plus facilement et profondément dans les poumons.
Cette étude, financée par l'Union européenne, se base sur les données de 22 enquêtes de type cohortes, conduites dans treize pays européens qui ont permis de suivre un total de 367 251 personnes sur près de quatorze années en moyenne, rapporte l'AFP.
Il ressort de cette analyse qu'une variation relativement fine de la pollution par PM2,5 entraîne un risque nettement accru pour la santé de ceux qui y sont exposés.
Surmortalité chez les hommes
Les résultats de cette étude, qui a porté sur les différentes classes de particules en suspension, montrent que « l'exposition à long terme » aux particules les plus fines représente une « menace pour la santé même lorsque les concentrations sont bien inférieures aux limites imposées par l'Union européenne », selon The Lancet.
La directive européenne sur l'air de 2008 a imposé aux États membres un plafond moyen annuel de 25 µg/m3, tandis que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise comme valeur limite 10 µg/m3.
« L'association entre exposition prolongée aux PM2,5 et décès prématurés demeure significative même après ajustement pour tenir compte de facteurs tels que le tabagisme, le statut socio-économique, l'activité physique, le niveau d'éducation et l'indice de masse corporelle », explique The Lancet. Les chercheurs ont également noté une surmortalité chez les hommes par rapport aux femmes en relation avec la pollution par PM2,5.
Cette analyse n'a pas cherché à quantifier la réduction de l'espérance de vie due à la pollution par PM2,5, mais de « précédentes analyses ont montré que pour des risques similaires (...), la perte de l'espérance de vie peut aller jusqu'à quelques mois », indique à l'AFP le Dr Beelen. « Bien que cela ne semble pas être beaucoup, vous devez garder à l'esprit que tout le monde est exposé à un certain niveau de pollution de l'air et que ce n'est pas une exposition volontaire », souligne-t-il.
En octobre, l'OMS et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ont classé la pollution de l'air extérieur comme facteur cancérigène certain pour l'homme. Outre le cancer, une exposition aux particules peut entraîner de l'asthme, des allergies, des maladies respiratoires ou cardiovasculaires. Une étude parue récemment indique qu'une exposition même faible augmente les risques d'un faible poids des enfants à la naissance.
Le cas du Liban
La situation au Liban ne se présente pas sous un meilleur jour. Une étude menée sur la pollution atmosphérique à Beyrouth entre 2008 et 2010 conclut à des taux alarmants de polluants nocifs dans l'air.
L'étude a été conduite par une équipe conjointe de chercheurs de l'Université Saint-Joseph (USJ) et de l'Université américaine de Beyrouth, sous l'égide du Conseil national pour la recherche scientifique. Elle a été financée par la région Île-de-France.
L'étude montre qu'en moyenne annuelle, « la concentration de dioxyde d'azote (NO2) dans l'air a dépassé les 53 µg/m3 en 2009 et 58 µg/m3 en 2010. La teneur maximale admise par l'OMS est 40 µg/m3.
En ce qui concerne les PM, l'étude a montré que leur taux est décuplé. Selon l'OMS, le taux admis pour les PM10 est de 20 µg/m3. D'après l'étude, leur taux varie entre 55 à 75 µg/m3, soit 175 à 275 % de plus du taux admis par l'OMS. En ce qui concerne les PM2,5, elle a atteint 20 µg/m3.

