« Tripoli n’est pas un champ de bataille ouvert à toutes les ingérences. » Photo Nasser Traboulsi
La société civile a encore choisi hier de manifester au centre-ville, pour la énième fois. Si ces manifestations au cœur de Beyrouth sont presque devenues un rituel qui rassemble multiples ONG et citoyens indignés, qui aspirent à une époque révolue où l'on se précipitait place des Martyrs au milieu d'une véritable marée humaine désireuse de se faire entendre, les sit-in de la société civile d'aujourd'hui ne mobilisent plus des foules.
Pourtant, hier, il s'agissait pour la première fois de Tripoli, la société civile ayant appelé à un sit-in place Riad el-Solh sous le slogan « Tripoli veut la sécurité et la tranquillité ». Et même s'il n'était pas nécessaire de jouer des coudes pour déboucher sur les lieux de l'événement, quelques centaines de personnes étaient quand même présentes. Parmi celles-ci, des représentants du Comité de coordination syndical, des représentants des syndicats des professions libérales, des volontaires de diverses associations, notamment Offre-Joie, des activistes de la société civile, des habitants de Tripoli, mais aussi des citoyens venus de différentes régions, pour dénoncer l'insécurité qui prévalait, il y a quelques jours encore, dans la capitale du Nord.
Hissant drapeaux libanais et slogans appelant à la paix et à l'arrêt des violences, les manifestants ont voulu rappeler aux responsables que « Tripoli est bien libanaise » et qu'il ne faut pas l'oublier. Depuis la place Riad el-Solh, ils ont entamé une marche au son des tambours vers la place des Martyrs où ils ont déposé des bougies, au milieu de mesures de sécurité prises par l'armée, qui a ouvert la marche.
La présidente du syndicat des employés des banques à Tripoli et au Nord, Maha al-Moukaddem, a appelé dans une allocution l'État à assumer ses responsabilités et à faire prévaloir la sécurité et le développement à Tripoli, et la justice à punir les coupables des violences dans la ville, notamment les deux attentats des mosquées al-Taqwa et al-Salam. Elle a en outre déploré la pauvreté des Tripolitains et la fermeture de nombreux magasins dans la ville, « qui souffre et qui se sent exclue du Liban ».
De son côté, le représentant du Comité de coordination syndical Adnane Bourji a appelé les hommes de religion à ne plus attiser les tensions confessionnelles et les forces de sécurité à se mettre sous la disposition de l'armée pour arrêter les criminels. « L'État se doit de tenir ses promesses de sauver la ville, la ville de la foi, du pardon, de la coexistence et de l'acceptation de l'Autre », a-t-il clamé.
« Étrangers dans notre propre ville... »
Parmi les participants au sit-in, par ailleurs, des représentants du groupe des habitants de Tripoli, venus dénoncer les accrochages sanglants entre les quartiers rivaux de Bab el-Tebbané et Jabal Mohsen, qui en sont à leur 18e round de violences. « Nous nous sentons toujours menacés, confiait Inas à L'Orient-Le Jour. Depuis quelques jours, j'étais dans un café et une balle a atterri dans mon cendrier. Cela ne peut plus durer. Nous nous en remettons à l'État qui doit prendre des mesures sérieuses. À cause de l'insécurité, nous nous sentons étrangers dans notre propre ville. »
Pour sa part, le président d'Offre-Joie, Melhem Khalaf, se voulait plus optimiste. « Malgré la douleur et tous les martyrs qui sont tombés, nous ne sommes pas encore morts. Et c'est pour cela que nous devons hausser la voix, affirmait-il. Nous avons le souffle long et nous resterons animés par l'espérance. Nos enfants méritent de retourner dans leurs écoles et de ne pas passer leurs journées cachés des obus dans les toilettes. » Quant à Régina Kantara, avocate originaire du Nord, elle a appelé les autorités de l'État à trancher « pour assurer la souveraineté, la sécurité et le développement de Tripoli, qu'il faut libérer du despotisme ». « Nous avons participé à l'indépendance de 2005, mais nous sommes restés sous le despotisme à Tripoli, qui menace d'entraîner le Liban vers les violences si jamais elle chute », a-t-elle clamé.
Cette manifestation de la société civile survient alors que l'État et l'armée entament l'exécution d'un plan de sécurité à Tripoli, et qui s'avère, jusque-là, pas très réussi. Et si la plupart des manifestants hier prônaient l'entraide et l'union entre Tripolitains de tous bords, certains n'ont pas manqué de faire allusion à des rivalités qui restent ancrées dans les esprits. « Ce plan ne marchera pas tant que la justice ne sera pas appliquée sur tous et tant que Ali Eid (NDLR, soupçonné d'être l'instigateur du double attentat des deux mosquées) n'acceptera pas de comparaître devant la justice, disait Mahmoud (16 ans). Pourquoi se cache-t-il s'il est vraiment innocent ? » Quant à Abou Achir, qui a perdu son fils et deux de ses petits-fils dans le double attentat des deux mosquées, il a affirmé vouloir « juste la sécurité ». « L'enquête sur les attentats se poursuit, mais il y a apparemment certains responsables qui sont protégés, comme Ali Eid », a-t-il ajouté, regrettant que très peu de personnes de Jabal Mohsen soient présentes au sit-in. Et de poursuivre : « Je les excuse quand même, car ils subissent plus qu'ils ne décident. »
Mais ce n'est pas l'absence des habitants de Jabal Mohsen qui se faisait ressentir hier, mais bien celle de tous les Libanais. Ne devaient-ils pas se mobiliser par milliers pour Tripoli, où les flambées de violences ont déjà fait plus de 200 morts et 3 000 blessés en moins de six ans ?
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LES TRIPOLITAINS NE LAISSERONT PAS LE COMPLOT PASSER !
11 h 36, le 08 décembre 2013