C'est vers l'année 1989, encadré par les seigneurs de guerre nourris par la soif du pouvoir des marchands du temple que le régime politique libanais corrompu a atteint le paroxysme de sa puissance. Il instaura la médiocratie de la gérontocratie comme régime de fonctionnement pour l'État. La corruption et la servilité ont eu raison de la dignité et la brutalité et la ruse ont étouffé l'intelligence.
Les signes avant-coureurs de la crise économique et de la guerre civile s'annoncent. Des politiciens amateurs nous répondent de façon simpliste que jamais les Libanais ne s'entre-tueraient encore entre eux. Nous avons la réponse. Ils se réjouissent de leur mort respective avec une cruauté et une haine sans pareilles. Celui qui se réjouit de la mort de ses concitoyens les réduit à la posture d'ennemi et de danger potentiel, les rejetant en dehors de l'humanité. La discrimination de l'ami et de l'ennemi fournit un principe d'identification qui a valeur de critère, selon Carl Schmitt, et les Libanais se retrouvent dans deux camps ennemis, chaque camp s'alliant avec l'ennemi de l'autre camp.
Au lieu de consolider le pays et éliminer les causes qui ont conduit à la guerre civile au vu du principe de causalité qui veut que les mêmes causes produisent nécessairement les mêmes conséquences, on a malheureusement continué à promouvoir les médiocres par cooptation dans toutes les articulations du pouvoir en développant une forte capacité d'inertie et de nuisance Mais il faut avouer que nos hommes politiques ont l'ingénieuse faculté de détourner toute fonction à leur profit ; ils ressentent la jouissance de réussir là où ils ne peuvent pas mériter. Ils acquièrent divinement des logements, de lots de terrains et des comptes gonflés à l'étranger.
Le Liban est devenu une société déchiquetée, sans repères. Une république de kleptocrates qui se déchirent le pays tel des séniles mourants qui s'engouffrent des jouissances de la vie avant leur mort en broyant notre génération aphone avec ses rêves et ses espoirs légitimes.
Le nier serait une dérision. Nous sommes gouvernés par des gérontocrates – même les jeunes vieillissent prématurément –, qui agissent en politique comme avec leur corps malade, à base de calmants. Ils sont tournés vers un passé nostalgique, leur temps est cyclique, tel le temps de la violence. Évidemment, comment un vieux pourrait-il se projeter vers l'avenir quand il court vers l'anéantissement inévitable de sa mort.
Ils se vengent de leur mort en entraînant la mort du pays, tel un objet possédé qu'on emporte avec soi au tombeau. Ils ne peuvent concevoir leur mort qu'à travers le suicide du pays. Ce pays qui a tellement été généreux avec eux, en leur donnant tout sans rien recevoir en échange, de la richesse, du pouvoir et de la luxure. Ils en sont tombés tellement amoureux qu'ils attendent un amour réciproque, et pas moins que le suicide collectif. Le suicide pour l'être aimé n'est-il pas la preuve ultime de l'amour ?
Libanais, réjouissez-vous, vos morts seront les martyrs de l'amour !


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Tres vrai, malheureusement. Ou allons-nous?
15 h 55, le 29 novembre 2013