Suite à une décision du ministre de l'Intérieur (n° 1728 du 25-9-2013) de détacher certaines portions du territoire faisant partie des limites de la ville de Baabda définies, carte à l'appui, en 1970 (par le ministre de l'Intérieur, feu Kamal Joumblatt), pour les donner à la localité de Hazmieh, et alors qu'une procédure judiciaire a été entamée pour l'annulation de cette décision, j'aimerai juste rappeler à qui de droit et à qui veut bien l'entendre l'importance de Baabda.
Sans remonter à la préhistoire, Baabda a été la capitale du Liban autonome de 1861 à 1914-15, et son sérail historique en est témoin, sérail acheté par ses habitants et offert par eux à l'autorité légale afin de consolider le statut de capitale de leur ville.
Avec le découpage administratif du Liban indépendant, Baabda a poursuivi le même parcours et fut désignée capitale administrative du mohafazat du Mont-Liban, de par sa superficie le plus grand des mohafazats.
Baabda accueille en son sein: le palais présidentiel, le ministère de la Défense, le siège du mohafez, l'École militaire et la caserne Chucri Ghanem de Fayyadiyeh, le Palais de justice et tous les services administratifs du Mont-Liban, des écoles publiques et privées, des hôpitaux publics et privés, des organismes internationaux; plusieurs chefs de diplomatie et ambassades y ont élu domicile. Les locaux de L'Orient-Le Jour s'y trouvent aussi. Et sa forêt de Yarzé est le poumon vert du Grand-Beyrouth.
Baabda a de tout temps joué un rôle historique national de premier plan et à tous les niveaux politiques, sociaux et culturels. La ville a donné au pays un président de la République, Charles Hélou, des ministres, des députés, des écrivains, poètes, militaires, des dignitaires religieux et de grands noms dans toutes les professions et carrières libérales. Ses émigrés se sont affirmés dans les pays de la diaspora et Carlos Slim Hélou, l'homme le plus riche du monde, est, de par sa mère, fils de Baabda... La ville a également donné le sang de ses fils militaires et volontaires pour défendre le Liban.
Pourquoi dès lors cherche-t-on à porter atteinte à ses frontières, à lui enlever des parcelles de territoire, à l'heure où l'on devrait plutôt s'occuper de son infrastructure (les routes qui y mènent sont dans un état déplorable), protéger son environnement, ses espaces verts son cadre si pittoresque, ses maisons ancestrales, ses monuments historiques dont le Sérail, la fontaine ottomane, et ses vestiges dont l'aqueduc romain de Zbeideh?
Se permettrait-on pas exemple de porter atteinte aux frontières des capitales administratives: Tripoli, Saïda, Zahlé, Nabatiyeh, Halba sans que cela ne soulève un tollé national?
Solidaires, les fils et tous les habitants de Baabda ont choisi d'obtenir gain de cause par les voies légales et ne manquent pas de brillants avocats pour défendre leur ville. Sinon, disent-ils non sans humour, on va demander l'aide de la «hajjé Hayate» pour faire entendre nos droits.
Ils en appellent à tous les responsables afin que soient respectées les frontières de la ville, dont le nom circule dans le monde entier, plus que Beyrouth même, vu la présence du palais présidentiel. La déclaration de Baabda lancée autour de la table de dialogue national et défendue par le chef de l'État n'en est-elle pas le témoignage le plus évident?
Nelly HÉLOU
Journaliste

