Il en faut peu pour (re/dé/sur)faire l'histoire. Même en minuscules. Même si ce n'est qu'une percée. Qu'une première étape : ces deux mots ont été l'assourdissant leitmotiv de ce long dimanche de fiançailles entre l'Iran et la quasi-totalité de la planète. Il en faut peu pour faire des heureux. D'autant que tout le monde est heureux : il n'y a pas que les suicides qui peuvent être collectifs. Le contentement aussi.
Barack Obama est content. Le très fatigué premier président noir (et dont le père s'appelle Hussein) des États-Unis, malmené depuis le début de son deuxième mandat par un Congrès républicain comme un vulgaire sénateur impliqué dans un scandale sexuel, a trouvé son embryon de Camp David à lui. Qui a dit que la paix entre Israéliens et Palestiniens était plus importante que les legos d'atomes des ayatollahs ?
François Hollande est content. Chez lui, en France, il n'y a que le PS qui n'ait pas encore manifesté : même les poneys défilaient hier contre le président français et contre ses taxes... Mais sur le plan international, ce brave garçon réussit à faire pratiquement mieux que de Gaulle, Mitterrand et Chirac réunis. Laurent Fabius qui adorait comparer le locataire de l'Élysée à une fraise des bois pendant les primaires socialistes qui ont précédé l'élection de 2012 en témoignera un jour.
Ali Khamenei et Hassan Rohani sont contents. Il n'y a rien de plus dangereux, de plus explosif qu'un peuple ; que 79 millions de personnes ou presque assis sur des trésors pétroliers mais qui risquent à n'importe quel moment de crever de faim. Qui ont un pouvoir d'achat rachitique. Qui ne peuvent (toujours) pas transférer de l'argent de ou vers leur pays. Les ultras et le progressiste sur la même longueur d'onde, qui comprennent ensemble qu'un tango ne se danse qu'à deux, que rien n'est gratuit et qu'une échelle des priorités ne peut en aucun cas être élastique ou molle : cela faisait bien longtemps que l'Iran n'avait pas connu cela.
El-Qaëda et ses chefs sont contents. Si les États-Unis et l'Iran ont fini par s'entendre, pourquoi pas eux ?
Bachar el-Assad est content. C'est normal : cela fait plusieurs mois que le président syrien, totalement perché dans sa tête et sur son trône au cœur de la la land, est déconnecté de toutes les réalités, de toutes les logiques, notamment géopolitiques.
Les Libanais sont contents. Les partisans du 14 Mars se réjouissent de voir, même momentanément, l'Iran plier, se conformer aux lois internationales, et les pro-8 Mars se frottent les mains à l'idée que la diabolique Amérique se soit déculottée et humiliée de cette façon. Et tous calculent déjà les proportions au sein de ce gouvernement Salam qui n'en finit plus, même pas né, d'agoniser. Et naturellement, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères (et, accessoirement, chef sortant de la diplomatie libanaise), Adnane Mansour, est content. C'est d'ailleurs le seul ministre à avoir exprimé haut et fort sa (très policée) satisfaction.
Tout le monde est content. Ou montre qu'il l'est. Même les pays du Golfe, forcés de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de voir ces verres beaucoup plus à moitié pleins.
Tout le monde, sauf le Premier ministre israélien. Qui l'a dit, redit et répété dans des termes très durs, très amers. Et sauf le Hezbollah, qui n'a pas ouvert la bouche. Qui attend que le wali el-faqih lui envoie non seulement ses ordres pour les six mois à venir, mais aussi, et surtout, le nouveau lexique que Hassan Nasrallah et ses lieutenants devront utiliser lorsqu'ils évoqueront les États-Unis d'Amérique.
Étrangement, Shimon Peres a eu en ce dimanche historique des élans de sagesse, très Yitzhak Rabin wannabe : en demandant à voir sur pièces, il a rappelé que le succès ou l'échec de cet accord sera jugé sur les résultats et non sur les mots. Étrangement, le Hezbollah aussi n'a d'autre alternative que d'attendre. De (se) convaincre qu'il ne sera jamais abandonné par Téhéran. De se lâcher dans la Ghouta orientale de Damas, mercenaire stakhanoviste au service de la barbarie Assad. YOLO style.
Depuis ce 24 novembre 2013 genevois, on ne fait plus ce que l'on veut. Mais ce qu'on peut.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
L'AFFAIRE S'EST DÉVELOPPÉE EN : WLIK I KHALLILI HAL SHAYTAN CHOU 7ILOU !
09 h 37, le 26 novembre 2013