Sa traque aura mobilisé toutes les forces de police de l’agglomération parisienne. Arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi, Abdelhakim Dekhar, cheveux courts et lunettes à la Malcolm X, n’est plus en état de nuire. 17 Juin Media/ Faites entrer l’accusé/AFP
Le tireur présumé de Paris a été arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi après une longue traque. Son nom, Abdelhakim Dekhar, est apparu voilà près de 20 ans dans une retentissante affaire de fusillade. Il a refait surface, à la surprise générale, après qu’il eut été confirmé, dans la nuit, que son empreinte ADN correspondait à celle du tireur qui a semé lundi la terreur à coups de fusil à pompe dans le hall du quotidien Libération, blessant grièvement un assistant photographe, avant d’ouvrir le feu dans un quartier d’affaires et de brièvement prendre un automobiliste en otage. Il s’était quelques jours plus tôt introduit armé au siège de la chaîne d’information télévisée en continu BFM TV.
M. Dekhar, qui n’avait pas pu être entendu par les enquêteurs lors de son interpellation mercredi soir en raison de son état de santé, a été placé en garde à vue pour tentatives d’assassinats, enlèvement et séquestration, et a commencé à répondre aux questions des enquêteurs, a annoncé le procureur de Paris, François Molins.
Il a été retrouvé semi-inconscient, sans doute suite à une tentative de suicide par médicaments, dans une voiture garée dans un parking souterrain. Le suspect, désormais « audible », a évoqué dans des lettres retrouvées par la police un « complot fasciste » et dénoncé les méfaits du « capitalisme » et la « manipulation des masses » par « les médias », a annoncé le procureur de Paris, sans toutefois conclure qu’il s’agissait là des mobiles de ses actes. La chaîne d’information BFMTV avait évoqué un peu plus tôt une lettre « délirante », « un charabia » dans lequel le tireur présumé parle de la Libye, de la Syrie et de la situation dans le monde arabe.
L’homme, condamné en 1998 à quatre ans de prison, avait des « tendances affabulatoires » mais pas de « grain de folie », d’après les conclusions de l’expertise psychiatrique à l’époque, a souligné M. Molins, qui indique qu’il est bien l’« auteur unique » de l’équipée sanglante à Paris et en banlieue parisienne. Il a été dénoncé par un homme de 32 ans qui l’hébergeait depuis juillet. Le procureur de Paris a précisé que les deux hommes s’étaient rencontrés à Londres il y a 13 ans.
Toumi l’anarchiste
Depuis lors, M. Dekhar vivait régulièrement en Grande-Bretagne. Né dans l’est de la France, M. Dekhar avait été condamné dans l’une des affaires les plus retentissantes des trente dernières années. Surnommé Toumi à l’époque, il avait été condamné à quatre ans de prison pour avoir acheté le fusil à pompe ayant servi à l’équipée sanglante du couple Florence Rey-Audry Maupin, qui avait fait cinq morts, dont trois policiers, le 4 octobre 1994 à Paris. Cheveux courts et lunettes à la Malcolm X, il était au début des années 90 un habitué des squats fréquentés par les groupuscules anarchistes et d’extrême gauche, souvent sous étroite surveillance policière. Au procès, il avait vainement tenté de persuader la cour qu’il était un agent en mission de la Sûreté militaire algérienne, chargé d’infiltrer les milieux autonomes pour en débusquer d’éventuels intégristes. Condamné exactement à la durée de sa détention provisoire, il avait été libéré dans la foulée.
Aujourd’hui, son arrestation met fin à une traque qui a mobilisé toutes les forces de police de l’agglomération parisienne. Dans un communiqué, le président François Hollande a salué « l’efficacité des services de police et de justice ». Le patron de Libération, Nicolas Demorand, a fait part de son « soulagement immense ». Le jeune assistant photographe qu’il a blessé au thorax et à l’abdomen « va bien », selon lui. Soigné dans un hôpital parisien, il est « définitivement maintenant du côté de la vie ».

