Je rêve, j’hallucine ! Le pays est en branle-bas de combat. Pour une fois tous unis pour une même cause ! Tous défendant leur honneur, leur « indépendent » saqué, massacré, bafoué. Les réseaux sociaux s’enflamment. Les langues se déchaînent. Les accusations pleuvent dans la presse. Les Libanais, et plus particulièrement les farouches défenseurs de la langue de Molière, se battent pour retrouver leur « indépendance », celle qu’on leur a ôtée en ce funeste jour où sont apparus ces billets de 50,000 LL sur le marché. La honte, la calomnie ! On met au banc des accusés le gouverneur de la Banque centrale qui a laissé passer outre, une gaffe monumentale (dans ce pays où la gaffe n’est jamais commise), un laisser-aller de sa part et de celle de son administration (du jamais-vu dans nos administrations).
Cet homme intègre, celui qui défend depuis des années notre monnaie contre vents et marées, envers et contre tout, envers et contre tous, qui a permis la stabilité de notre livre libanaise face à toutes les tempêtes qui menaçaient le pays, celui qui a été réélu trois fois à la tête de cette prestigieuse institution, qui a travaillé des années durant dans l’ombre sans jamais demander des comptes à personne, ni commettre de gaffes. Cet homme-là est aujourd’hui accusé d’avoir atteint à notre honneur et notre « indépendance ». J’hallucine, je rêve !
Car l’anarchie du pays, la qualité de vie exécrable que nous subissons sans broncher, l’absence d’électricité, le manque d’eau, l’agonie du gouvernement (si ce dernier daigne exister), le système archaïque de nos institutions où le vol est monnaie courante et la médiocrité de rigueur, les caisses de l’État pillées et volées au vu et au su de tout le monde, l’absence de sécurité, sociale, routière, médicale, la fuite de nos cerveaux et de nos jeunes, cela n’est pas une atteinte à notre indépendance et à notre honneur ! Cela ne vaut pas un combat ! Cela ne vaut pas la peine d’être mentionné ! Cela est devenu monnaie courante, une fatalité que nous subissons, qui fait partie de notre lot quotidien !
Et bien, non messieurs ! Notre vraie « indépendance », écrite dans toutes les langues et sous toutes ses formes, se situe au-delà d’un point ou d’une faute d’orthographe. Notre vraie « indépendance », c’est celle qui nous libère de l’emprise de ces leaders qui ont pris le pays en otage, ceux qui ne respectent pas nos droits et nos valeurs, qui font fi de notre liberté et se moquent de notre honneur. Ce sont eux que nous devons montrer du doigt ! Ce sont eux les usurpateurs de notre « vraie » indépendance ! Ce sont eux que nous devons accuser et combattre et non pas un homme, une institution ou une faute d’orthographe.
Lamia SFEIR DAROUNI


ELLE SE RÉSUME EN : INDE... PEN... DANSE !
12 h 33, le 23 novembre 2013