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Culture - Cimaises

Dans la spirale de Carlo Keshishian

« Portals » est une série de toiles grand format exécutées par Carlo Keshishian et accrochées à la galerie The Running Horse jusqu’au 7 décembre. Un travail minutieux et hypnotique qui ouvre sans aucun doute des centaines de portes.

Comme une tapisserie, Carlo Keshishian tisse les circonvolutions de la vie.

La spirale est continue, presque interminable, les parallèles indéfinissables mais lisibles, le trait précis et déterminé « quand je travaille je sais où je vais » et le cercle entier. Sur ces toiles grand format aux tons monochromes déclinant parfois vers d’autres teintes, il y a le vide et l’éternité. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Hypnotique, magnifiquement minutieux et précis, « Portals » invite le regard non à observer mais à y pénétrer totalement.

Comme des ronds dans l’eau...
Est-ce simplement un travail pictural, se demande-t-on ?
La traduction de la pensée de l’artiste est certainement picturale, mais elle emprunte différents sentiers pour aboutir à ce résultat. Il semble parfois que c’est une symphonie (in)achevée, un morceau de jazz qui se nourrit d’harmonies nouvelles. À d’autres instants, ces vrilles semblables au Vertigo de Hitchcock créent un délicieux vertige. Dessinant les circonvolutions de la vie – « autant que je m’en souvienne j’ai toujours esquissé des spirales » –, l’artiste aime à évoquer dans son travail l’action et la réaction. Ainsi toute action pour Keshishian est suivie par une contre-réaction. Est-ce l’effet domino où une réaction en chaîne peut se produire lorsqu’un changement mineur provoque un changement comparable à proximité ? Ou plus encore l’effet papillon selon lequel un simple battement d’ailes d’un papillon peut déclencher une tornade à l’autre bout du monde ? Toujours est-il que dans cette forme de travail que l’artiste a expérimentée jusqu’à présent, il existe une sorte d’exploration.
Inspiré par les romans de Paul Auster, Keshishian affirme que « dans la vie, chaque chose a sa raison d’être et rien n’est fortuit », tout comme l’étranger qui regarde de l’extérieur, aime à sonder lui-même ces lignes continues qui tournent à l’infini en créant parfois certains accidents non sans conséquences sur l’œuvre ainsi que sur la vision en elle-même. Ce processus de création surprend même l’artiste en ouvrant à chaque instant un portique pour y laisser pénétrer une nouvelle lumière, une nouvelle incidence.
Établi à Londres, Carlo Keshishian, issu d’une famille de commerçants de tapis, ne pouvait être imperméable aux tapisseries qu’il a côtoyées toute sa vie. Pour sa seconde exposition solo, il a ouvert des brèches à travers une œuvre dense et touffue. « La tapisserie a certainement affecté mon parcours d’artiste », avoue-t-il. Car tel un tapis, son travail se tisse, fil après fil, ligne après ligne, l’artiste devenant au cours de l’exécution une araignée minutieuse, en état de transe.
En créant ces spirales, un tas de choses traversent l’esprit de Carlo Keshishian. Des milliers de chansons, des milliers de variations d’humeur, des pensées qui se bousculent mais qui s’alignent à nouveau grâce à une endurance, une maîtrise de soi et une énergie contenue et bien canalisée. Comme des ronds dans l’eau.

La spirale est continue, presque interminable, les parallèles indéfinissables mais lisibles, le trait précis et déterminé « quand je travaille je sais où je vais » et le cercle entier. Sur ces toiles grand format aux tons monochromes déclinant parfois vers d’autres teintes, il y a le vide et l’éternité. L’infiniment petit et l’infiniment grand. Hypnotique, magnifiquement minutieux et précis, « Portals » invite le regard non à observer mais à y pénétrer totalement.
Comme des ronds dans l’eau...Est-ce simplement un travail pictural, se demande-t-on ?La traduction de la pensée de l’artiste est certainement picturale, mais elle emprunte différents sentiers pour aboutir...
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