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Liban

Pour que le don demeure...

Professeur d’université, prêtre jésuite, Paul Saadé consacre à l’énigmatique lien de filiation un ouvrage volumineux La demeure du Don (*), documenté et passionnant à lire, où il investit tout son savoir de psychanalyste et de philosophe.
Le don de la vie, le don de l’identité, le lien social sont autant de choses que le père et la mère donnent à l’enfant. Mais que reçoivent-ils en retour ? Et dans quel esprit ont-ils donné ? Qu’ont-ils accordé en donnant : une cage ou la liberté ? C’est à cette problématique que Paul Saadé consacre son livre, apportant sa contribution à un paysage déjà balisé, ou plutôt foulé – comme un sentier de montagne –, par Freud, Marcel Mauss, Jacques Derrida, Jacques Lacan, et bien d’autres explorateurs du conscient et de l’inconscient.
Présentant son ouvrage au Salon du livre – une thèse de doctorat en études psychanalytiques soutenue à l’Université Paul-Valéry de Montpellier –, Paul Saadé a demandé à quatre de ses amis de contribuer à cette réflexion en apportant leur propre angle d’analyse au thème de son ouvrage, comme en un contrepoint musical qui rehausserait le thème principal et lui donnerait son amplitude, son timbre, son universalité.
Tour à tour Leila Dirani, psychologue, Youssef Mouawad, avocat et historien, Serge Margel, philosophe, et Samir Frangié, politologue, ont pris la parole pour parler du don, des conditions
d’octroi du don et de celles de la formation de la dette, et des rapports qui se créent – ou ne se créent pas – entre donateur et donataire.
Chacun dans sa discipline – Mouawad en moraliste –, ils ont exploré les dédales d’une démarche qui paraît simple, mais qui se révèle créatrice de liens caractérisés surtout par leur ambiguïté, terme qui a la préférence de l’auteur.
Celui qui donne lie, celui qui accepte délie en donnant son acceptation, mais ce faisant, lie à son tour le donateur. Le don se fait-il donc un cercle fermé ? Est-il un cercle infernal ? On voit bien comment une relation apparemment naturelle engendre des liens qui sont à la fois souhaitables, indispensables et aliénants ; parfois par leur charge d’insu, d’inconscient.
Paul Saadé me pardonnera de citer dans cet article un passage du mot de Samir Frangié qui, de la lecture politique d’une thèse psychanalytique, a tiré deux réflexions essentielles pour qui, comme nous tous, cherche à racheter un passé lourd de crimes, et à mettre sa patrie sur la voie de la rédemption, de la vie et de l’avenir, plutôt que sur celui de la répétition du passé.
« Notre système politique me semble basé sur un acte biologique de reproduction, et non un acte symbolique de procréation, fondé, dit l’auteur, sur une parole capable de rompre avec les déterminismes généalogiques. La filiation est une transmission, un lien, un rapport vertical entre les générations. Et ce lien n’existe qu’à travers le don. Ce don reçu suscite une dette dont le remboursement ne se fait pas en amont, mais en aval, vers la génération d’après. Or cette transmission dans la situation que nous vivons ne fonctionne pas. Il lui manque la connaissance et, plus important encore, la reconnaissance, la connaissance de ce passé dramatique que nous avons vécu et dont nous peinons à sortir, et la reconnaissance de notre responsabilité dans le drame que le pays a connu. En l’absence de ces deux facteurs, le don que nous faisons ne fonctionne pas comme fondateur de liens. »
Samir Frangié parle des conditions du don, de ce qui doit compléter ce don – connaissance et reconnaissance –, pour en faire un don de vie et d’avenir. Il y a une voie de don que j’aimerais explorer à mon tour, c’est celle du don comme bonheur reçu. Saint Paul en parle dans une de ses épîtres, citant une parole du Christ introuvable ailleurs qui dit : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » Sous cette forme, le don nous constitue
toujours prisonniers, mais cette fois, c’est de notre propre liberté. La liberté de rendre don pour don, amour pour amour. C’est à cette norme mystique que tous les autres dons devraient tendre et être mesurés.

(*) « La demeure du Don », Paul Saadé, éditions Orizons, postface de Jean-Daniel Causse.
Professeur d’université, prêtre jésuite, Paul Saadé consacre à l’énigmatique lien de filiation un ouvrage volumineux La demeure du Don (*), documenté et passionnant à lire, où il investit tout son savoir de psychanalyste et de philosophe. Le don de la vie, le don de l’identité, le lien social sont autant de choses que le père et la mère donnent à l’enfant. Mais que reçoivent-ils en retour ? Et dans quel esprit ont-ils donné ? Qu’ont-ils accordé en donnant : une cage ou la liberté ? C’est à cette problématique que Paul Saadé consacre son livre, apportant sa contribution à un paysage déjà balisé, ou plutôt foulé – comme un sentier de montagne –, par Freud, Marcel Mauss, Jacques Derrida, Jacques Lacan, et bien d’autres explorateurs du conscient et de l’inconscient.Présentant son ouvrage au...
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