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Moyen Orient et Monde - Proche-Orient

Arafat empoisonné ? Pas exclu, mais pas de preuves

La direction palestinienne tente de se dépêtrer des révélations sur la mort de l’ancien leader historique.

Le Dr François Bochud, directeur de l’Institut de radiophysique appliquée de Lausanne, en compagnie du directeur du Centre universitaire romand de médecine légale, Patrice Mangin, montre aux caméras le rapport médical sur la mort de Yasser Arafat. Fabrice Coffrini/AFP

La direction palestinienne était sous pression hier pour saisir la justice internationale de la mort de Yasser Arafat après la publication d’un rapport médical confortant la thèse d’un empoisonnement, une voie semée d’obstacles politiques et juridiques.
« Nos résultats soutiennent raisonnablement la thèse de l’empoisonnement », a résumé hier le Dr François Bochud, directeur de l’Institut de radiophysique appliquée de Lausanne, un des auteurs du rapport diffusé la veille par la chaîne qatarie al-Jazira. L’équipe médicale suisse a mesuré sur les échantillons biologiques du dirigeant historique palestinien des doses de polonium jusqu’à 20 fois supérieures à la norme, a-t-il souligné lors d’une conférence de presse, précisant néanmoins ne pas pouvoir déterminer avec certitude si telle était la cause de la mort.
« On n’absorbe pas par accident ou volontairement une source de polonium. C’est quand même un produit qui n’est pas présent dans l’environnement en concentration telle que cela permettrait de s’intoxiquer de façon accidentelle ou involontaire », a déclaré le professeur Patrice Mangin, directeur du Centre universitaire romand de médecine légale, lors d’une conférence de presse. « À partir du moment où l’on considère qu’il y a du polonium qui a pu être introduit de manière artificielle comme cela dans l’organisme, fatalement cela suppose l’intervention d’un tiers », a-t-il ajouté.
Souha Arafat, la veuve du leader palestinien, a fait écho à ces propos. « Je suis certaine que c’est quelqu’un qui appartenait au cercle de ses proches », a-t-elle dit au Qatar, après être intervenue sur l’antenne d’al-Jazira.

Israël vs l’entourage
Pour les Palestiniens, le rapport médical suisse, qui évoque le précédent d’Alexandre Litvinenko, un ancien membre des services secrets russes réfugié à Londres et assassiné au polonium en 2006, ne fait que confirmer une conviction bien ancrée de l’implication d’Israël. « Le but d’Israël en tuant Arafat était de chambouler la scène palestinienne et de faire émerger une direction palestinienne plus conciliante, pour parvenir à un accord aux termes d’Israël », explique le politologue Abdelmajid Souilem, en allusion à l’actuel président Mahmoud Abbas.
La publication des résultats tombe à un moment très délicat pour la direction palestinienne, engagée dans des négociations de paix difficiles avec Israël, souligne l’analyste Hani al-Masri. « Les Palestiniens attendent maintenant des mesures de leurs dirigeants pour suivre ces résultats », estime-t-il, rappelant l’engagement pris par M. Abbas de suspendre toute démarche auprès des organisations internationales pendant les neuf mois impartis aux pourparlers.
Le Hamas, au pouvoir à Gaza, a appelé mercredi tous les mouvements à faire pression sur la direction palestinienne pour « arrêter les négociations avec l’occupation, compte tenu des graves résultats de l’analyse de la dépouille mortelle de Arafat et prendre des mesures concrètes afin de découvrir ceux qui sont impliqués dans le crime ».
Interviewé par l’AFP, Raanan Gissin, un conseiller d’Ariel Sharon, Premier ministre israélien au moment de la mort d’Arafat, a assuré que « les instructions de Sharon étaient de prendre toutes les précautions pour qu’Israël ne soit pas accusé de la mort de Arafat. C’est pour cette raison que Sharon a permis l’évacuation vers un hôpital en France de Arafat lorsqu’il s’est avéré qu’il était mourant », a-t-il assuré, qualifiant ses propos de l’époque déplorant que Arafat soit encore en vie de « déclarations politiques qui n’ont pas eu de suites opérationnelles ».
Et aux Palestiniens qui soupçonnent Israël de la mort de Arafat le 11 novembre 2004 dans un hôpital militaire français, M. Gissin leur conseille plutôt « de s’interroger sur ceux qui, dans l’entourage de Arafat, avaient intérêt à sa disparition, et surtout sur qui a mis la main sur l’argent que contrôlait Arafat ».

Comme pour Hariri
Pour avoir plus de clarifications sur cette mystérieuse affaire, un membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, Wassel Abou Youssef, a appelé hier à la formation d’une « commission d’enquête internationale sur le meurtre du président Arafat », « de la même manière qu’une commission d’enquête internationale a été formée sur le meurtre de (l’ex-Premier ministre libanais) Rafic Hariri ». Il a en outre annoncé une conférence de presse aujourd’hui à 8h00 GMT sur la mort du dirigeant historique palestinien tout en mettant l’accent sur le fait que « les résultats ont montré que Arafat avait été empoisonné au polonium, une substance qui est détenue uniquement par des États ».
Lors des prélèvements sur la dépouille mortelle, le 27 novembre 2012, le président de la commission d’enquête palestinienne Tawfiq Tiraoui avait annoncé que si les résultats confirmaient la thèse de l’empoisonnement, les dirigeants palestiniens saisiraient la Cour pénale internationale. Cette démarche paraît désormais compromise dans l’immédiat, à la fois par l’engagement de s’abstenir de tout recours aux juridictions internationales et par une procédure juridique déjà lancée en France.

(Sources : agences)
La direction palestinienne était sous pression hier pour saisir la justice internationale de la mort de Yasser Arafat après la publication d’un rapport médical confortant la thèse d’un empoisonnement, une voie semée d’obstacles politiques et juridiques.« Nos résultats soutiennent raisonnablement la thèse de l’empoisonnement », a résumé hier le Dr François Bochud, directeur de l’Institut de radiophysique appliquée de Lausanne, un des auteurs du rapport diffusé la veille par la chaîne qatarie al-Jazira. L’équipe médicale suisse a mesuré sur les échantillons biologiques du dirigeant historique palestinien des doses de polonium jusqu’à 20 fois supérieures à la norme, a-t-il souligné lors d’une conférence de presse, précisant néanmoins ne pas pouvoir déterminer avec certitude si telle était la...
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