L’inflation en zone euro a atteint en octobre un plus bas depuis fin 2009, à 0,7 %, bien loin de l’objectif de la BCE de le maintenir proche de 2 %. « La BCE vient de surprendre la plupart des analystes, nous y compris », a commenté Carsten Brzeski, économiste de ING, qui se dit « stupéfait ». « Les risques de déflation et l’euro fort semblent avoir motivé cette décision », poursuit-il, jugeant que la BCE sous la présidence de l’Italien Mario Draghi « est devenue bien plus proactive que sous ses prédécesseurs ».
« C’est le timing qui est une surprise, non la décision elle-même », a estimé Bruno Cavalier, d’Oddo Securities. « En dessous de 1 %, on entre dans une zone où l’écart par rapport à la cible d’inflation de 2 % met en jeu la crédibilité de la BCE », expliquait-il récemment. Tout en considérant que la zone euro était potentiellement au seuil d’une « période prolongée d’inflation basse », le président de la BCE Mario Draghi a dit ne pas anticiper de déflation, et ce lors de sa conférence de presse mensuelle de politique monétaire.
Quant à l’euro, dont l’appréciation commençait à inquiéter des pays comme la France et l’Italie, il est tombé peu après l’annonce à son plus bas niveau depuis mi-septembre face au dollar, même si M. Draghi a affirmé que l’euro fort n’avait joué « aucun rôle » dans la décision de baisser le taux directeur.
« Nous n’avons pas atteint encore les limites » de notre action, a rétorqué M. Draghi, soulignant que la BCE pouvait encore baisser ses taux et disposait d’un large éventail d’instruments dans son « artillerie ». Le conseil des gouverneurs pourrait ainsi décider de réduire sous 0 % son taux de dépôt auquel les banques placent de l’argent chez elles pour 24 heures. Un pas qu’il hésite à franchir depuis des mois. « Nous sommes techniquement prêts », a répété M. Draghi. Un éventuel prêt à long terme aux banques de la région, à l’image des deux accordés fin 2011 et début 2012, pourrait également être à l’ordre du jour. Pour le moment, la BCE s’est contentée d’allonger d’un an, jusqu’à mi-2015, ses allocations illimitées et à taux fixe de liquidités à une semaine, un mois et trois mois.
Les banques allemandes critiques
Le secteur financier allemand a critiqué cette baisse des taux d’intérêt, dont il estime qu’elle ne fera rien pour l’économie mais pénalisera les épargnants allemands. « Les effets sur la conjoncture de la baisse annoncée aujourd’hui devraient être minimes », a commenté dans un communiqué le président de la Fédération des banques privées du pays, Michael Kemmer. En revanche, « les risques liés à une politique de taux bas augmentent à moyen et long terme », argue-t-il.
Du côté des puissantes caisses d’épargne, le ton est encore plus alarmiste. La baisse par la BCE de son principal taux directeur à 0,25 % n’était « pas nécessaire » et est « le mauvais signal », critique le président de leur fédération, Georg Fahrenschon. La mesure « n’aura pas d’effets sur l’économie réelle » mais « va décourager (les épargnants) d’investir dans la prévention vieillesse, et ce dans une société vieillissante ».
L’Allemagne, à l’économie bien portante, n’a rien à gagner d’une baisse des taux censée stimuler la machine économique et prévenir l’érosion de l’inflation. Au contraire, le danger d’un emballement des prix en Allemagne, notamment dans le secteur immobilier, est souvent dénoncé, même s’il ne s’est pas matérialisé jusqu’à présent.
(Source : AFP)

