Le cinéma libanais, bien qu’encore embryonnaire, non soutenu par des structures étatiques ou autres, mal encadré ou mal-aimé par rapport aux grosses productions américaines, a fait de grands pas en avant ces dernières années. Ce 7e art a réussi à se tracer un chemin, voire à exister en se forgeant une identité et une cohérence malgré la diversité des cinéastes, des genres et des sujets traités.
Peu d’ouvrages en langue française ont abordé jusqu’à présent le cinéma libanais. Enseignant le cinéma à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et dirigeant des séminaires dans des institutions universitaires de plusieurs pays, Élie Yazbek, auteur de plusieurs essais et articles sur le cinéma, dont Montage et idéologie dans le cinéma américain contemporain, et également coordinateur de l’ouvrage Images et ethiques, se penche depuis quelques années sur le cinéma libanais et moyen-oriental.
Dans cet ouvrage, édité chez l’Harmattan, Yazbek tente de retracer le parcours de ce cinéma de l’après-guerre, notamment celui qui s’étale de 1990 à 2010 à travers une lecture des thématiques abordées dans les films. En effet, si les œuvres diffèrent dans leurs sujets, on note néanmoins beaucoup de similitudes qui rappellent la genèse commune de cette démarche artistique et cinématographique.
Sans vouloir prétendre être exhaustive, cette étude n’aborde pas les films séparément, mais dans tout ce qui les rapproche et les rende un seul corps cinématographique. Élie Yazbek a donc recensé deux grands thèmes récurrents dans un certain nombre de films (de long-métrage ) libanais. D’abord celui de la capitale libanaise au cinéma. Est-ce que Beyrouth existe-elle vraiment au cinéma ou est-elle un fantôme ? Pour répondre à cette question, l’auteur a comparé différentes œuvres de Ghassan Salhab qui évoquent le même sujet. Dans la seconde subdivision, Yazbek parle de la représentation de Beyrouth. Ainsi, si pour le couple Joreige/Hadjithomas « Beyrouth n’existe pas », par contre pour Bourhane Alaouié « Beyrouth est en chacun de nous ». Le second thème abordé, c’est l’invisibilité de la guerre. L’exil, l’absence de temps ainsi que l’incapacité (ou la peur) d’écrire l’histoire de notre pays (et cela depuis des lustres) rendent notre cinéma mouvant, instable, imprécis. L’auteur tente de décortiquer les raisons et les conséquences de cet esprit.
Enfin, dans sa conclusion, Élie Yazbek se demande s’il y a un cinéma libanais sans la guerre. « Beaucoup de tentatives ont vu le jour durant cette dernière décennie », rappelle-t-il : Falafel (Michel Kammoun), Caramel (Nadine Labaki) ou Yanoosak (Élie Khalifé) sont autant d’ébauches pour sortir de ce cinéma de guerre. Mais Beyrouth n’y reste-t-elle pas pour autant l’élément fédérateur ?
Un essai qui fait un éclairage sur ces deux décennies de cinéma libanais. À lire absolument.

