Après un premier congrès consacré aux chrétiens où l’on a vu Colette Khoury, conseillère du président Bachar el-Assad, pointer malencontreusement son nez, un second congrès se tiendra à l’hôtel Hilton-Habtour, sous un label presque identique, à l’appel de la rencontre de Bethania, et toujours sous une mouvance soupçonnée de complaisance – c’est le moins qu’on puisse dire – envers le régime syrien. Ces congrès se tiennent en l’absence de tout représentant déclaré du 14 Mars ou de forces chrétiennes indépendantes. Or ces partis et forces considèrent que la surenchère politique sur la protection des chrétiens leur fait plus de tort que de bien, et qu’il est malsain d’aborder le dossier des droits fondamentaux des chrétiens autrement que sous l’angle national, au nom de principes généraux valant pour tous, et non sous un angle communautaire étroit et fanatique.
C’est cet angle étroitement communautaire qui dérange les forces du 14 Mars, qui refusent « toute récupération de la cause chrétienne par un camp, et son exploitation au service d’un régime ou d’une force politique ». Ces milieux sont indisposés par la volonté des forces prosyriennes de se poser comme les défenseurs attitrés des chrétiens, et qui souhaitent conférer à nouveau au régime syrien la tâche de défendre la présence et les droits des chrétiens face aux jihadistes, ces derniers étant accusés de servir d’instruments aveugles à un complot occulte visant à vider le Moyen-Orient de toute présence chrétienne significative.
Le Vatican, pour sa part, suit la situation avec inquiétude et réfléchit sur le moyen d’endiguer l’émigration chrétienne du Moyen-Orient, sans prendre politiquement parti.
(Pour mémoire : Sleiman : Si les chrétiens libres tombent au Liban, ce sera leur fin au M-O)
C’est dans ce contexte que se tiendra au Vatican, du 21 au 24 novembre, un sommet pour la Syrie, l’Irak et le Moyen-Orient, afin de « réfléchir sur les possibilités de paix », en présence du pape François.
Les patriarches des Églises orientales, et notamment les patriarches Raï et Grégoire III, seront présents pour cette rencontre annoncée par le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, à l’ouverture de l’année académique 2013-2014 de l’Institut pontifical oriental, le 26 octobre. Selon L’Osservatore Romano, le sommet a été organisé sur le thème « Les Églises orientales catholiques à 50 ans du concile œcuménique Vatican II ». Il sera l’occasion de « réfléchir sur les possibilités de paix en Syrie, en Terre sainte et au Moyen-Orient », et d’élever une prière « pour les chrétiens de ces pays torturés ».
L’un des fruits du premier congrès chrétien a été une prise de conscience de l’apparente marginalisation des chrétiens au sein de l’administration. Selon les auteurs d’un rapport présenté à ce congrès, « une tentative réelle de vider l’administration de ses éléments chrétiens » est en cours. Dans certaines administrations, précise le rapport, la présence des chrétiens est tombée en dessous de 10 %, face à une pléthore de contractuels ou de salariés à la tâche. Ces milieux parlent de l’admission de 2 300 salariés et/ou contractuels dont aucun n’est chrétien. Pour la Ligue maronite, il s’agit là de rien moins que d’un « complot ourdi contre la présence chrétienne ».
Devant ces chiffres accablants, une source du 14 Mars s’interroge. Qu’ont fait les députés du Courant patriotique libre auprès de leurs alliés chiites pour empêcher cette invasion ? Est-il encore possible d’arrêter, sinon de réparer cette « hécatombe administrative » ?
(Pour mémoire : Aoun appelle tous les chrétiens du Liban à l’unité)
On fait valoir aussi, dans les milieux concernés, que la volonté de surenchère n’est pas absente de la manière dont ces chiffres ont été rendus publics, de manière à exacerber les sensibilités confessionnelles. On note aussi que le principe de la parité entre chrétiens et musulmans ne s’applique qu’aux fonctionnaires de la première catégorie, et que le pourcentage de chrétiens dans certaines administrations ne fait que refléter leur pourcentage au niveau de toute la population, sans parler des administrations que boudent les chrétiens. Enfin, on note qu’une bonne partie des clients politiques des partis représentés au sein du gouvernement sont engagés à la tâche, ou par contrat, et non cadrés, à l’image des journaliers d’EDL.
De pareils raisonnements et précisions sont de nature à replacer le débat dans son cadre véritable. Le pays est à l’abandon et la seule voie de redressement possible est de placer son intérêt supérieur au-dessus des intérêts particuliers. Les Libanais s’y mettront-ils enfin ?
Pour mémoire
"Le Liban n'existe pas sans les chrétiens..."
Les jésuites au Liban et la Grande Guerre de 1914-1918


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine