Le Moyen-Orient, depuis 1948, est dans un état d’ébullition constante. Entre guerres régionales, bouleversements, insurrections et révolutions, une nouvelle géopolitique et un ordre nouveau semblent se profiler, pour permettre d’asseoir une paix définitive arabo-israélienne et une redistribution, entre les principaux acteurs régionaux et internationaux, des richesses énergétiques des sous-sols des différents pays de la région. Conçu et construit avec cynisme mais détermination, ce long processus devrait, malgré certains dérapages, répondre aux nombreux défis et desseins de ceux qui l’ont bâti et se fondre dans un espace géographique entièrement remodelé.
Depuis la guerre de 1975, le Liban ne cesse de subir sur son territoire le diktat de la Syrie ; et aujourd’hui, malgré la guerre qui y a éclaté, la nation et le peuple libanais continuent à supporter, bon gré, mal gré, les conséquences de tous les drames humains vécus par le peuple syrien depuis le début de cette lamentable épreuve, dont principalement : le flux énorme de réfugiés de ce pays installés anarchiquement sur notre territoire national et le blocage de nos institutions et les divisions profondes entre ses composantes politiques qui ont atteint récemment leur paroxysme avec l’intervention de l’une d’elles, sur instruction de la République islamique d’Iran, son commanditaire, dans la guerre auprès du régime syrien.
Est-il normal ou juste que notre pays paye toujours pour la guerre des autres, non seulement chez lui, mais aussi chez ses voisins ? Tantôt pour Nasser, tantôt pour les Palestiniens, tantôt pour la Syrie ou l’Iran, et la liste de ses crises est malheureusement bien longue...
Aujourd’hui encore, alors que la Syrie saigne, c’est le Liban qui agonise.
La problématique régionale, ses ramifications sur la scène politique intérieure et ses conséquences, souvent négatives, pèsent de tout leur poids sur l’ordre public et la paix civile de ce pays, récipient condensé et miroir du contenu sociopolitique de tous les États riverains. C’est pourquoi il devient impératif de chercher le meilleur moyen d’endiguer cet état de déstabilisation permanente qui mine les structures et l’identité du Liban de 1943, et de proposer une alternative acceptable qui, tout en consolidant son statut constitutionnel, pourra se fondre et aider à asseoir le futur panorama géopolitique en gestation depuis la création d’Israël.
Chacun a apporté à ce questionnement sa part de réflexion et d’action, mais le résultat après soixante-dix ans d’indépendance n’est
malheureusement pas très probant ; le peuple demeure prisonnier d’une spirale de contradictions, de conflits larvés et de compromissions érigées désormais en règle de vie et presque toujours sans vraies solutions aux problèmes posés.
C’est pourquoi le rendez-vous du peuple libanais, de sa société civile multiconfessionnelle, de ses chefs politiques et religieux avec un destin et des objectifs exclusivement nationaux s’impose indubitablement. L’environnement géopolitique régional actuel et la situation du Liban en tant qu’État tampon devraient d’ailleurs encourager ce cheminement. Mais une telle démarche, pour être utile et viable, passe obligatoirement par l’accès du Liban à la neutralité permanente, seule garantie véritable pour la réalisation de sa vision d’avenir, de ses aspirations, et le respect de ses obligations nationales, régionales et internationales, à savoir :
– le respect de son indépendance, de sa souveraineté nationale, de ses libertés, et du droit à la différence ;
– le respect de sa paix civile, de sa stabilité et de sa démocratie ;
– le respect de la primauté de l’État de droit et des institutions ;
– la consolidation des principes de la citoyenneté et de la cohésion sociale ;
– la priorité de sa défense nationale et de sa sécurité intérieure, et de leur pouvoir exclusif sur tout le territoire national ;
– le respect de sa justice et de l’indépendance de ses magistrats ;
– le respect d’une cohabitation pluricommunautaire sereine et équilibrée, pilier de notre système constitutionnel, et du choix du Liban comme site pour l’installation d’un Forum international permanent des religions et des
civilisations ;
– le passage d’un État confessionnel à un État civil ;
– l’adoption d’une loi électorale censée servir les citoyens et non leurs appartenances religieuses et communautaires ;
– le respect de l’alternance des pouvoirs et de la rotation des responsabilités ministérielles ;
– la réhabilitation du service public et de l’indépendance de l’administration ;
– l’application du droit d’interrogation et de la prise de mesures disciplinaires à l’encontre des parlementaires et de tous les responsables politiques jugés fautifs aux yeux de la loi ;
– le respect de la transparence dans tous les secteurs de la nation ;
– l’application des lois anticorruption ;
– l’égalité de tous devant la loi, le droit et le rôle de la femme, la protection de l’enfant et la solidarité nationale avec les handicapés et les plus démunis ;
– le respect du droit des citoyens à l’éducation, à la santé, à la Sécurité sociale ;
– le respect d’une économie libérale innovante, concurrentielle, équilibrée et profitable ;
– la mise en place d’un plan d’aménagement du territoire et d’une décentralisation administrative, sociale et
économique.
C’est dans ce sens que les responsables politiques libanais et internationaux devraient élargir le rôle du Groupe d’appui international au Liban, et profiter de sa création pour l’amener à œuvrer, en concertation avec tous les partis politiques et des représentants de la société civile, à la réalisation de cette neutralité, mettant ainsi fin à un combat sans issue pour sortir ce pays de l’impasse profonde dans laquelle il est enlisé depuis des décennies.
Salim F. DAHDAH

