Auteur d’un doublé dans l’antre de Schalke à Gelsenkirchen, Torres, qui bénéficie de toute la confiance du « Special One », semble retrouver l’efficacité, la confiance et la soif de buts qui le fuyaient depuis son arrivée chez les Blues en 2007. Patrik Stollarz/AFP
Dans cette Angleterre férue de paris en tout genre, personne n’aurait pourtant misé un penny sur la compatibilité avec l’intransigeant entraîneur portugais d’« El Nino ». Boudé par Ancelotti, Villas-Boas et Di Matteo, Torres avait été sauvé lors de son intérim de la noyade par Rafael Benitez, l’entraîneur qui l’avait fait venir à Liverpool en provenance de l’Atletico Madrid en 2007 et avait fait de lui un attaquant de classe mondiale.
Mais la greffe, qui a coûté 58 millions d’euros (arrivée à Chelsea en janvier 2011), est en passe de prendre et le buteur de 29 ans a supplanté Samuel Eto’o, pourtant sorti de sa préretraite en Russie par le « Special One », et le Sénégalais Demba Ba.
« Finalement, Torres semble avoir été accepté par ses partenaires. Cela n’a pas toujours semblé le cas, mais la façon dont ils ont fêté ses buts avec lui raconte une nouvelle histoire », a écrit ainsi l’ancien attaquant Tony Cascarino hier dans The Times alors que Ray Wilkins, ex-adjoint des Blues, estime, lui, que Torres « est dans la bonne direction ». Après une tête en renard au 2e poteau, puis un dribble victorieux sur le gardien de Schalke, le voilà donc pointé à quatre buts cette saison, dont trois en C1. Si une autre tête n’avait heurté la barre, cela serait même devenu un triplé.
Du coup, même si toutes les souffrances du passé ne disparaissent pas comme ça, ses 38e et 39e buts pour Chelsea donnent un autre relief à son séjour chez les Blues.
« Je me sens très aiguisé et l’équipe aussi est en forme, a déclaré ensuite le joueur redevenu aussi appétissant qu’affamé. On est trois bons joueurs devant. Quand on nous donne l’occasion de jouer, il faut marquer. Cette compétition est très saine à ce poste. »
Torres, malmené autrefois par Drogba, Anelka ou Shevchenko à Chelsea, n’a pourtant jamais été aussi bon que lorsque la concurrence autour de lui était réduite. Comme maintenant.
« Ce qui lui fait encore plus de bien que ses buts, c’est la confiance qu’il sent en moi, a confirmé son entraîneur qui s’attaque au chantier Torres après avoir remis sur pied Terry. Je sentais que c’était un match pour Torres. Il a bien répondu. Il travaille dur, il ne traîne pas le prix de son transfert comme un boulet. »
Effectivement, sous l’impulsion du Portugais qui n’a pas son pareil pour remotiver ses joueurs, Torres renvoie une image bien plus flatteuse et son langage corporel montre actuellement un joueur accrocheur qui se bat autant pour les autres que pour lui.
À Tottenham, c’est lui qui avait sonné la révolte, écopant même d’une exclusion pour un trop-plein d’agressivité. Mais ses trois avertissements et cette exclusion en dix matches ont un autre goût que les cinq cartons jaunes et son carton rouge de la saison passée, essentiellement motivés par la frustration et l’impuissance. « Si vous travaillez dur, montrez de l’envie, vous êtes récompensés. On l’a tous critiqué car il ne montrait pas cela dans le passé. Son image ne cadrait pas. Mais le football n’est pas une science exacte et c’est bien mieux », confirme ainsi l’ex-international Jamie Redknapp.
Il lui faudrait juste maintenant retrouver la même efficacité en Premier League où il reste muet après six matches. Car comme le rappelle aussi Redknapp, « on ne peut pas non plus dire de quelqu’un qu’il est de retour quand il n’a marqué qu’une fois lors des 25 derniers matches de championnat ».

