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Moyen Orient et Monde

Rami Abdel Rahmane, comptable et greffier du carnage syrien

Rencontre « Notre objectif, c’est de faire éclater la vérité. Nous nous documentons. Nous vérifions et nous rapportons. »
OLJ/AFP
21/10/2013

Le fondateur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, comptable et greffier du carnage en son pays, vitupère contre « l’hypocrisie » de la communauté internationale focalisée sur le désarmement chimique au point d’oublier « l’interminable bain de sang. » Jour après jour depuis le déclenchement de la guerre civile en mars 2011, son ONG, renseignée par un important réseau de volontaires, actualise l’effroyable bilan. « En Syrie, plus de 120 000 personnes ont perdu la vie, dont 500 du fait d’armes chimiques. Y a-t-il des morts plus épouvantables que les autres ? » s’insurge le quadragénaire moustachu, affable et corpulent dans son costume-cravate noir.


Le conflit fauche aujourd’hui à l’en croire de 4 à 5 000 personnes par mois : soldats, miliciens, membres du Hezbollah d’une part. Et de l’autre rebelles, combattants de l’Armée syrienne libre (ASL), jihadistes ou simples civils. Son décompte macabre est d’autant plus suivi par les grands médias internationaux et les chancelleries que les journalistes désertent, contraints et forcés, le terrain. Du fait des restrictions de visas, des snipers, des enlèvements. « Le régime se rend coupable de dizaines d’atrocités au quotidien. » Mais des crimes de guerre sont aussi commis dans le camp adverse. Ils sont notamment le fait de jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), affilié à el-Qaëda, qui voudraient « remplacer une dictature par une autre », dénonce-t-il.

 


Documenter, vérifier, rapporter
De l’aube jusqu’à tard dans la nuit, Rami Abdel Rahmane est suspendu au téléphone. Quand le conflit s’emballe, il répond à deux appels à la fois. Un cellulaire collé à chaque oreille. L’ex-homme d’affaires est le chef d’orchestre de
l’OSDH, créée en 2006. Selon lui, l’organisme dispose à travers la Syrie de « 230 activistes – des enseignants, avocats, médecins, journalistes – mais aussi de quelque 5 000 informateurs extérieurs ». Y compris des fonctionnaires du régime de Bachar el-Assad, des soldats, des rebelles, des jihadistes. « Notre objectif, c’est de faire éclater la vérité. Nous nous documentons. Nous vérifions et nous rapportons. » La propagande, la désinformation abondent. Les procès d’intention aussi. Le défenseur des droits de l’homme a, tour à tour, été accusé d’être un suppôt du Qatar, un agent à la solde des services occidentaux, un affidé des Frères musulmans.


Ces derniers mois, Rami Abdel Rahmane – son nom d’emprunt – a accru les mesures de sécurité autour de sa maison mitoyenne de briques rouges « en raison des menaces constantes » de toutes parts. L’opposant né dans la ville côtière de Banias d’une famille sunnite a tâté à trois brèves reprises de la paille des cachots pour sa proximité avec Amnesty International, avant de prendre la fuite. « Depuis que je suis tout petit, je rêve de démocratie, de la fin de l’oppression », se souvient-il. « J’espère que ce jour viendra. » Dans l’immédiat ? « Je ne vois rien d’autre que la guerre civile, la somalisation du pays, un nouvel Afghanistan. »

 

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