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« Pourquoi devrais-je me préoccuper des générations futures ?
Qu’ont-elles fait pour moi ? »
Groucho Marx
– Dans son appartement du XXe arrondissement de Paris, Jean, trentenaire, cadre et français, s’apprête à attaquer le dos de cabillaud qu’il vient de faire cuire juste le temps qu’il faut dans un bouillon de légumes préparé la veille, pour laisser aux rondelles de poireau le temps de conter fleurette à la branche de céleri. En cette douce soirée de juin, le dos paré de trois anneaux d’oignon rose se love au creux d’un risotto dans le virage d’une assiette blanche.
Jean aime le poisson, il en fait son repas au moins trois fois par semaine. C’est le meilleur moyen qu’il a trouvé de manger bon et sain.
Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il mange à crédit aussi. Si Jean n’avait consommé que les poissons pêchés dans les eaux européennes, ce sont des nouilles qu’il mangerait ce soir. Ce n’est que parce qu’il peut acheter des poissons pêchés ailleurs dans le monde que Jean peut savourer son dos de cabillaud. Cette année, il est passé à crédit, niveau poisson, le 19 mai. L’année dernière, c’était deux jours plus tard, en 2011, le 13 juin. Il y a 13 ans, la bascule ne s’opérait qu’en septembre. Autant dire que Jean et ses congénères, dont la consommation de poisson a quasiment doublé en dix ans, sont de plus en plus endettés.
– Ahmad s’ennuie. Sa journée de travail est finie et maintenant il s’ennuie. Et quand Ahmad s’ennuie, il devient vite désagréable. Sa femme le sait bien, qui lui propose d’aller faire un tour en voiture. Ahmad la regarde, l’œil torve, puis se lève en maugréant. Il descend au parking, retrouve un peu le sourire devant son tout-terrain rutilant, montre les dents en allumant le contact, se marre en faisant hurler le moteur, frétille en poussant la clim à fond. Il est prêt à faire des tours en ville. Sur les lignes droites, il s’offre de petites pointes de vitesse, il se sent tellement vivant. Encore deux ans avant le Mondial de foot, il est impatient. Ses traits se crispent un peu quand il pense aux tergiversations des uns et des autres. Esclavagisme sur les chantiers, chaleur insupportable pour les joueurs. Foutaises et broutilles ! Si les travailleurs ne sont pas contents, qu’ils rentrent chez eux, quant à la chaleur, les stades seront climatisés. Alors il est où le problème ?
Ce qu’il ne sait pas, c’est que si tout le monde vivait et consommait comme lui, il faudrait 6,6 Terres.
Cette année, les ressources que la terre peut produire en un an ont été épuisées le 20 août, date à laquelle elle est passée en surmenage écologique et l’humanité en dette du même nom. Les deux le resteront 133 jours. Gavée de dioxyde de carbone au-delà de ses capacités d’absorption, exploitée dans ses sous-sols et jusqu’au fond de ses océans, ses rivières souillées, ses forêts violées, ses montagnes creusées, sondées, fouillées... La terre, il y a dix ans, entrait en surmenage le 22 septembre, en 1993, le 21 octobre. En gros, la terre se coltine une humanité vivant au-dessus de ses moyens depuis les années 70.
– Il a écouté les grands de ce monde débattre, négocier, esquiver, louvoyer. Il a vu la panne, le clivage entre les vieux pays industrialisés, fauteurs historiques, et les pays émergents pas d’accord pour hypothéquer leurs perspectives de développement. Il a vu des processus illisibles, enlisés, le déni, l’absence de courage, la mauvaise foi. Puis il y a eu la crise économique, une aubaine pour reléguer sa cause au second plan.
Il a lu le rapport du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui hurlait dans le vide. Il a lu une probabilité supérieure à 95 % que les gaz à effet de serre d’origine humaine soient responsables du réchauffement climatique. Il a lu aussi que les trois dernières décennies sont « probablement » les plus chaudes depuis au moins mille quatre cents ans. Que la banquise arctique estivale a perdu, en surface, entre 9,4 % et 13,6 % depuis 1979 et qu’elle pourrait avoir totalement disparu au milieu du siècle. Que les glaciers de montagne ont perdu en moyenne environ 275 milliards de tonnes (Gt) de glaces par an entre 1993 et 2009. Milliards de tonnes. Que la mer monte. Ça il l’a lu et il le voit aussi. De sa fenêtre, il voit l’érosion et ces atolls coralliens qui désormais dépassent à peine le niveau de l’eau. De son balcon, il voit ses récoltes décimées par l’infiltration d’eau salée dans les réserves d’eau douce. Il sait qu’il n’a aucun contrôle sur cette situation.
Alors lui, Ioane Teitiota, 37 ans, habitant de Kiribati, un archipel du Pacifique, demande à la Nouvelle-Zélande le statut de réfugié pour cause de réchauffement climatique. Il est le premier, sûrement pas le dernier.
– Dans son appartement du XXe arrondissement de Paris, Jean, trentenaire, cadre et français, s’apprête à attaquer le dos de cabillaud qu’il vient de faire cuire juste le temps qu’il faut dans un bouillon de légumes préparé la veille, pour laisser aux rondelles de poireau le temps de conter fleurette à la branche de céleri. En cette douce soirée de juin, le dos paré de trois anneaux d’oignon rose se love au creux d’un risotto dans le virage d’une assiette blanche.Jean aime le poisson, il en fait son repas au moins trois fois par semaine. C’est le meilleur moyen qu’il a trouvé de manger bon et sain.Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il mange à crédit aussi. Si Jean n’avait consommé que les...


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
MAIS AILLEURS, HIER ENCORE, ON NOUS DISAIT QUE 30% DES PRODUCTIONS DE LA TERRE SONT GASPILLÉES POUR RIEN, QUAND NOUS SAVONS QUE LE QUART DE LA POPULATION DE LA PLANÈTE EST MAL NOURRI OU MEURT DE FAIM ! EN GÉNÉRAL ON NE MANGE PAS À CRÉDIT... ON SE LA COULE DOUCE À CRÉDIT ! ET ADVIENNE QUE POURRA...
13 h 16, le 18 octobre 2013