Nos chers politiciens n’ont pas attendu la loi sur la parité pour confirmer la thèse que face à la bêtise, tous les gens sont égaux. L’on se rend compte de jour en jour que le Liban n’a rien perdu de sa verve, de son poids et de sa dignité politiques. Alors que le reste du monde ne s’y trompe pas, nos dirigeants ne badinent pas avec l’éthique et la morale. Nous en avons d’ailleurs eu la magnifique illustration avec la nouvelle série dramatique « Qui de nous deux est le plus corrompu ? » qui suit les aventures et périples de Nicolas Fattouch et Mohammad Safadi. Tenez-vous bien ! Car à partir de maintenant, un mot de travers de Vladimir Poutine, et M. Fattouch n’ira pas à la soirée caviar de la Caspienne organisée par l’ambassadeur de Russie ; une parole déplacée du pape François, et il serait capable de manger une côte de porc et un saucisson le vendredi de la semaine sainte. Un Chinois pas poli avec nous, et monsieur supprimera le riz cantonnais de la carte de son restaurant favori. D’ailleurs, à titre personnel, je suis dans le même état d’esprit. Depuis que j’ai appris les activités peu orthodoxes de Berlusconi, j’ai supprimé la mozzarelle et le parmesan de mes plats.
C’est à ce genre de « guerres » médiatiques que l’on voit toute la splendeur d’une patrie qui se délite. Car en effet, notre problème est loin d’être uniquement politique. Nous traversons une crise des mœurs, bien plus grave et plus profonde encore qu’un vide technique auquel on peut remédier par des élections, de simples votes ou même une table ronde.
Les Libanais sont mal sous leur tarbouch, et ce mal-être s’apparente de plus en plus à un mal du siècle, sorte de spleen collectif que l’on s’acharne à masquer par les apparences, le faste et les fêtes plutôt que d’y faire face. Complaisance et langues de bois, boniments et mauvaise foi sont notre lot quotidien, et les belles manières ne reçoivent de nos jours plus que bâillements et railleries.
La tâche, aujourd’hui plus que jamais, est de redonner une dignité à notre République au moment où l’on s’interroge sur l’évolution d’une situation politique qui se dégrade d’avantage encore. S’est en effet opérée une extrême personnalisation de notre théâtre politique, car les personnes censées incarner une sorte de sphère élitiste et sacrée qui a pour mission de guider le peuple finissent par s’approprier et monopoliser une fonction, un titre qui ne leur appartient pas mais dont ils sont titulaires uniquement par la force du peuple.
Il s’agit là d’une sorte de ruse de la raison démocratique dans le sens où toutes ces personnalités politiques ont cru que pour subjuguer les foules, pour conquérir le pouvoir, pour exercer jusqu’au bout l’art de la séduction démocratique, il fallait se mettre en spectacle. Or la chose se renverse, comme une espèce de variante de l’histoire de l’arroseur arrosé. Ce petit grain de sable qui vient tout ébranler et qui s’appelle un scandale, entachant d’un coup de pinceau, sec et vif, toute crédibilité, si infime soit-elle, qui reste chez ces politiques.
Tâchez donc de nous épargner ces épisodes d’une saga qui n’en finit pas de nous lasser. Tâchons de nous atteler à rendre notre République digne du cèdre qui se trouve sur son drapeau.
Joy AZZI
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