Il est de plus en plus coûteux et dangereux pour les pétroliers occidentaux de travailler en Afrique du Nord.
La Libye et l’Algérie font partie des quatre plus gros producteurs de pétrole du continent africain et sont avec l’Égypte les principaux fournisseurs de gaz à destination de l’Europe.
Mais, contrairement à ce qu’espéraient certaines sociétés occidentales, ces États ne se sont pas transformés en pays de cocagne.
Le ratio peu favorable entre le coût de l’investissement et les bénéfices envisageables les ont incitées à se tourner vers des pays plus stables politiquement, comme la Tanzanie. Au moins sept entreprises, dont cinq américaines, ont abandonné leurs projets, gelé leurs activités ou vendu pour plusieurs milliards d’avoirs en Libye, Algérie et Égypte au cours des 18 derniers mois.
« La situation politique a rendu les choses plus difficiles au Proche-Orient et en Afrique du Nord pour toutes les entreprises et les compagnies américaines n’ont pas d’attaches avec l’Afrique du Nord », explique John Hamilton, spécialiste de la région chez Cross-border Information, cabinet de consultants. « Pour des compagnies comme Repsol, ENI, Total et même BP, les choses sont différentes. Pour elles, ces larges réserves se trouvent sur le pas de leur porte et il est logique de s’accrocher », ajoute-t-il.
« Pour ExxonMobil, pourquoi se prendre la tête en Libye, dépenser des fortunes pour forer des puits dans une situation politique aussi complexe ? Si vous pouvez aller ailleurs et obtenir un bon retour (sur investissement) avec des risques politiques moindres, pourquoi ne pas le faire? »
La Libye est coûteuse
Exxon a annoncé en septembre une réduction de ses activités en Libye. Royal Dutch Shell y a stoppé deux unités d’exploitation l’an passé. D’autres compagnies ne se sont pas pressées de reprendre leurs programmes d’exploration depuis la fin de la guerre civile de 2011. Plusieurs exploitations et ports de transit ont vu leurs activités perturbées par des grèves et des blocus imposés par des activistes politiques ou des miliciens depuis juillet. Repsol et Eni, opérant dans l’ouest de la Libye, ont vu leur production revenir à un niveau quasiment normal depuis la réouverture des sites le mois dernier.
En revanche, dans l’est de la Libye, certaines entreprises sont confrontées à un troisième mois de fermeture totale de plusieurs terminaux d’exportation.
« La Libye est un pays coûteux pour faire des affaires. Pour justifier ces conditions difficiles, les compagnies pétrolières ont besoin de découvrir de très bons gisements. Mais même avant la révolution, les résultats de la prospection ne répondaient pas aux attentes d’une manière générale », rappelle Beth Hepworth, codirectrice de Frontier Research and Advisory, société de conseil aux entreprises pétrolières.
La logique de rester
En Algérie, l’attaque menée en janvier contre le site gazier de Tiguentourine dans le Sahara s’est traduite par un exode des expatriés et un renforcement des mesures de sécurité. Avant cet incident, les conditions étaient déjà peu favorables. L’américain ConocoPhillips avait annoncé l’an passé qu’il entendait vendre son exploitation algérienne à l’indonésien Pertamina pour 1,75 milliard de dollars.
Hess cède l’un de ses deux sites en Algérie à Cepsa et le britannique BG Group envisage de quitter le pays. Les coûts liés à un renforcement de la sécurité n’ont pas été compensés par un assouplissement de la législation sur les hydrocarbures.
La situation n’est pas plus prometteuse en Égypte, où deux années d’instabilité politique font craindre aux entreprises que le gouvernement ne soit pas en mesure de payer pour la production de ses besoins en gaz, sans parler de permettre le développement de nouveaux gisements.
Apache a annoncé en août avoir vendu ses possessions égyptiennes à Sinopec pour 3,1 milliards de dollars, répondant ainsi aux inquiétudes des investisseurs.
Mais pour ceux qui sont déjà trop investis, notamment les Européens, l’option de rester obéit à une certaine logique. « On n’est pas en position de dire : ça ne nous amuse plus, on s’en va. Il y a des contrats, des obligations, des milliards de dollars d’investissement », note un haut responsable d’une compagnie pétrolière en Égypte.
(Source : Reuters)


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