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Campus

Cultures méditerranéennes, centre d’intérêt de Campus

La seconde table ronde de Campus – délocalisée, non comme le Festival de Baalbeck pour des raisons « sécuritaires », mais pour atteindre un public plus large – s’est tenue à l’USEK le jeudi 12 septembre. Au cœur du débat : la jeunesse libanaise, ses initiatives, son rapport à la culture de la paix et les écueils qui obstruent la voie de son progrès.
Maya KHADRA | OLJ
28/09/2013
«Qu’est-ce que la Méditerranée? Mille choses à la fois, non pas un paysage, mais d’innombrables paysages, non pas une mer, mais une succession de mers, non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres», constate l’historien français François Braudel. Cette nature éclatée d’une Méditerranée transformée en un océan torride où fermentent les guerres ressemble par son aspect kaléidoscopique à la jeunesse méditerranéenne en perte de repères. Dans cette perspective duelle, la seconde table ronde de Campus s’est déroulée cette année en présence d’une cinquantaine de jeunes étudiants, de journalistes et de personnalités académiques aussi bien libanaises qu’étrangères. Son ancre a été jetée sur la rive des cultures méditerranéennes pour aborder différentes questions épineuses : la censure au Liban, le rôle de la jeunesse dans les initiatives, la culture de la paix et celle de la guerre, ainsi que la place de la société civile au Liban. Les thèmes ont été abordés sous les prismes du pessimisme, de l’optimisme, du pragmatisme au cours de cette table ronde qui n’aurait pas vu le jour sans le soutien de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et le Centre Phoenix des études libanaises de l’USEK.

Ils censurent, on agit
Il est inéluctable qu’échapper in extremis aux défis qui s’érigent comme des géants inébranlables dans nos vies nécessite beaucoup de résilience. Et cette résilience se manifeste différemment chez chacun de nous. Il y en a qui positivent. Il y en a qui perçoivent les exactions exercées contre eux d’un œil méfiant. Et il y en a qui se cantonnent à la réalité. Mais quelle que soit l’attitude face au déclin imposé, les intervenants de la table ronde n’ont pas versé dans la passivité, celle des déterminations léthargiques. Marie-Gabrielle Gaulard-Castello, Marion Maestripieri et Tiphaine Guérin, initiatrices de MyMed, groupe de recherche conçu pour étudier les sociétés méditerranéennes, ont partagé avec l’assistance leurs impressions, fruits de leur expérience au Liban. «Ce qui saute aux yeux au Liban, peu après l’atterrissage de l’avion, c’est l’absence de l’État», confie Marie-Gabrielle au cours de son intervention. Et Tiphaine d’affirmer : « Le confessionnalisme et l’instabilité handicapante enserrent le Liban dans leur étau. Cependant, nous remarquons que la société civile est très active. Justement, car elle supplée l’État absent. » Quant à Marion, son but était de sensibiliser les jeunes présents à l’importance d’«améliorer la société en douceur et en profondeur, par le truchement de l’engagement social, culturel et artistique ». Virage de la boussole des opinions. Cette fois-ci, le Nord rime avec pessimisme rationnel et méfiance. Le professeur Wissam Macaron, de l’Institut de sciences politiques de l’USEK, souligne que la censure et l’insécurité sont des fléaux dans nos sociétés, tout en émettant les interrogations suivantes: «La culture peut-elle prendre place en l’absence de sécurité? La culture au Liban serait-elle devenue la seule et unique véritable résistance? En tout cas, peut-être, la seule vraiment valable... puisque seule cette dernière affranchit l’homme véritablement. » Roula Douglas, responsable de rédaction de L’Orient des Campus, a mis l’accent sur l’un des multiples objectifs de Campus : celui de rassembler les jeunes autour des sujets qui les intéressent, «car au-delà de toutes les différences communautaires, sociales, religieuses, politiques ou autres, les jeunes Libanais partagent les mêmes intérêts : l’ambition de réussir leurs études, de trouver un emploi, de construire leur vie, l’envie de faire la fête, la curiosité de regarder un peu plus loin et de découvrir le monde, la déception, la tristesse ou la colère quand le Liban va mal et l’espoir qu’il aille mieux ».
Mme Douglas, qui a qualifié la conjoncture libanaise actuelle de «marasme ambiant», a présenté une dizaine d’initiatives sociales, écologiques ou culturelles menées, au cours des derniers mois, par de jeunes étudiants « aux visages passionnés, aux yeux qui espèrent, aux voix qui s’élèvent»; sans trancher la question soulevée dans son intervention: «La jeunesse libanaise est-elle active, créative et
responsable?»
Le passage de l’optimisme au réalisme fut sans transition, car comment pourrait-on percevoir la réalité si ce n’est avec un brin d’espoir? Pamela Chrabieh, professeure à la faculté pontificale de théologie de l’USEK, a mis en exergue l’interaction des cultures de la paix et de la guerre chez les jeunes. Elle a avancé des chiffres alarmants démontrant que « 70 % des jeunes Libanais sont pour la guerre et se révèlent comme étant constamment sur le qui-vive ». Et pourquoi ces jeunes sont-ils passifs ou bien prêts à porter des armes ? Selon Mme Chrabieh, maints obstacles se trouvent sur la voie de la paix et empêchent les jeunes d’agir : « Crise politique locale et régionale, ingérences étrangères, crise économique, injustices sociales; inégalité des genres, etc. »

Clôture en couleurs et en musique
La table ronde a séduit l’assistance dont l’esprit critique s’est ranimé. Marylise, enseignante de français, a même affiché son envie de « (s)’engager dans des mouvements de lutte sociale », au rythme de la musique de Zeid and the Wings qui a enflammé l’esplanade de la faculté de gestion de l’USEK avec ses chansons scandant le slogan sarcastique « Ma fi problème». Alain Moussallem, artiste en herbe, a, à sa façon et avec ses couleurs révolutionnaires, déploré l’actualité empreinte des répercussions de la guerre en donnant une performance en direct de graffiti. Aussi hétérogène qu’une mosaïque, cette table ronde a surtout diffusé chez les jeunes l’esprit de Campus.

Maya KHADRA

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