Photo souvenir de la délégation libanaise aux Jeux de la francophonie 2013.
Dès la cérémonie d’ouverture, le 7 septembre, le rap de Kerry James avait provoqué le mécontentement d’une partie du public, et particulièrement de Christian Estrosi et Eric Ciotti. Il y a aussi eu les compétiteurs fugueurs : une trentaine d’Africains au total qui ne se sont pas présentés aux épreuves dans lesquelles ils devaient concourir. Et puis, le public n’a pas toujours été au rendez-vous.
« Comment est-ce qu’on va faire ? On n’a plus d’eau à la buvette ! » Une bénévole interpelle le speaker d’un match de football aux Jeux de la francophonie à Nice. C’est une rencontre cruciale pour la suite de la compétition, mais la femme n’en démord pas : il faut régler le problème de l’eau à la buvette. « Pas maintenant, tu vois bien que je suis occupé », finit par lâcher le speaker, vaguement excédé, debout sur son banc. Bienvenue aux Jeux de la francophonie 2013, une manifestation internationale qui a parfois pris des allures de kermesse du sport.
Cette VIIe édition n’a pas toujours brillé par son organisation, tout du moins en ce qui concerne les épreuves sportives. Résultats erronés, horaires de compétition fluctuants, calendrier des rencontres bouleversé, confusion entre les pays vainqueurs, mauvaise médaille attribuée, erreur sur le parcours de la course cycliste... Sans parler des histoires de visas non attribués à certains athlètes africains. Les couacs ont été nombreux durant dix jours.
À tel point que les participants présents à Beyrouth ont préféré l’édition 2009. « C’était vraiment meilleur à Beyrouth, affirme la sprinteuse du Congo Lorene Bazolo. Il y a une grande différence entre Nice et Beyrouth. » « Je trouve que l’organisation est moins bien, assure le sauteur sénégalais Ndiss Kaba Badji. Ce n’est pas le top. On a eu des problèmes avec la nourriture et les transports. Dommage que la France ne puisse pas mieux organiser les Jeux. » Même son de cloche du côté de son compatriote Mamadou Kasse Hanne. « On est logé dans une cité universitaire éloignée, raconte le hurdler médaillé d’or sur 400 mètres haies. Pour aller manger, il faut marcher plus de quinze minutes. Pour ma première course, on m’a dit que c’était à 15h50. Après, ils ont dit que c’était à 14h45. Du coup, je suis venu beaucoup plus tôt alors que ma course était bien à 15h50... »
La gestion du cas des footballeurs du Congo-Brazzaville a été particulièrement catastrophique. Privés de visas pour des questions juridiques, les Diablotins rouges ont été autorisés à venir tardivement en France. Ils ont ainsi dû disputer cinq matches en sept jours avec un calendrier démentiel, dangereux pour la santé des joueurs et contraire aux règles de base de la Fédération internationale de football (FIFA).
Les Africain(e)s repartiront des Jeux de la francophonie 2013 avec une impression mitigée. Ils ont été moins bien reçus à Nice qu’à Beyrouth en 2009. En France, ils ont surtout été au cœur de deux polémiques. La première portait sur l’obtention difficile de visas pour les participant(e)s venu(e)s d’Afrique. Et la deuxième sur la fuite de certain(e)s d’entre eux/elles durant cette VIIe édition.
Au total, les autorités françaises ont relevé une trentaine de disparitions d’Africain(e)s. Le nombre exact reste encore difficile à évaluer. Les délégations les plus touchées sont celles de la RD Congo, de la Côte d’Ivoire et de Djibouti.
Le phénomène est toutefois assez courant et marginal. Il se produit presque à chaque grande compétition internationale. Plus d’une centaine d’engagé(e)s africain(e)s auraient ainsi pris la tangente lors des Jeux d’Ottawa en 2001.
Sur un autre plan, le Comité national des Jeux de la francophonie (CNJF) et le Groupement d’intérêt public (GIP), qui chapeautent l’événement, n’ont pas toujours semblé
maîtres de la situation, ce qu’ils ont admis du bout des lèvres dans un communiqué final : « Des difficultés doivent néanmoins elles aussi être pointées concernant les transports, l’hygiène sur le site d’hébergement, la restauration des athlètes et artistes, la circulation de l’information et la mobilisation du public sur les différents sites, le plus souvent par manque d’informations. »
La ministre déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, elle, a regretté le faible attrait pour ces Jeux de la francophonie 2013. « Il n’y a pas eu beaucoup de public et pas de couverture médiatique au point que les jeunes en ont été choqués », a-t-elle déclaré. « Il n’y a que la France qui ne prend pas conscience de l’importance de ces grandes manifestations », a-t-elle ajouté.
Près de 1 500 bénévoles ont pourtant travaillé dur, et avec le sourire, pour que cette édition 2013 se déroule au mieux. Ils n’étaient pas souvent formés et informés, mais ont en partie sauvé ces Jeux de la francophonie 2013 par leur engagement.

