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À La Une - Liban

Derrière le jardin Gebran Tuéni, la représentation de « son âme »

Si la lutte d’« an-Nahar » « continue à travers ses journalistes », celle du 14 mars 2005, « qui a été l’aboutissement de tout le parcours de Gebran », « reste incomplète », relève Michèle Tuéni.

Devant un portrait géant de Gebran Tuéni, on reconnaît entre autres, de g. à d., Nayla Tuéni Maktabi, Michèle Tuéni, Marwan Hamadé, Lama Salam et Mona Hraoui. Photo Michel Sayegh

Avant d’entrer dans l’espace interactif de l’exposition sur la vie de Gebran Tuéni, inaugurée hier soir à l’hôtel Le Gray, dans le centre-ville de Beyrouth, une image interpelle le visiteur, au-delà des rires mondains de la foule réunie dans le jardin qui porte désormais le nom du journaliste assassiné : son profil méditatif et serein, peint à l’encre sur fond blanc, contemple le fameux sermon qu’il prononça place des Martyrs en mars 2005. Comme si cette affiche résumait l’enjeu de l’exposition, organisée par la Fondation Gebran Tuéni : rendre hommage à l’homme, aujourd’hui voguant dans un espace de paix, mais tenter aussi, sans lassitude, de maintenir vive la lutte qui le garde enraciné ici-bas. C’est ce que peut ressentir en tout cas l’observateur qui longe successivement les salles de l’exposition.


Des textes tapissent les murs, qui décrivent Gebran comme « un modèle impossible à percer », ou renvoient à des éditoriaux écrits souverainement. Dans un coin, les échos de la voix de Nadia Tuéni accompagnent une projection où le silence des yeux de la poétesse défile dans Beyrouth, lacérée par la guerre. « Beyrouth, ma ville, quelqu’un l’a détruite... », murmure-t-elle, puissante somme de tristesse et d’espoir.

 


La musique d’Abba
Puis se succèdent, sur un autre mur, comme des souvenirs accolés, un désordre nostalgique, les photos en noir et blanc de Gebran Tuéni avec ses filles. Le regard se pose sur des clichés de sourires presque audibles, ceux de Gebran enfant et père, journaliste et rebelle, politique et activiste, de Kornet Chehwan à la place de l’Étoile, tandis que résonnent, en provenance du coin adjacent, des chansons d’Abba, l’un de ses groupes préférés. Les portraits de John Kennedy, d’Édith Piaf, pénétrés de lueurs subtiles, sont presque une visualisation de sa joie de vivre.


La journaliste Michèle Tuéni précise d’ailleurs à L’Orient-Le Jour que tout le but de cette exposition, « dont la réalisation artistique est sans précédant au Liban », est de transmettre « l’âme » de Gebran. « Entre les graffitis, les vidéos, les caricatures, les photos, nous avons placé son crayon et son foulard », comme des amulettes. Si la lutte d’an-Nahar « continue à travers ses journalistes », celle du 14 mars 2005, « qui a été l’aboutissement de tout le parcours de Gebran », « reste incomplète », relève-t-elle.


« Allons enterrer la haine et la rancune », peut-on lire également dans une bulle, au-dessus d’un dessin caricatural de Gebran. Et, entre deux salles, l’imposante image du jeune, en cravate, près du président assassiné Béchir Gemayel. « Et nous resterons fous Béchir... ». Interrogé sur cette image par L’OLJ, le député Nadim Gemayel y décrit « Béchir qui passe le relais à Gebran, dans le marathon pour édifier l’État ». « Nous persévérons, en dépit de tout », ajoute Nadim Gemayel.

 


Testament de Ghassan Tuéni
« Y a-t-il un Libanais qui puisse oublier sa terre ? Ils ont cru que nous t’avions oublié... ». Ce passage d’un éditorial de Gebran Tuéni revient comme une réponse aux incertitudes.
Derrière lui, la projection d’une interview télévisée avec le député, dont les paroles semblent donner vie aux images exposées. Les planches d’une bande dessinée retraçant la vie de Gebran (l’enfance, « le spectre de l’absence », « le virus du journalisme », le legs d’an-Nahar...), tapissent toute une aile de l’exposition. Nayla Tuéni la dédie à son fils, en remerciant Laure Ghorayeb, amie de longue date de Gebran.
Parallèlement, un calligraphe entame la transcription à la plume, sur un mur immaculé, du « Testament de Ghassan Tuéni à an-Nahar », « le quotidien patriotique qui bat des ailes au-dessus des confessions ». Un battement qui rappelle les frémissements des drapeaux de la révolution du Cèdre, dont les images, exposées autour d’un grand écran où est projetée une vidéo du journaliste à la place des Martyrs, achèvent l’exposition sur une note de vigueur.
« Le 14 Mars demeurera tant que le pays est là, puisqu’il n’est pas un groupement politique circonstanciel », indique à L’OLJ le chef du mouvement de l’Indépendance Michel Moawad. « Les valeurs du 14 Mars, comme celles de Gebran, sont intrinsèquement liées à la vitalité du Liban », a-t-il ajouté.

 


« Gebran nous redonnait de l’élan »
Une vitalité que devait incarner la jeunesse insurgée du 14 mars 2005, aujourd’hui aux prises à une désillusion paralysante. À l’époque étudiante en droit, Sandra Chlouk paraît aujourd’hui loin de son envol de jeunesse. « Quand Gebran était présent, il donnait un pouls aux jeunes », se souvient-elle, déplorant la détérioration sécuritaire récente qui semble avoir « sapé toute bribe d’espoir restante ». Si elle reconnaît que « l’espoir de la lutte s’est terni », elle semble y retoucher à travers les images exposées. D’ailleurs, « Gebran était inoubliable, et la jeunesse doit y puiser des parcelles d’espoir », relève le député Serge Tor Sarkissian.


Pour le secrétaire général du Renouveau démocratique, Antoine Haddad, le seul moyen de « réactiver l’idéal du 14 Mars » serait de rester attachés, « en même temps », aux trois constantes qu’incarnaient Gebran Tuéni, à savoir « le courage politique, l’engagement et la clarté de l’objectif ».
C’est d’ailleurs en cela que le député Alain Aoun s’identifie à son collègue assassiné, comme d’ailleurs à Pierre Gemayel. « Tous deux étaient mes amis, et tous deux étaient de jeunes politiques engagés en faveur d’un modèle pour le pays ». « Notre cause reste commune, quels que soient les alignements politiques ayant suivi le 14 mars 2005 », conclut-il, sans détour.
L’exposition se poursuit jusqu’au 15 septembre.

 

Avant d’entrer dans l’espace interactif de l’exposition sur la vie de Gebran Tuéni, inaugurée hier soir à l’hôtel Le Gray, dans le centre-ville de Beyrouth, une image interpelle le visiteur, au-delà des rires mondains de la foule réunie dans le jardin qui porte désormais le nom du journaliste assassiné : son profil méditatif et serein, peint à l’encre sur fond blanc, contemple le fameux sermon qu’il prononça place des Martyrs en mars 2005. Comme si cette affiche résumait l’enjeu de l’exposition, organisée par la Fondation Gebran Tuéni : rendre hommage à l’homme, aujourd’hui voguant dans un espace de paix, mais tenter aussi, sans lassitude, de maintenir vive la lutte qui le garde enraciné ici-bas. C’est ce que peut ressentir en tout cas l’observateur qui longe successivement les salles de...
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