Chamboulant le programme officiel pour faire place au thème qui domine de facto le sommet du G20, traditionnellement économique, le président russe, Vladimir Poutine, avait déclaré plus tôt que le dîner serait l’occasion de discuter de la Syrie. Photo AFP
L’ambiance promettait d’être tendue au dîner officiel du sommet du G20 hier à Saint-Pétersbourg, plombée par les antagonismes entre Barack Obama et Vladimir Poutine sur une éventuelle intervention militaire en Syrie.
Dès l’ouverture officielle du sommet, M. Poutine a proposé que la guerre en Syrie soit abordée au dîner de travail du G20, cette enceinte habituellement consacrée aux problèmes économiques, cette fois totalement écrasés par les tensions diplomatiques. Cette apparente ouverture dans un jeu diplomatique ultratendu est tombée quelques minutes après une poignée de main assortie d’un sourire diplomatique avec Barack Obama, les deux hommes tentant de faire bonne figure malgré des mois de tension croissante ayant remis le terme de guerre froide au goût du jour.
Depuis la Russie, Barack Obama se battait hier sur deux fronts dans le dossier syrien, tentant de convaincre ses partenaires du G20 et le Congrès américain de soutenir sa décision de frapper le régime de Damas. Mettant à profit un décalage horaire de huit heures entre Saint-Pétersbourg et Washington, le président américain a redoublé d’efforts pour contrer le scepticisme qui pèse sur ses projets de chaque côté de l’Atlantique. C’est dans cette perspective-là que le président américain a décidé d’annuler un déplacement en Californie en début de semaine prochaine pour continuer à peser dans le débat à Washington.
M. Obama a auparavant affirmé, face au Premier ministre japonais Shinzo Abe, que les dirigeants mondiaux devaient « admettre que l’utilisation d’armes chimiques en Syrie n’était pas seulement une tragédie, mais aussi une violation du droit international qui devait être réglée ».
Le président américain devrait rencontrer aujourd’hui ses homologues chinois, Xi Jinping, et français, François Hollande, un des rares partisans déclarés d’une action militaire.
(Commentaire : Sortir du cauchemar du Moyen-Orient, de Javier Solana)
Hollande, le belliqueux
En effet, la France est arrivée hier au G20 avec une triple ambition sur la Syrie : élargir la « coalition politique » autour d’une éventuelle action militaire contre Damas, pousser Vladimir Poutine dans ses retranchements et se concerter avec son allié américain.
Chaud partisan d’une intervention militaire à laquelle la France prendrait part aux côtés des États-Unis, François Hollande était encore en mission en Europe. Le président de l’Union européenne (UE), Herman Van Rompuy, a lui-même estimé à Saint-Pétersbourg qu’il « n’y avait pas de solution militaire au conflit syrien » même s’il admet que la communauté internationale doit répondre à l’attaque chimique du 21 août.
« Cette guerre doit prendre fin et cela ne se fera que politiquement, tandis que l’Allemagne ne s’associera en aucun cas à une action militaire », a renchéri la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a rendu une visite impromptue à François Hollande en marge du sommet.
Des Européens présents au G20 (Union européenne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne et Italie), François Hollande attend tout juste qu’ils « soient ensemble sur la même position (pour) condamner l’utilisation des armes chimiques et condamner le régime qui les a utilisées ».
Mais exprimer une position commune des 28 États membres de l’Union européenne reviendra aux ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne réunis au grand complet aujourd’hui et samedi à Vilnius. À cette fin, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, qui a accompagné François Hollande à Saint-Pétersbourg, sera à la manœuvre.
Pour Paris, l’urgence est à la publication du rapport de l’ONU ou du moins des premiers éléments de ce rapport même si ses auteurs ne sont pas mandatés pour désigner les coupables de l’attaque du 21 août.
En mal de soutien politique explicite à une intervention militaire, la France continue de soutenir que « c’est l’action militaire qui permettrait d’aboutir plus vite à une solution politique » en Syrie, contrairement à Moscou qui redoute un chaos encore plus indescriptible.
(Eclairage : Hollande doublement « coincé » sur les frappes en Syrie)
Genève 2
Dans ce contexte guerrier, l’ONU tente de pousser à la paix. L’organisation internationale a annoncé l’arrivée-surprise en Russie de son envoyé spécial, Lakhdar Brahimi, qui est également celui de la Ligue arabe, pour aider le secrétaire général Ban Ki-moon à convaincre les leaders mondiaux de faire avancer la conférence internationale pour la Syrie, dite Genève 2.
« Nous devons pousser encore plus fort pour la conférence internationale sur la Syrie (...). Une solution politique est le seul moyen d’éviter un bain de sang », a déclaré Ban Ki-moon dans un communiqué.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, cité par l’agence russe Interfax, a indiqué peu après que M. Brahimi serait l’« invité » aujourd’hui d’un « petit-déjeuner de travail avec les ministres des Affaires étrangères du G20 ».
Mais d’autres sujets de friction pourraient apparaître en marge du sommet. Barack Obama a l’intention de rencontrer des militants des droits de l’homme dont des membres d’un groupe de défense des droits des homosexuels qui protestent contre une nouvelle loi russe qui interdit la « propagande » homosexuelle chez les mineurs.
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"MIS SOUS TENSION" PAR LE FUTUR IRANIEN ET POINT PAR LE SYRIEN....
16 h 38, le 06 septembre 2013