Rechercher
Rechercher

Liban - Éclairage

Les quatre jours qui ont fait trembler la planète

La semaine dernière – et jusqu’au discours du président américain samedi soir –, le monde était au bord d’une nouvelle guerre, une fois de plus, dans le monde arabe, mais impliquant des forces régionales et internationales. Depuis la visite de l’ancien secrétaire d’État adjoint américain Jeffrey Feltman, en Iran, au début de la semaine dernière, la tension n’a cessé de monter et selon certains médias américains, le monde a vécu les quatre jours les plus difficiles depuis l’effondrement de l’URSS et du pacte de Varsovie. Que s’est-il donc réellement passé pour amener le président américain à se rétracter après avoir lui-même fixé des lignes rouges concernant l’utilisation des armes chimiques ?

 

Des sources diplomatiques du Brics révèlent qu’avant l’annulation par les États-Unis de la rencontre entre Kerry et Lavrov prévue la semaine dernière, les négociations entre les deux pays au sujet de la Syrie avaient atteint un point avancé, les Américains ayant accepté l’idée d’un compromis politique, à la seule condition que Bachar el-Assad abandonne le pouvoir, quitte à ce qu’il désigne lui-même son successeur. Les Russes avaient soumis cette idée aux Iraniens qui l’avaient fermement rejetée. Il fallait donc faire en sorte de les contraindre à changer d’avis.

 

Toujours selon la source diplomatique du Brics, l’émir Bandar ben Sultan, qui a supplanté les responsables qataris dans la lutte contre le régime syrien, avait mis au point un plan pour porter un coup fatal au régime via la capitale Damas. Une unité entraînée en Jordanie avait été préparée dans ce but. Les rumeurs véhiculées par la presse sur l’imminence de la bataille d’Alep n’étaient que de la poudre aux yeux, visant à détourner l’attention du régime syrien du véritable champ de l’offensive prévue. De même, l’attaque de l’opposition contre 13 villages de Lattaquié visait à obliger le régime à alléger son dispositif de sécurité autour de la capitale pour protéger son fief, Lattaquié. L’offensive contre la capitale devait avoir lieu sur deux fronts, celui du Nord et celui du Sud, et elle devait coïncider avec une large campagne médiatique, politique, psychologique et sur le terrain contre le Hezbollah pour le pousser à retirer ses troupes de Syrie et à se replier sur la scène interne libanaise.


Mais le régime syrien, selon la source, avait découvert ce plan et il avait lancé une contre-offensive, appelée « le bouclier de la capitale », destinée à élargir le périmètre de sécurité autour de Damas, autour du centre (Homs), jusqu’au littoral de Lattaquié, qui a été déclenchée le 20 août, dans une opération qualifiée de « préventive ». Le régime syrien et ses alliés ont ainsi pris leurs adversaires de court et enregistré une véritable percée. C’est alors, ajoute la source du Brics, qu’a été brandie l’affaire de l’utilisation des armes chimiques à Ghouta dans le rif de Damas, dans le cadre d’une gigantesque opération médiatique, à l’aide d’images très fortes, d’enfants morts, destinées à mobiliser l’opinion publique internationale.


Cette campagne s’est accompagnée de l’envoi d’émissaires américains en Russie et en Iran. Le ton, précise la source diplomatique du Brics, utilisé par les émissaires des États-Unis était très ferme et le discours se résumait ainsi : « Soit vous faites des concessions en abandonnant le régime d’Assad, soit nous vous les arracherons par la force. » La source diplomatique précitée affirme que les Américains auraient été surpris par le calme des Russes, alors que les Iraniens n’auraient au départ pratiquement pas réagi. Seul le président Assad a déclaré qu’il ne ferait pas de concessions.


Les Américains auraient alors décidé de hausser encore plus le ton en envoyant leurs navires destroyers en Méditerranée et en décrétant la mobilisation dans leurs bases dans la région, pour montrer le sérieux de leurs propos. Ils croyaient ainsi avoir bien fait comprendre à leurs interlocuteurs que cette fois, ils ne plaisantaient pas. Le ministre russe des AE a alors eu cette phrase qui a induit l’Occident en erreur, lorsqu’il a dit que la Russie ne se laissera pas entraîner dans une guerre contre l’Occident. Les États-Unis auraient pris cela pour un feu vert tacite, un peu comme lorsque l’envoyée américaine à Bagdad April Glasby avait fait croire en 1991 à Saddam Hussein que les États-Unis ne réagiraient pas à une occupation du Koweït... En même temps, les sources militaires américaines ont dévoilé les cibles des frappes en Syrie, dans une tentative de convaincre les alliés du régime du sérieux de l’affaire.


Mais dans le camp adverse, les préparatifs allaient bon train. Une chambre d’opérations communes a été créée, entre la Russie, l’Iran, Damas et le Hezbollah. Les Russes ont mobilisé leurs navires devant les côtes méditerranéennes, les Iraniens ont décrété une mobilisation de leurs forces navales, aériennes et terrestres, alors que l’armée syrienne a mis en état d’alerte toutes les troupes gardées jusque-là en réserve. Les Russes et les Iraniens ont ensuite fait savoir aux Américains qu’à leurs yeux, il n’y a pas d’opération militaire limitée et ciblée et que toute attaque entraînera une riposte totale, jusqu’au détroit d’Ormuz et à celui de Bab el-Mendab. Les Iraniens ont aussi laissé entendre que la riposte ne sera pas limitée à la Syrie mais pourrait atteindre d’autres cibles dans la région. Vendredi et samedi, les Russes et les Iraniens n’ont cessé de hausser le ton pour montrer qu’ils sont prêts à tout et finalement, c’est le président américain Barak Obama qui s’est rétracté, soumettant sa décision à l’approbation des députés américains, après la défection des Britanniques.


Aujourd’hui, les paris sont ouverts. Dans le camp hostile au régime syrien, on est convaincu que les frappes américaines ne sont que partie remise, puisque selon le président américain lui-même, la décision a été prise. Mais dans le camp adverse, on pense au contraire que le message a été bien reçu et que les États-Unis ont renoncé à leur projet. En réalité, il n’y a pas de raison pour que les Iraniens et les Russes changent d’avis, puisqu’ils ont déjà rejeté toutes les propositions qui leur ont été faites par les Américains, directement par le biais d’émissaires ou indirectement par le biais de médiateurs. Il va donc falloir ouvrir des négociations sérieuses, soit dans le cadre du sommet de Saint-Pétersbourg, jeudi et vendredi, soit dans le cadre des contacts parallèles à l’Assemblée générale des Nations unies, à laquelle le président iranien compte d’ailleurs assister. Sinon, le bras de fer va se poursuivre, avec encore plus de morts et de tragédies, au moins dans l’avenir visible...

 

 

Lire aussi

Échecs et dominos, l'éditorial de Issa Goraieb


C’est surtout au Liban qu’Assad concrétiserait ses menaces contre la France...


La classe politique libanaise se vautre dans un luxe de tergiversations

 

Voir aussi notre dossier

Repères : vers une intervention militaire étrangère en Syrie

 

La semaine dernière – et jusqu’au discours du président américain samedi soir –, le monde était au bord d’une nouvelle guerre, une fois de plus, dans le monde arabe, mais impliquant des forces régionales et internationales. Depuis la visite de l’ancien secrétaire d’État adjoint américain Jeffrey Feltman, en Iran, au début de la semaine dernière, la tension n’a cessé de monter et selon certains médias américains, le monde a vécu les quatre jours les plus difficiles depuis l’effondrement de l’URSS et du pacte de Varsovie. Que s’est-il donc réellement passé pour amener le président américain à se rétracter après avoir lui-même fixé des lignes rouges concernant l’utilisation des armes chimiques ?
 
Des sources diplomatiques du Brics révèlent qu’avant l’annulation par les États-Unis de la...
commentaires (11)

La Russie sait qu'elle joue la légalité face à la brutalité et au mensonge , l'Iran ne transigera pas , fetman ou pas , et la résistance du hezb sur le terrain est indéboulonnable , pourquoi voulez vous que l'axe de la résistance flanche ? les yanky est leurs alliés salafowahabites contrôlés par le sionisme de pacotille dirigé par des intellectuels de la même or dure ( bhl ) ont entre leurs mains des cartes toxiques , pourquoi voudrait on qu'ils l'emportent sur le terrain, d'autant plus que par trouillardise ils déclarent ne pas vouloir s'impliquer sur le terrain. On a un peu trop spéculé à mon avis , la question n'est plus qui a fait quoi, mais comme le dit Scarlett qui est prêt à reculer, si les forces pour la légalité ont les moyens de se défendre pour faire échec aux comploteurs les vainqueurs seront ceux qui auront raison , il faudra surtout pas qu'on soit déçu du côté des comploteurs, parce qu'ils vont déguster grave, on est pas en Irak ni en afghanistan obama l'a dit et j'espère pour lui qu'il sait ce qu'il dit , comme Scralett le fait en ce moment .

Jaber Kamel

18 h 14, le 04 septembre 2013

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • La Russie sait qu'elle joue la légalité face à la brutalité et au mensonge , l'Iran ne transigera pas , fetman ou pas , et la résistance du hezb sur le terrain est indéboulonnable , pourquoi voulez vous que l'axe de la résistance flanche ? les yanky est leurs alliés salafowahabites contrôlés par le sionisme de pacotille dirigé par des intellectuels de la même or dure ( bhl ) ont entre leurs mains des cartes toxiques , pourquoi voudrait on qu'ils l'emportent sur le terrain, d'autant plus que par trouillardise ils déclarent ne pas vouloir s'impliquer sur le terrain. On a un peu trop spéculé à mon avis , la question n'est plus qui a fait quoi, mais comme le dit Scarlett qui est prêt à reculer, si les forces pour la légalité ont les moyens de se défendre pour faire échec aux comploteurs les vainqueurs seront ceux qui auront raison , il faudra surtout pas qu'on soit déçu du côté des comploteurs, parce qu'ils vont déguster grave, on est pas en Irak ni en afghanistan obama l'a dit et j'espère pour lui qu'il sait ce qu'il dit , comme Scralett le fait en ce moment .

    Jaber Kamel

    18 h 14, le 04 septembre 2013

  • LIGNE 4 PRIÈRE LIRE : S'Y RÉFÈRE... MERCI.

    SAKR LOUBNAN

    13 h 31, le 04 septembre 2013

  • Esperons que le sommet du G20 apportera une solution politique a la crise syrienne. Mais, a mon avis, les des sont jetes: il y aura une grande guerre au Moyen-Orient pour que l'Occident eradique une fois pour toutes ses ennemis dans cette region et pour qu'il s'accapare toutes les ressources naturelles. L'histoire du gaz sarin? Quelle blague! Les Americains ont demande aux jihadistes de le faire car, après la bataille Qousseir, le regime de Assad etait en train de gagner des batailles et de recuperer des villes qui etaient entre les mains des rebelles (a comprendre jihadistes et takfiristes et non les vrais rebelles syriens qui combattaient pour une noble cause). Ils ont donc cree ce pretexte de taille pour retablir l'equilibre des forces, en un premier temps, et, dans un deuxieme temps (aleatoire) mettre la region a feu et a sang s'ils sont surpris par la force de leurs ennemis.

    Michele Aoun

    13 h 19, le 04 septembre 2013

  • ET ON PREND ENCORE SES SOUHAITS POUR DES RÉALITÉS !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 18, le 04 septembre 2013

  • DERRIÈRE LE CLAVIER DE MON PC, À UN MILLIER DE KILOMÈTRES DE L'ÉPICENTRE, JE VIENS DE SENTIR UNE FORTE SECOUSSE PLANÉTAIRE ! LE COSMOS TREMBLE PAR CRAINTE DES RÉPONSES MOUMANA3ATIQUES AUXQUELLES LA TRÈS CHÈRE MADAME SCARLETT HADDAD S'Y REFÈRENT ! C'EST LA GUERRE D'ENTRE LES ASTRES... DU TRIO IRAN... SYRIE... HEZBOULLAH... Où ILS Y SONT !!!

    SAKR LOUBNAN

    12 h 17, le 04 septembre 2013

  • Le pire à venir est toujours pire que celui d'aujourdhui et d 'hier....fermons les yeux quelques minutes et imaginons un monde sans Bachar et sa clique !!?? Ouvrons les yeux !!! quel bonheur de savoir que c 'est devenu possible! Allons vous avez déjà vu un ou des criminels changer de philosophie...les criminels savent tuer à part ça rien sinon lancer des mensonges ...il reste à trouver le bon juge et le bon tribunal pour s'en charger et au bon moment... Un matin proche le monde se reveillera en ayant éviter le pire ... ce matin ne fait que s 'approcher...la seule question est: combien de victimes innocentes entre temps?? Il est temps de préparer l aprés Bachar....

    CBG

    09 h 24, le 04 septembre 2013

  • LA SOUPE MOUMANA3ATIQUE... MAKHLOUTIQUE... ET SERVIE FROIDIQUE !

    SAKR LOUBNAN

    09 h 13, le 04 septembre 2013

  • J'avoue être surpris d'apprendre que le monde a tremblé pendant ces quatre jours, en tous cas, moi, pas. Il n'a, me semble-t-il jamais été question que d'une frappe limitée et de réactions aussi limitées du clan Assado-irano-hezbollahi. Ni l'Amérique, ni Israël ne tenant, pour le moment du moins, à la chute de Bachar, "le meilleur ennemi". Dans le cas contraire, je ne pense pas qu'il serait encore à Damas.

    Yves Prevost

    07 h 12, le 04 septembre 2013

  • Encore une fois, une stratégie diabolique de Bandar le terrible, mais cette fois racontée par "une source du Brics" et non du 8 Mars. Le renard du désert dresse un plan d'encerclement parfait, fatal, de Bachar el-Assad. "C'est alors, ajoute la source du Brics, qu'est brandie l'affaire (sic) de l'utilisation des armes chimiques à Ghouta, dans le rif de Damas, dans le cadre d'une gigantesque opération médiatique, à l'aide d'images très fortes, d'enfants morts, destinées à mobiliser l'opinion publique internationale". La source du Brics n'entre pas dans les détails de cette "opération médiatique" Mais il faut dire que c'est le metteur en scène de Bandar, en personne, qui dirige le filmage de la simulation de mort par des armes chimiques de centaines d'hommes et de femmes et surtout de centaines d'enfants !! Un mot sérieux maintenant : la source du Brics en question insulte l'intelligence du monde entier, déjà plus que convaincu -preuves à l'appui en possession des USA, de la France et de l'Allemagne (voir Der Spiegel en date d'hier)- que les troupes de Bachar le chimique ont bien effectué un bombardement au gaz sarin le 21 août à la Ghouta de Damas, tuant plus de 1400 hommes, femmes et enfants.

    Halim Abou Chacra

    05 h 59, le 04 septembre 2013

  • UNE ANALYSE Où TÊTE ET QUEUE SONT MÉLANGÉES... ET OU... RÊVE ET DIVAGATION S'ALTERNENT !

    SAKR LOUBNAN

    04 h 37, le 04 septembre 2013

  • Bon. Grâce à Scarlett ,nous connaissons la version officielle syro-iranienne dans le détail. C'est déjà çà.

    GEDEON Christian

    01 h 41, le 04 septembre 2013

Retour en haut