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« Ana Arabia », parce que « la paix n’est pas une équation », mais un choix

Mostra de Venise L’Israélien Amos Gitaï refuse la moindre « coupure des relations entre Juifs et Arabes, entre Israéliens et Palestiniens »...
OLJ
04/09/2013

Le réalisateur israélien Amos Gitaï a présenté Ana Arabia, son dernier film d’un seul plan-séquence, en compétition hier à la Mostra de Venise. « Avec Ana Arabia, nous voulions relever le défi de créer un plan-séquence de 81 minutes. Ça signifie qu’il n’y a pas de coupes parce que je ne veux pas qu’il y ait une coupure des relations entre les Juifs et les Arabes, entre les Palestiniens et les Israéliens », a affirmé M. Gitaï. « Il faut qu’on trouve une façon de coexister. Il ne s’agit pas de faire de l’angélisme, nous sommes tous des contradictions (...) mais pour moi, la paix n’est pas une équation parfaite, c’est un choix personnel de gens qui veulent régler des conflits normaux sans tuer », a-t-il ajouté.
Ana Arabia (Moi l’Arabe) s’appuie sur l’histoire vraie d’une rescapée de la Shoah, toujours vivante, convertie à l’islam et mariée à un Arabe de Oum el-Fahem (Israël), qui a caché pendant plus de 50 ans à sa famille musulmane sa naissance dans le camp de concentration d’Auschwitz. À partir de cette histoire inspirée à M. Gitaï, de son propre aveu, par une dépêche de l’AFP, Jérusalem (signée de Majeda el-Batsh), et de son travail documentaire de 30 années sur une petite communauté de Haïfa, sa ville natale, où Arabes et Juifs coexistent, le cinéaste nous entraîne dans un univers contemporain.

Coexistence
Il filme en continu Yael (Yuval Scharf), une jeune journaliste issue de la bourgeoisie israélienne, qui vient enquêter sur l’histoire bouleversante de l’Israélienne Hannah Klibanov devenue Siam Hassan et décédée depuis peu – la vraie protagoniste, Leila Jabbarine, est toujours vivante – dans l’enclave où elle a vécu, à la frontière entre Jaffa et Bat Yam en Israël. Mais en arrivant dans l’ensemble d’habitations modestes, reliées les unes aux autres par de petits passages, elle découvre le quotidien, les échecs, les peines, joies et amours de Juifs et d’Arabes qui vivent ensemble en paix depuis longtemps.
« Elle est comme nous, comme le spectateur qui entre dans cette enclave. Elle pose les questions que nous nous posons », poursuit M. Gitaï qui met en scène la journaliste aux côtés d’acteurs professionnels israéliens et palestiniens qui parlent un mélange d’hébreu et d’arabe (Yussuf Abu Warda, Sarah Adler, Assi Levy, Uri Gavriel, Norman Issa, Shady Srur). « Le Moyen-Orient est (arrivé) à un stade terrifiant de brutalité, d’abus des droits de l’homme, d’épuration ethnique (...). Avec Ana Arabia, on simule (par le biais de la fiction cinématographique) l’autre option », explique le réalisateur, connu pour les films très engagés qu’il a tournés en 40 ans de carrière en explorant tous les registres. « Il faut, à un moment donné, arrêter cette bagarre infinie dont on ne comprend plus le sens. Et il faut que le cinéma prenne part à ce dialogue, pose les questions nécessaires. C’est le sens du film », ajoute-t-il.
« Cinéastes, artistes, écrivains, il faut que nous posions des questions et que nous trouvions les moyens de fiction pour dire qu’il y a une coexistence possible », a-t-il répété à propos du conflit syrien.
« Il faut qu’on projette des idées, et moi je trouve que les idées ne sont pas de si faibles choses. Il y a l’argent, les mitrailleuses, les bombes, mais les idées aussi ont changé la planète, alors il ne faut pas hésiter à projeter des idées, et le film, c’est une idée », a-t-il ajouté. Interrogé sur le positionnement des politiques et une possible intervention américaine, M. Gitaï a dit : « Je suis comme vous, comme tous les citoyens, on ne sait pas. On est choqué par les brutalités, par une guerre sans fin, par le fait que la Syrie tue ses propres citoyens... Je ne sais pas ce qui peut arrêter cette affaire très troublante. »

 Tatouages, animaux et cigarettes...
Autre(s) monde(s) : l’actrice américaine Scarlett Johansson s’est transformée en alien découvrant l’âme humaine pour Under the Skin du réalisateur britannique Jonathan Glazer, en lice pour le Lion d’or. Présenté hier aussi, hors compétition, le très cru Moebius, dernier film du réalisateur sud-coréen Kim Ki-duk, vainqueur de la Mostra en 2012 avec Pieta et trublion du cinéma asiatique. Inceste, automutilation et autodestruction, le maître Kim Ki-duk a ainsi de nouveau fait scandale avec ce film interdit dans son pays et applaudi à l’issue de la projection à Venise.
Petit détail de ce cru 2013, à l’aune de la foison de symboles magiques imprimés sur la peau, chameaux et rats pour bêtes de compagnie, et cigarettes aux lèvres : les personnages à l’écran de la Mostra de Venise semblent affectionner tatouages, animaux et tabac.
Dans cette édition sombre, où les êtres humains ont du mal à vivre avec leur violence et celle que leur renvoient la société ou la famille, les animaux, présents dans nombre de films, sont souvent de sages guides et compagnons d’infortune. Et si fumer tue, nombre de protagonistes s’adonnent à ce plaisir... avec ou sans cigarette. Dans The Zero Theorem, Terry Gilliam a trouvé une astuce : les personnages fument, mais leurs cigarettes sont invisibles. Mélanie Thierry tire passionnément sur l’une d’entre elles et souffle un nuage de fumée qu’on ne voit pas mais que Qohen Leth (Christoph Waltz) s’empresse de chasser d’un revers de la main.

 

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