Un étalage propose poulet et viande 100 % végétaux... le nouveau reflexe écologique à adopter. Photo Nicolas Delauney/AFP
Du poulet produit à partir de soja ou du bœuf à base de carottes, petits pois et pommes de terre ? Aux Pays-Bas, une gamme de « viandes » produites exclusivement à partir de végétaux affirme avec aplomb : « C’est plus vrai que nature. »
Grâce à des techniques développées dans une université néerlandaise, le « Boucher végétarien » est en mesure de reproduire les fibres de la viande, notamment en utilisant une machine qui met sous pression une pâte obtenue à partir de graines de soja. Hamburger, boulette de viande, bœuf, l’offre du « Boucher végétarien » est variée. Selon un journaliste et plusieurs clients interrogés, certains produits, parmi lesquels le poulet, sous forme de morceaux de blanc, et la salade de thon, sont particulièrement proches des originaux tandis que d’autres le sont moins « mais restent très bons ».
« L’empreinte écologique de notre hamburger est sept fois plus petite que celle d’un vrai hamburger », assure Jaap Korteweg, fondateur et propriétaire du « boucher végétarien ». « Le poulet que nous produisons n’a besoin que de la moitié à un tiers de ce qui est nécessaire pour produire un vrai poulet. Je parle de l’utilisation d’un terrain, de la consommation d’eau, des graines et fèves dont se nourrissent normalement les poulets. » « Et c’est un grand pas en avant en terme de bien-être animal », ajoute ce végétarien convaincu, époux de la députée néerlandaise à la tête du Parti pour les animaux (2 sièges sur 150 à la Chambre basse du Parlement).
Les ingrédients utilisés varient. Ainsi, le blanc de poulet 100 % végétal est obtenu grâce à une base de soja, tandis que le bœuf est produit à base de carottes, petits pois et pommes de terre. Les produits sont vendus en plus de 500 endroits aux Pays-Bas, principalement des supermarchés et magasins bio, à peine trois ans après leur lancement. M. Korteweg assure que son chiffre d’affaires double chaque année. Faisant appel actuellement à des sous-traitants, il souhaite ouvrir son propre centre de production d’ici à un an et demi. En augmentant ses parts de marché, il espère être en mesure de baisser ses prix : actuellement, son poulet coûte environ le même prix qu’un poulet biologique.
Critiques
Les producteurs de viande aimeraient que les frontières soient plus claires pour les consommateurs. « Nous n’avons aucun problème avec le fait que les gens mangent de tels produits », soutient Jos Goebbels, président de l’Organe central néerlandais pour le secteur de la viande. « Ce qui nous pose problème, c’est qu’ils utilisent une terminologie spécifique à la viande, alors que tout le monde sait qu’il n’y a pas de viande là-dedans, ajoute-t-il. Cela ne devrait pas pouvoir s’appeler poulet ou hamburger, mais devrait porter un autre nom car cela induit le consommateur en erreur. » Il assure que le secteur de la viande ne souffre pas de la concurrence des produits végétariens et se montre sceptique sur l’argument écologique. « C’est partir du principe que les vaches sont exclusivement élevées pour être emmenées à l’abattoir, alors que la plupart de celles qui sont tuées pour leur viande sont issues de l’industrie laitière, soutient-il. Cela voudrait dire qu’il faut aussi arrêter la production de lait. »
Soutien
Alors que le Boucher végétarien est à l’attaque du marché, le premier burger créé à partir de cellules souches de vache, mis au point par un autre Néerlandais et présenté en grande pompe à Londres début août, n’en est qu’à ses balbutiements. Le « frankenburger », tel qu’il a été surnommé par la presse, pourrait permettre à terme, selon ses concepteurs, de répondre à la demande croissante de viande dans le monde, et aux problèmes de pollution et de bien-être animal que pose l’élevage industriel.
« Il faudra peut-être encore plus de vingt ans avant qu’il ne soit commercialement viable, alors que nous le sommes déjà », souligne M. Korteweg.
Fervent soutien du « Boucher végétarien », l’association écologiste Natuur & Milieu s’emploie à le faire découvrir et a fait déguster les produits aux clients des supermarchés. « Passer à une nourriture végétarienne est quelque chose de relativement facile en comparaison avec le remplacement des carburants pour les avions ou l’introduction de voitures électriques », affirme Olof Van der Gaag, directeur de campagne pour Natuur & Milieu.
M. Van der Gaag assure que si chaque Néerlandais mangeait de la viande une fois de moins par semaine, la réduction en CO2 équivaudrait au retrait d’un million de voitures de la circulation.
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