Délocalisés depuis six mois à Cuba, les pourparlers entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement de centre-droit de Juan Manuel Santos, qui reprennent la semaine prochaine à La Havane, abordent justement le chapitre de la réinsertion de la rébellion marxiste sur la scène publique. À un an de l’élection présidentielle, la question hante de nombreux Colombiens. Y aura-t-il un candidat des FARC face peut-être à
M. Santos, qui n’exclut pas lui-même de briguer un nouveau mandat ? « Je ne le crois pas. D’abord il n’est pas sûr que les négociations s’achèvent avant et, même si c’était le cas, les FARC ne veulent pas s’exposer dans une élection, car ils savent qu’ils sont minoritaires », estime Luis Eduardo Celis, consultant pour la fondation Paix et Réconciliation, spécialiste du conflit colombien.
À l’ouverture des négociations de paix, le chef de l’État a appelé les FARC à « remplacer les balles par des votes ». Mais pour une guérilla issue d’une révolte paysanne et qui compte encore selon les autorités quelque 8 000 combattants, passer de 50 ans de clandestinité dans la jungle à une campagne électorale dans un pays où 70 % de la population est urbanisée n’est de fait pas une tâche aisée. Il y a 30 ans, les FARC avaient toutefois réussi une percée électorale avec l’Union patriotique (UP), une sorte de vitrine politique fondée en 1985 à l’occasion d’une précédente tentative de dialogue. Un an après sa création, son candidat à la présidentielle Jaime Pardo se place en troisième position et le parti obtient une vingtaine de députés et sénateurs et autant de maires, et plus de 300 conseillers municipaux. Mais l’expérience s’est terminée dans un bain de sang. Celui de plus de 3 000 élus et militants de l’UP, dont M. Pardo, victimes d’une vague d’assassinats perpétrés par les milices paramilitaires d’extrême droite, officiellement démobilisées depuis 2006.
Caisse de résonance
La semaine dernière, la justice a autorisé la réactivation de ce parti, écarté des listes électorales faute d’avoir franchi un seuil électoral minimum. Une décision forte sur le plan symbolique mais qui ne préfigure pas forcément la renaissance d’un parti des FARC. Le n° 2 de la guérilla qu’il représente aux négociations à Cuba, Ivan Marquez, lui-même ancien parlementaire de l’UP avant de prendre le maquis, est intervenu cette semaine dans les principaux médias colombiens pour préciser la stratégie. « Notre but est l’unité, la convergence des secteurs sociaux et politiques qui réclament aujourd’hui des changements structurels », a-t-il déclaré à El Tiempo, le premier quotidien du pays. Le président de l’UP, Omer Calderon, a appelé lui aussi à une « grande coalition » sans fixer d’échéances électorales. « Nous partageons avec les FARC, mais aussi un ensemble de forces politiques et sociales, l’idée que la Colombie a besoin de changements », a-t-il expliqué, tout en récusant tout lien avec la rébellion armée.
Plusieurs mouvements offrent une caisse de résonance aux FARC, à l’image de l’UP, mais aussi de la « Marche patriotique », un regroupement d’associations et de partis. Avant les négociations de paix, les autorités affirmaient que la Marche patriotique était infiltré par la guérilla, mentionnant des documents prouvant cette collusion dans l’ordinateur de l’ancien chef rebelle Raul Reyes, abattu dans un raid militaire en 2008. Depuis, le gouvernement ne conteste plus la légitimité de ce mouvement.
Cette mouvance « représente aujourd’hui 7 à 8 % de l’opinion publique, mais c’est une minorité qui bénéficie d’un ancrage territorial et d’une expérience politique. Donc elle peut grandir », estime M. Celis, selon qui les FARC vont plutôt tenter de « faire partie d’une mouvement global réunissant les mécontents ». Une fois démobilisée, la guérilla devrait davantage viser les élections régionales de 2015 où « elle pourrait avec des alliances gagner facilement une centaine de municipalités », conclut l’expert.
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