L’opposant a qualifié les accusations formulées contre lui « d’absurdes ». Au cours du procès, il a affirmé n’avoir « aucun doute » sur le fait que M. Poutine « donnait personnellement des instructions ». Il voit dans ses affaires judiciaires une « vengeance politique » du Kremlin. Il est également inculpé dans plusieurs autres affaires pour escroquerie. Selon son état-major de campagne, M. Navalny a décidé d’appeler au boycott de l’élection municipale du 8 septembre à Moscou, lors de laquelle il comptait affronter le maire sortant Sergueï Sobianine, un proche du président Poutine nommé par décret en 2010. M. Navalny, qui a affiché également ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2018, ne sera plus éligible si sa peine est confirmée en appel.
« Resserrer les boulons »
À Moscou, des milliers de partisans de l’opposant, 2 500 selon la police, 10 000 selon des participants, s’étaient rassemblés au cri de « Liberté pour Navalny ». Les forces antiémeute avaient au préalable fermé et évacué la place Rouge et une place adjacente. Des dizaines de personnes ont été interpellées. Deux mille personnes environ ont également manifesté à Saint-Pétersbourg.
Jugé depuis le 17 avril, M. Navalny, 37 ans et père de deux enfants, était accusé d’avoir organisé en 2009 le détournement de 16 millions de roubles (400 000 euros) au détriment d’une exploitation forestière publique, alors qu’il était consultant du gouverneur libéral de la région. Le parquet avait requis six ans de camp contre cet avocat de formation, connu pour sa lutte contre la corruption. Sa condamnation témoigne d’un nouveau tour de vis donné en Russie, selon des opposants au Kremlin. « Le pouvoir est en pleine hystérie et ne sait plus qui interdire et qui condamner. On continue à resserrer les boulons », a déclaré la militante pour les droits de l’homme et ancienne dissidente soviétique Lioudmila Alexeeva.
Pour le directeur du centre Carnegie à Moscou, Dmitri Trenine, « tout opposant qui mobilise les citoyens en dehors du système et qui organise des manifestations de rue doit maintenant comprendre qu’il peut être jugé et condamné ». L’ex-vice-Premier ministre de Boris Eltsine, Boris Nemtsov, a dénoncé une affaire « fabriquée du début jusqu’à la fin ». Même l’ancien ministre des Finances de M. Poutine, Alexeï Koudrine, resté proche du président russe, s’est montré critique sur Twitter : « Le jugement concernant Navalny ressemble moins à une condamnation qu’à un moyen de l’écarter de toute vie sociale et du processus électoral. » Enfin, l’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a dénoncé une utilisation « inacceptable » de la justice, ajoutant que l’ensemble de l’affaire « confirme malheureusement que nous n’avons pas une justice indépendante ».
À l’étranger, Amnesty International a dénoncé une « parodie de procès ». Les États-Unis, l’Union européenne, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont réagi vivement. « Nous sommes profondément déçus par la condamnation de Navalny et la motivation apparemment politique de son procès », a écrit l’ambassadeur américain à Moscou, Michael McFaul, sur son compte Twitter.
(Sources : agences)


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