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Moyen Orient et Monde - Espionnage

Snowden indéfiniment dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou ?

L’UE durcit le ton face à Washington.
L’ex-consultant de l’Agence de la sécurité américaine Edward Snowden, bloqué depuis 13 jours dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou-Cheremetievo, voyait hier ses chances d’obtenir un asile politique dans un autre pays se réduire comme peau de chagrin.
La situation du réfugié recherché pour espionnage par les États-Unis s’enlise, s’accordaient à estimer hier les analystes à Moscou. « Le risque de voir Snowden bloqué à Moscou pour un temps indéterminé est de plus en plus grand », estimait Maria Lipman, de l’antenne moscovite du Centre Carnegie. Le fugitif américain a fait au début de la semaine des demandes d’asile à 21 pays, mais la France et l’Italie ont fait savoir jeudi qu’elles ne l’accueilleraient pas, emboîtant ainsi le pas à l’Allemagne, au Brésil, à la Norvège, l’Inde, la Pologne, l’Islande, l’Autriche, la Finlande, aux Pays-Bas et à l’Espagne. De son côté, la diplomatie russe a botté en touche, refusant de commenter davantage une affaire de plus en plus embarrassante. La veille, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov avait répété que Moscou ne pouvait en rien influer sur le sort du jeune homme, qui a du reste renoncé à demander l’asile à la Russie après que le président Vladimir Poutine a exigé de lui qu’il cesse ses révélations qui font « du tort » aux États-Unis.

Excuses publiques
L’informaticien, à l’origine de révélations fracassantes sur un programme américain secret de surveillance des communications mondiales, a en outre été au centre d’un imbroglio diplomatique en début de semaine. De retour mardi d’une visite à Moscou, le président bolivien Evo Morales, qui s’était dit prêt à accueillir le jeune homme dans son pays si celui-ci en faisait la demande, a vu son avion contraint de faire une escale de 13 heures à Vienne après que plusieurs pays européens, le soupçonnant de ramener Snowden avec lui, lui eurent refusé le survol de leur espace aérien. Jeudi, le chef de l’État bolivien a accusé Washington d’avoir fait pression sur la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie pour qu’ils interdisent ce survol et a menacé de fermer l’ambassade des États-Unis à La Paz. La Bolivie, soutenue par certains des ses alliés traditionnels (Équateur, Surinam, Argentine, Uruguay et Venezuela), a par ailleurs exigé des excuses publiques et des explications. Dans une déclaration commune, ces pays membres de l’Union des nations sud-américaines (Unasur, qui regroupe 12 pays) ont notamment relevé que « l’offense » subie par Morales en Europe n’était pas seulement un affront personnel, mais constituait une agression contre toute l’Amérique latine. Moscou a aussi condamné jeudi l’attitude de la France, de l’Espagne et du Portugal, jugeant qu’elle ne pouvait « guère être considérée comme un acte amical à l’égard de la Bolivie ainsi que de la Russie ». Paris avait pourtant exprimé ses « regrets » mercredi, affirmant ne pas savoir au moment des faits que le président bolivien était à bord de l’avion.
Dans ce contexte, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Garcia Margallo, a appelé hier à l’apaisement des relations diplomatiques. « La réaction de tous les pays européens, qui ont adopté des mesures, bonnes ou mauvaises, s’est fondée sur l’information que nous avions reçue », selon laquelle Edward Snowden se trouvait à bord de l’avion, a-t-il plaidé. De plus, M. Margallo a tenu à souligner que l’Espagne n’avait jamais fermé son espace aérien à l’avion présidentiel, ajoutant qu’elle n’avait donc pas besoin de présenter ses excuses. « Ce que l’Espagne a dit, c’est qu’en aucun cas elle n’allait limiter l’espace aérien et qu’elle maintenait l’autorisation pour que l’avion atterrisse et se ravitaille en carburant à Las Palmas », a affirmé le ministre. En France, cet épisode a suscité de vives critiques de l’opposition, qui a accusé le gouvernement de s’être plié aux volontés des États-Unis. Parallèlement, l’influent quotidien Le Monde a accusé les services secrets français de mener eux-mêmes une surveillance électronique à grande échelle.

Répercussions économiques
L’affaire a aussi suscité des remous dans les relations entre l’Union européenne et les États-Unis. La publication le week-end dernier de nouvelles informations sur l’espionnage des communications de l’Union européenne par Washington a provoqué la colère des Européens, France et Allemagne en tête, et menacé de retarder des négociations sur un accord de libre-échange avec les États-Unis. Finalement, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a annoncé mercredi que ces négociations seraient bien lancées le 8 juillet, mais qu’en parallèle, des groupes de travail devraient clarifier l’ampleur de l’espionnage pratiqué par les Américains. Ces négociations se feront de plus avec un vrai moyen de pression : la menace de suspendre les accords leur donnant accès aux données sur les virements bancaires et à celles des voyageurs. « Enfin, l’UE durcit le ton », a confié hier un diplomate européen, d’autant que les deux accords concernés sont considérés comme cruciaux par les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme et son financement.
Et à l’heure où la France veut développer ses partenariats industriels et commerciaux avec l’Amérique du Sud, la décision de fermer temporairement son espace aérien à l’avion d’Evo Morales met à mal les objectifs de sa diplomatie économique. Jusque-là, Paris n’avait pas ménagé sa peine pour faire savoir que la France désirait devenir « un partenaire de premier plan » de l’Amérique latine : au sommet UE-Amérique latine à Santiago du Chili, en janvier, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait plaidé pour « un nouvel élan ». Le mois suivant, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, en Colombie, au Pérou et au Panama, parlait d’une « priorité » pour la France. L’offensive française devait encore monter en puissance avec des visites de M. Fabius mi-juillet au Mexique, et d’ici à la fin de l’année au Brésil. « Cette affaire risque de remettre les compteurs à zéro, elle crée un problème de confiance alors que le président Morales avait été reçu en mars par François Hollande et qu’ils avaient eu un très bon contact », souligne Jean-Jacques Kourliandsky, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris et qui évoque un « climat désormais altéré ».
(Sources : agences)
L’ex-consultant de l’Agence de la sécurité américaine Edward Snowden, bloqué depuis 13 jours dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou-Cheremetievo, voyait hier ses chances d’obtenir un asile politique dans un autre pays se réduire comme peau de chagrin.La situation du réfugié recherché pour espionnage par les États-Unis s’enlise, s’accordaient à estimer hier les analystes à Moscou. « Le risque de voir Snowden bloqué à Moscou pour un temps indéterminé est de plus en plus grand », estimait Maria Lipman, de l’antenne moscovite du Centre Carnegie. Le fugitif américain a fait au début de la semaine des demandes d’asile à 21 pays, mais la France et l’Italie ont fait savoir jeudi qu’elles ne l’accueilleraient pas, emboîtant ainsi le pas à l’Allemagne, au Brésil, à la Norvège, l’Inde,...
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