Ça c’est Beyrouth ?
J’ose espérer que l’émission de Canal+ Le Petit journal sera vite oubliée car si pour la télévision française montrer de Beyrouth une boîte de nuit, la rue des bars et la marina reflète la réalité de la vie dans ce pays, il faut leur demander de ne plus venir au Liban. Et si, en plus, les interviews concernant des ados de la jeunesse dorée, passablement alcoolisés et prétendant être habitués à la guerre, c’est aussi « ça Beyrouth », comme dit le présentateur, il faut alors lui demander d’arrêter de faire des reportages sur des sujets trop sérieux pour essayer de trouver un moyen de relancer son émission. Je ne crois pas que filmer les personnes qui n’ont jamais vu (trop jeunes) de guerre et qui n’en connaîtront sans doute jamais, du moins ici, car leur parents les feront partir bien vite dans leur propriétés européennes, revient à montrer la réalité de Beyrouth.
Je ne crois pas que filmer la rue des bars, où l’on va pour boire de l’alcool, ou l’on vient avec la Mercedes ou autre luxueuse voiture (rue hyperprotégée par toute sorte de service d’ordre) et interroger une jeune fille au sortir d’une boîte tellement ivre qu’elle ne sait pas où se trouve la Syrie soit bien intelligent.
Philippe DUREAU
Ne touchez pas aux travailleurs libanais
Aux dirigeants du Golfe,
Vous choisissez le pire des moments et des situations pour menacer le gagne-pain de milliers de nos braves concitoyens, dont l’apport financier constitue une bouffée d’oxygène, un baume pour notre économie chancelante.
Dites-nous, est-ce une façon de récompenser notre cher Liban, qui accueille actuellement
plus d’un million de réfugiés syriens sur son minuscule territoire, sans oublier avant eux les Irakiens et bien avant eux les Palestiniens ?
Au lieu de chercher à lui donner un coup de main fraternel et reconnaissant, vous êtes sur le point de lui porter en quelque sorte le coup de grâce.
Nous nous demandons si ce comportement brusquement hostile ne vous est pas dicté par un pays de la région, que vous connaissez bien, qui en veut depuis toujours à notre formule de coexistence et à notre dynamisme économique et culturel.
Nous vous demandons d’épargner à cette terre d’accueil un surplus de souffrances et de malheurs.
Christian MATHIEU
Déstabilisation existentielle
Le chef de l’État, qui désavoue son ministre en public pour réaffirmer son hostilité absolue à toute ingérence étrangère en Syrie, l’armée qui monte au créneau pour dénoncer la sécurité nationale qui est en jeu, et le comble, le ministre des Télécoms qui accuse son directeur général de dérégler l’Internet, un Parlement qui a voté le renouvellement de son mandat, sans oublier l’impuissance du Premier ministre désigné à former un gouvernement, enfin des « chemises noires » réapparues brusquement... Tout citoyen, dans ce climat flou, s’interroge : le Liban ne serait-il pas en train de connaître une déstabilisation de ce qui est sa raison d’être comme État indépendant et de dire un adieu officiel à son pluralisme, lui qui était pourtant un pays modèle dans les années 1970 ? À rebours du principe de précaution, ne devrions-nous pas renouer en tant que citoyens avec la progression du progrès, le goût du risque, l’appétit de vivre ensemble et non en tribus, et empêcher les corrompus de revenir ministres ou députés ?
Ayons pour une fois le courage de récupérer cette fierté perdue, de juger nos responsables, de les traduire en justice, si la justice existe, enfin de déclarer d’une seule et même haute voix oui à l’armée libanaise et à elle seule, car elle seule serait capable de ramener le pays à bon port.
Antoine SABBAGHA
Nos soldats, notre armée
Il est triste mais glorieux pour un soldat de l’armée de tomber au champ d’honneur, mais qu’en est-il lorsque c’est l’arme d’un compatriote qui l’a tué ? La honte retombe sur nous de l’accepter. Qu’attendons-nous pour honnir et bannir tout citoyen, à quelque parti ou confession qu’il appartienne, quand il s’attaque à ceux qui sacrifient leur vie pour leur pays ? Aucune raison n’est acceptable pour justifier de tels actes, et il est du devoir de ceux qui nous gouvernent de sévir sans attendre ni tergiverser afin que de tels agissements ne se reproduisent jamais.
Dolly TALHAMÉ

