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Nos lecteurs ont la parole

Les Arabes entre deux nihilismes

Par Abdo MEDLEJ
Après des années de désillusion extrême et de sommeil politique et social, les Arabes se sont réveillés... pour tout détruire. Dans Les Justes d’Albert Camus, Kaliayev refuse de tuer le tsar car il risquait de sacrifier un enfant qui se trouvait dans la calèche au moment de l’attentat. En attendant le Kaliayev arabe...
Pourquoi certaines sociétés arabes sont-elles passées d’une somnolence apathique à une violence brute, et pourquoi le Liban peut-il éviter cette voie autodestructrice ?
Des décennies de dictature, de corruption, de violences physiques et morales ont eu raison de tout espoir que pouvaient avoir les Arabes en leurs pays. Le travail principal de leurs dictateurs (ou de leurs fils) était surtout une destruction des institutions démocratiques et une personnalisation de tous les pouvoirs. Ce néostalinisme a tué toute opposition politique, toute possibilité d’alternative et surtout tout espoir. Cette désillusion politique a poussé les populations arabes à prendre une certaine distance par rapport à l’organisation de leur pays. L’homme s’occupe de ses besoins de base uniquement et il est presque réduit à un état de simple primate. Privé de tout, désespéré, cet homme s’installe dans une oisiveté sociale morbide et adopte la posture du nihiliste passif. Aucune motivation ne pourra le pousser à agir, à s’engager, à bousculer ou défier le système en place. Les partis politiques n’existent plus, la société civile non plus, et tout rassemblement est considéré comme une menace pour le régime dictatorial en place.
La déception mène au désespoir, la vie perd sa signification et ses perspectives d’avenir. En réaction à ce mépris, et souvent par une croyance surréelle, l’homme réagit avec une violence extrême et absolue. Alors qu’il acceptait tout, le voilà qui refuse tout. Et il veut détruire, tuer tout ce qui pour lui n’a jamais eu de sens. Donc tout, et surtout la vie elle-même. Après le nihilisme passif vient le nihilisme actif. Ce dernier nous rappelle l’ultragauche soviétique ou la Fraction armée rouge allemande, et surtout el-Qaëda qui refuse tout sens au monde moderne (capitalisme, laïcité, démocratie libérale, multiculturalisme, etc.) et propose sa destruction.
Le moment où l’on s’empare des armes est le moment où l’on (se) perd. Au Liban, peut-on voir un changement d’une manière pacifiste ?
L’espoir existe, malgré tout ce que nous voyons et tout ce que nous vivons au quotidien et dans toutes les régions du pays. La liberté que nous avons doit être utilisée pour renforcer la démocratie et non pas pour détruire les institutions étatiques.
L’existence d’une société civile consciente et engagée est un rempart contre les deux formes extrêmes de nihilisme. Par sa prise de conscience et par son activisme pacifique, cette société civile pourra transformer le pays tout en s’attachant à l’éthique dans son engagement. Son rôle doit être de créer une autre réalité afin de l’imposer. Mais la résistance, politique ou sociale, ne devrait en aucun cas refléter la violence archaïque à laquelle elle s’oppose.
Après des années de désillusion extrême et de sommeil politique et social, les Arabes se sont réveillés... pour tout détruire. Dans Les Justes d’Albert Camus, Kaliayev refuse de tuer le tsar car il risquait de sacrifier un enfant qui se trouvait dans la calèche au moment de l’attentat. En attendant le Kaliayev arabe...Pourquoi certaines sociétés arabes sont-elles passées d’une somnolence apathique à une violence brute, et pourquoi le Liban peut-il éviter cette voie autodestructrice ? Des décennies de dictature, de corruption, de violences physiques et morales ont eu raison de tout espoir que pouvaient avoir les Arabes en leurs pays. Le travail principal de leurs dictateurs (ou de leurs fils) était surtout une destruction des institutions démocratiques et une personnalisation de tous les pouvoirs. Ce néostalinisme a...
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