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Moyen Orient et Monde - Reportage

Le désert du Darfour, ou l’instabilité au quotidien

Dans un décor aride, des Casques bleus en armes assurent une surveillance permanente.  Ashraf Shazly/AFP

Miliciens arabes, soldats gouvernementaux, rebelles et villageois fuyant les violences le traversent chaque jour : au cœur du Darfour en guerre, l’immense désert brun et ocre de Changil Tobaya peut exploser à tout moment. Quelques journalistes et des diplomates ont pu exceptionnellement accéder à cette zone située à mi-chemin entre el-Facher et Nyala, les deux principales villes de cette province de l’Ouest soudanais. Ici, la situation reste « imprévisible », selon une source locale qui lâche, fataliste : « Demain, nous aurons peut-être des combats. »
Cette tension est palpable dès l’arrivée sur place, sous la protection de la mission conjointe de paix de l’ONU et de l’Union africaine (Minuad). Au moment où l’hélicoptère se pose à l’entrée de la base de la Minuad, encerclée par d’imposants barbelés, les gardes de sécurité chargent leurs armes. Au sol, dans un décor aride où se dessinent des montagnes peu élevées, des Casques bleus en armes assurent une surveillance permanente, debout en plein soleil ou perchés sur des blindés. Plusieurs d’entre eux disent entendre régulièrement des tirs la nuit. Souvent, malgré l’insécurité, ils voient passer devant leur base les bus qui relient el-Facher et Nyala.
En novembre et décembre, selon l’ONU, l’armée soudanaise a bombardé une zone proche de Changil Tobaya pour cibler des groupes rebelles armés. Depuis, les combats n’ont pas cessé aux alentours de Changil Toboya et les camps de déplacés ont enregistré de « très nombreuses arrivées », explique une autre source. Après avoir quitté leurs foyers, ils font désormais face aux nombreuses menaces de Changil Toboya, où sont présents les rebelles du Mouvement de libération du Soudan (SLM)-Faction de Minni Minnawi. Des convois commerciaux ont été attaqués et des vols à main armée ont eu lieu, selon une source locale. Les rebelles, qui combattent le pouvoir à Khartoum depuis une décennie, entrent régulièrement dans les camps de déplacés pour rafler des provisions.
Le nouveau chef de la Minuad, Mohammad Ibn Chambas, a visité le camp de Chadad, une enfilade de petites huttes à portée de vue de la base de la Minuad. Il y a notamment inspecté le petit dispensaire fraîchement peint et installé par les Casques bleus et distribué des sacs de sorgho siglés « De la part du peuple américain », des bidons à eau montés sur roulettes et des radios solaires. Dans la localité voisine, la délégation a écouté les doléances d’un responsable local réclamant un meilleur accès aux services, notamment de soins. Lors de la cérémonie d’accueil, un pick-up de miliciens a fait un bref passage. Juché dessus, un jeune homme tenait fermement la mitrailleuse montée à l’arrière du véhicule.
Dans le Darfour en guerre, l’eau et les ressources, notamment agricoles, sont des enjeux cruciaux. « La plupart des terrains agricoles sont utilisés par des milices arabes », favorables à Khartoum, pour le pâturage, privant les déplacés de parcelles qu’ils pourraient cultiver, explique une autre source dans la zone. En 2003, des tribus au Darfour se sont soulevées contre le gouvernement de Khartoum pour dénoncer la domination économique et politique des élites arabes, déclenchant un conflit long et dévastateur qui a fait au moins 300 000 morts selon l’ONU.
Réunis à el-Facher avant de rejoindre Changil Tobaya pour un point bisannuel sur la situation au Darfour, des diplomates ont fait état de leur « grave préoccupation », alors que les violences ont déjà fait plus de 300 000 déplacés cette année. Il faut « une démonstration de force » pour faire face aux violences tribales, a réclamé l’un des principaux responsables de la région, Eltigani Seisi, à ces diplomates.

© AFP
Miliciens arabes, soldats gouvernementaux, rebelles et villageois fuyant les violences le traversent chaque jour : au cœur du Darfour en guerre, l’immense désert brun et ocre de Changil Tobaya peut exploser à tout moment. Quelques journalistes et des diplomates ont pu exceptionnellement accéder à cette zone située à mi-chemin entre el-Facher et Nyala, les deux principales villes de cette province de l’Ouest soudanais. Ici, la situation reste « imprévisible », selon une source locale qui lâche, fataliste : « Demain, nous aurons peut-être des combats. »Cette tension est palpable dès l’arrivée sur place, sous la protection de la mission conjointe de paix de l’ONU et de l’Union africaine (Minuad). Au moment où l’hélicoptère se pose à l’entrée de la base de la Minuad, encerclée par d’imposants...
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