Cela dit, revenons quelque peu en arrière et rappelons qu’à un moment donné de l’histoire, on a pu considérer que la volonté populaire avait, au nom de l’égalité, supplanté la volonté du monarque de droit divin. Les assemblées constituantes ou législatives allaient donc et une fois pour toutes représenter le peuple et s’exprimer en son nom. Mais est-ce à dire qu’un Parlement dans sa chambre basse est infaillible dans ses résolutions ?
Des lois votées à la faveur d’une majorité peuvent être des lois scélérates et attentatoires aux libertés. Ces dérives ont amené les jurisconsultes à poser des garde-fous à la soi-disant volonté populaire préconisée par Rousseau. Aux États Unis, un juge peut, de sa propre initiative, refuser d’appliquer une loi au prétexte qu’elle viole le « First Amendment » ou le « Second » ou le « Third », etc. Au Liban, et avec l’avènement de la IIe République, un Conseil constitutionnel a été institué pour dire si une loi votée par les « représentants de la nation » viole ou non la charte suprême du pays. Aussi l’Assemblée nationale n’est-elle plus souveraine, ou plutôt elle n’est souveraine que dans la mesure où elle respecte certaines règles ou acquis. Et le Parlement, ne vous en déplaise Monsieur le Président Nabih Berry, ne peut être son propre maître (al-majlis sayid nafsih) comme vous vous plaisez à le répéter.
Nous vivons le magistère des juges qui modère la toute-puissance des Assemblées nationales, ces assemblées qui en leur temps s’étaient substituées à l’arbitraire royal. D’ailleurs le Conseil constitutionnel, bien compris, est plus garant de l’État de droit que de la démocratie formellement majoritaire. Car le principe de la « moitié plus un » ne peut être qu’un pis-aller. Et n’est-il pas vrai qu’un homme seul peut avoir raison contre tous les autres ? Et puis Antigone, la petite révoltée, cet ange de la subversion, ne cesse de nous rappeler qu’il faut se méfier des lois positives et que l’équité est bien au-dessus d’elles, même quand elles sont adoptées à une majorité qualifiée.
Un magistrat n’est pas un artiste de music-hall ; il n’a pas à soigner son public ni à le flatter. Il est d’autant plus magistrat qu’il refuse de plaire aux siens ou de fléchir devant les instances de ceux qui l’ont « nominé ». Et c’est là que réside l’authentique moumana’a ,
l’inénarrable moumana’a. Un juge est censé dire la justice en son âme et conscience. Il ne peut dire la vérité, elle ne relève pas de son domaine. Mais elle doit l’éclairer ; il n’a pas à biaiser avec elle. Alors quand les juges prennent des libertés avec le droit, c’est la dictature de karakoz (karagöz en turc) qui menace. Des magistrats qui s’abstiennent de se présenter à l’appel du devoir commettent un déni de justice. Ils savent très bien ce à quoi ils s’exposent. Par leur faute, la déesse Thémis, gage de la probité intellectuelle, est devenue la proie des illusionnistes, des contorsionnistes et des bateleurs.
Il reste qu’il y a des « hommes seuls » ; je songe au président Issam Sleiman et aux six membres du Conseil constitutionnel, qui sont l’honneur de ce pays et qui peuvent dire le droit et non l’escamoter par des tours de passe-passe. Que ces « hommes seuls » refusent de jouer le jeu malsain et ils sont de la trempe de ceux qui les ont précédés comme Émile Tyan, Émile Aboukheir et Wajdi Mallat, ceux qui, en leur temps, ont dit non à l’ingérence des politiques et non à leurs magouilles.
Et puis et surtout, un homme seul n’est libre que s’il n’a « ni horde ni tribu », a glissé un poète.
Libanais, si vous saviez... Mais vous ne voulez pas savoir et vous allez reproduire aux prochaines consultations législatives une copie conforme des présentes majorités.


IL FAUT imaginer Ici un optimiste. Yîîîh ! Le Béret en est un, ronchon et drolatique. Alors que le pays est dans la mouise, il sifflote, "radote" et articule joyeusement : "Un Liban qui réussit grâce à notre parlementarisme? émerge." ! Ce Non- sens justifie le parallèle entre l'enlisement du Pays entre autres de son fait, et la mère de toutes les catastrophes : son Auto-prorogation ! Car La Fîîîgue et ses émules n'ont qu'à puiser dans le florilège abondant qu'ils avaient laissé, pour enrober d'une écœurante pommade les fuites en avant et autres vantardises du "haut?" du Perchoir qui marquèrent leurs ComPortements avant cette déconfiture ! Cela étant, il arrive que même les plus acharnés laissent échapper des propos presque de bons sens. Ainsi de ce äléh etc. hassan qui a surpris son monde en s'interrogeant : "Arriverons-nous à dissuader plus de Constitutionalistes chaque jour que la Cédraie n'en recrute ?". C'est bien là un des éléments clefs. Il y a aussi la sous-estimation de la déliquescence qui caractérise ce Patelin martyrisé à la fois par un Système Répugnant mais Renouvelé, des décennies BääSSdiotiques, et la nécessité de leur faire face car ils ne recrutent que des collabos de l'Ex. Régime puisque toutes les structures du pays ;"Justice etc." ; sont noyautés par ces tenants de l’aSSadiot : recrutés se retrouvant donc 2 fois collabos : hier des BääSSdiots, aujourd'hui des Fakîîîhdiots !
14 h 33, le 21 juin 2013