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Un monde de solutions - France

Justice réparatrice : Quand victimes et criminels se parlent

Née au Canada, la justice restaurative s’est développée dans les communautés protestantes dès les années soixante dix, car « pour les protestants, la souffrance n’est pas rédemptrice, elle ne suffit donc pas à envisager l’après procès ».

A quelques fauteuils d’écart, dans le décor majestueux de la 1re chambre de la cour d’appel de Paris, un homme et une femme se parlent. Sa voix à elle est douce, sereine. Ses mots à lui sont hésitants, pudiques, émus. Elle ne le quitte pas des yeux, il puise dans son regard la force de poursuivre.

 

Marie-José est la mère d’une fillette de 10 ans qui, en 1988, a été kidnappée, violée et tuée. Gaetan est un détenu aujourd’hui en semi liberté qui, lorsqu’il était âgé de 22 ans, a tué un homme et a été condamné à 25 ans d’emprisonnement. L’un et l’autre sont venus témoigner, ce 28 novembre 2012 au palais de justice de Paris, de leur participation à une expérience de justice restaurative menée à la prison centrale de Poissy.

Pendant plusieurs semaines, en présence de deux médiateurs, Marie-José et deux autres femmes dont les enfants ont été victimes d’actes criminels ont dialogué avec trois détenus, dont Gaetan, tous condamnés à de longues peines pour meurtre. De ces six séances de trois heures, elle a d’abord retenu la violence du milieu carcéral « où on joue un rôle de dur, où l’on ne peut avouer ses faiblesses, alors que dans nos rencontres, il y avait beaucoup d’émotion, chacun se mettait à nu. Les détenus avaient besoin d’évacuer ce qu’ils n’avaient pu confier à personne ».

« J’avais envie de parler, de répondre à toutes les questions qu’elles posaient. Je le leur devais », a dit Gaetan.

 

Née au Canada, la justice restaurative – ou réparatrice - s’est développée dans les communautés protestantes dès les années soixante dix. « Pour les protestants, la souffrance n’est pas rédemptrice, elle ne suffit donc pas à envisager l’après procès », explique le pasteur Brice Deymié, président des aumôniers de prison européens, qui a lui aussi participé à l’expérience de Poissy. C’est dans ce « temps d’après », celui de la reconstruction pour les victimes comme pour les condamnés que s’inscrit la justice restaurative.

 

 

 

 

« Nous ne sommes pas dans une démarche de pardon, puisque nous ne rencontrons pas les auteurs des crimes dont nous avons souffert. Chacun brise sa carapace indépendamment de l’autre », souligne en écho Marie-José. Si elle a accepté de participer à cette expérience, c’est d’abord, dit-elle, dans le but de « lutter contre la récidive ». « Si nous, victimes, nous sommes capables de débattre avec des condamnés et de croire qu’ils peuvent s’en sortir, nous les aidons à ne pas douter d’eux-mêmes et à envisager autrement l’avenir », ajoute-t-elle.

 

Soutenue par la Fédération nationale d’aide aux victimes et de médiation (INAVEM) et par plusieurs magistrats, dont le premier avocat général à la cour de cassation, Yves Charpenel, l’idée de justice restaurative a également suscité l’intérêt de la garde des sceaux, Christiane Taubira, qui a promis de poursuivre l’expérience tentée en 2010 à Poissy. Son directeur, François Goetz, compte d’ores et déjà parmi les plus fervents partisans de la justice restaurative. « Ces six réunions ont produit beaucoup plus d’effets que six ans de thérapie en prison », assure-t-il.

 

 

Cet article fait partie de notre notre édition spéciale "Un monde de solutions".

 

 


 

A quelques fauteuils d’écart, dans le décor majestueux de la 1re chambre de la cour d’appel de Paris, un homme et une femme se parlent. Sa voix à elle est douce, sereine. Ses mots à lui sont hésitants, pudiques, émus. Elle ne le quitte pas des yeux, il puise dans son regard la force de poursuivre.
 
Marie-José est la mère d’une fillette de 10 ans qui, en 1988, a été kidnappée, violée et tuée. Gaetan est un détenu aujourd’hui en semi liberté qui, lorsqu’il était âgé de 22 ans, a tué un homme et a été condamné à 25 ans d’emprisonnement. L’un et l’autre sont venus témoigner, ce 28 novembre 2012 au palais de justice de Paris, de leur participation à une expérience de justice restaurative menée à la prison centrale de Poissy.
Pendant plusieurs semaines, en présence de deux médiateurs,...
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