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Nos lecteurs ont la parole

La force de l’image et la faiblesse de l’imagination

Ronald BARAKAT
Nous avons été visuellement saturés il y a quelques jours dans les médias par l’affaire de la vidéo cannibale qui montrait un rebelle en train d’éviscérer un soldat mort et de lui croquer le cœur, et avons été étourdis par ce vif émoi réactionnaire, surtout occidental, stimulé par un tapage médiatique sans pareil, tant sur les réseaux virtuels que réels, au point d’oublier les derniers charniers tout frais de Beida et Banias, après l’oubli de ceux qui ont précédé, en attendant d’oublier ceux qui suivront, immanquablement.
Indépendamment de l’hypothèse (plus que probable) d’une surexposition médiatique délibérée d’un acte barbare, destinée à détourner l’attention d’actes encore plus barbares d’épuration ethnique, devant lesquels l’Occident ne peut (ou ne veut) rien faire, par calcul, insensibilité et/ou lâcheté, nous ne pouvons que faire un arrêt sur image sur la force de l’image qui fait qu’un crime qui a pu être filmé et visionné, en dépit de son caractère individuel et isolé, puisse marquer les esprits (bien ou malintentionnés) et susciter des réactions outrées (sincères ou hypocrites) davantage que des crimes contre l’humanité qui ont touché des femmes et des enfants égorgés et dépecés, impitoyablement réduits en un magma sanglant et fumant, pour les corps qui ont été brûlés comme s’il s’agissait de détritus. Est-ce à dire que si ces massacres collectifs de civils, qui ont précédé (et qui vont suivre) la vidéo d’éviscération, avaient eu la chance d’être filmés, ils auraient suscité des réactions horrifiées proportionnelles à l’ampleur du drame ? Si tel est le cas, que cette opinion publique, si sensible à l’éviscération d’un soldat qui n’était, paraît-il, lui-même pas en reste de son vivant, fasse un effort d’imagination, à défaut d’images réelles, pour « voir » les enfants passés au fil de l’épée devant leurs mères, dont le tour viendra, pour « entendre » les cris de détresse, les hurlements de douleur, les supplications, les appels au secours tombant dans l’oreille de sourds qui ont besoin de l’audiovisuel pour s’émouvoir.
Et dans la même veine, que cette opinion publique, « boostée » par le tapage médiatique distractif, horrifiée (et à juste titre) par le spectacle d’un corps charcuté, qui était déjà sans vie, prenne aussi la peine de partager celle, immense, de ces milliers de détenus, encore vivants ou à moitié, qui sont passés à la moulinette de la torture dans les geôles de l’épouvante, et ce en déployant le même effort d’imagination, faute d’images, imagination qui ne pourra cependant rivaliser avec celle des tortionnaires dont le raffinement « technique » en la matière est sans commune (dé)mesure avec celui des pires psychopathes. À le faire, cette opinion s’en fera peut-être une autre et se rendra compte du caractère dérisoire de cette vidéo, aussi choquante soit-elle, et du caractère injuste de ses réactions outrées, au regard des horreurs inimaginables qui n’ont pas la chance de parvenir à son regard.

Ronald BARAKAT
Nous avons été visuellement saturés il y a quelques jours dans les médias par l’affaire de la vidéo cannibale qui montrait un rebelle en train d’éviscérer un soldat mort et de lui croquer le cœur, et avons été étourdis par ce vif émoi réactionnaire, surtout occidental, stimulé par un tapage médiatique sans pareil, tant sur les réseaux virtuels que réels, au point d’oublier les derniers charniers tout frais de Beida et Banias, après l’oubli de ceux qui ont précédé, en attendant d’oublier ceux qui suivront, immanquablement.Indépendamment de l’hypothèse (plus que probable) d’une surexposition médiatique délibérée d’un acte barbare, destinée à détourner l’attention d’actes encore plus barbares d’épuration ethnique, devant lesquels l’Occident ne peut (ou ne veut) rien faire, par calcul,...
commentaires (1)

Excellente réflexion sur l’image en temps de guerre, et son impact, son rôle auprès de l’opinion publique. Le spectateur/voyeur en faisant son choux gras du spectacle atroce d’une guerre, montre encore une fois son rapport complexe avec la réalité. En fait la diffusion d’une vidéo sur l’éviscération perturbe tout un chacun et l’empêche d’aller plus loin pour saisir l’enjeu des événements. Le spectateur/voyeur confortablement assis dans son fauteuil ne cherche qu’à se rassurer. Il préfère une vie médiocre, avec tous les embarras de la vie quotidienne, à l’enfer d’une guerre. Montrer cette vidéo n’a rien d’un choix innocent. C’est l’arbre qu’on plante pour cacher la forêt des horreurs. En effet, on manque souvent d’imagination pour voir l’autre l’horreur qu’on ne veut pas montrer…

Charles Fayad

12 h 27, le 30 mai 2013

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Commentaires (1)

  • Excellente réflexion sur l’image en temps de guerre, et son impact, son rôle auprès de l’opinion publique. Le spectateur/voyeur en faisant son choux gras du spectacle atroce d’une guerre, montre encore une fois son rapport complexe avec la réalité. En fait la diffusion d’une vidéo sur l’éviscération perturbe tout un chacun et l’empêche d’aller plus loin pour saisir l’enjeu des événements. Le spectateur/voyeur confortablement assis dans son fauteuil ne cherche qu’à se rassurer. Il préfère une vie médiocre, avec tous les embarras de la vie quotidienne, à l’enfer d’une guerre. Montrer cette vidéo n’a rien d’un choix innocent. C’est l’arbre qu’on plante pour cacher la forêt des horreurs. En effet, on manque souvent d’imagination pour voir l’autre l’horreur qu’on ne veut pas montrer…

    Charles Fayad

    12 h 27, le 30 mai 2013

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